Le poète polynésien Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun est parti

Il y a des jours où le ciel est beaucoup plus gris et triste que les autres. Ce 12 février 2011 est l'un d'eux.
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La Polynésie française vient de perdre l'un de ses plus brillants enfants.

Aujourd'hui, à cinq heures trente du matin, Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun a fermé les yeux une dernière fois, bien loin du fenua, dans un hôpital de Créteil, en région parisienne.

A trop se promener hors des sentiers battus, il a permis à un crabe de le dévorer de l'intérieur, l'obligeant à quitter prématurément tous ceux qui avaient tant besoin de lui: sa vahine et ses enfants bien sûr, mais aussi toute sa fratrie, sa famille, ses si nombreux amis et, comment les oublier, tous ses lecteurs qui, brusquement, se retrouvent orphelins de son verbe, de sa verve et de ses rêves.

Dorénavant il repose près des siens, dans la terre rouge de l'île de Moorea qu'il avait choisie pour replanter ses racines.

Le retour au fenua

Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun a vu le jour le 22 décembre 1953 à Paris.

Si sa maman était bretonne et ariégeoise, son papa, lui, venait de la douce île de Raiatea . D'évidence, cela vous marque un homme.

Ses études firent de lui un anthropologue, mais c'est vers le monde de la culture que sa sensibilité exacerbée l'a porté. Et tout particulièrement celui de la culture polynésienne.

Sans doute poussé par le souffle d'un mara'amu (l'alizée du sud-est) égaré sur les bords de Seine, ses études achevées, Tera'ituatini est venu s'installer sur la terre de ses ancêtres, en Polynésie.

Jean-Marc Pambrun l'enfant terrible

S'il a effectué l'essentiel de son parcours professionnel dans le monde de la culture, y occupant d'importantes fonctions, ses fortes convictions et sa personnalité entière lui ont valu un parcours chaotique dû, pour l'essentiel, à son refus des compromissions et du silence. Ressemblant étrangement en cela à un certain Henri Hiro .

Ainsi, au fil des années, il a alterné les périodes de disgrâce avec des fonctions majeures: directeur du département des traditions du Centre polynésien des sciences humaines, chef du service de la culture de la commune de Faa'a, directeur de la Maison de la culture de Papeete, conseiller auprès du gouvernement local à deux reprises, pour finir par être nommé, en août 2005, directeur du Musée de Tahiti et des Îles, Te Fare Manaha.

Son franc parler lui valut d'être limogé à deux reprises par deux ministres de la Culture du président Flosse. Pour indocilité...

A ce propos, voici ce qu'écrit de lui sa compagne, la journaliste Vaite Urarii Pambrun : "Ce qui caractérise ce contestataire invétéré, c'est son franc-parler et son refus de se plier à ce qu'il décrit comme 'tout ce qui insulte l'intelligence humaine'. Rebelle à toute forme d'autoritarisme, profondément attaché à la liberté d'expression, il ne fait aucune concession à ceux qui menacent de l'entraver."

Un contestataire allergique à l'injustice

Personnalité fortement dérangeante, il a porté la contestation dans tous les secteurs d'activité où il a exercé ses multiples talents: culture, recherche, enseignement, environnement, syndicalisme, journalisme...

S'il était un indépendantiste convaincu, sa personnalité et ses convictions l'empêchèrent de se plier à une discipline de parti, suivant dans ce domaine encore un parcours imprévisible et non balisé. Ce qui lui valut, là encore, quelques inimitiés.

Une chose est certaine: jamais au cours de sa trop courte vie il ne s'est départi de ses valeurs humanistes.

Qu'au moins cette grâce lui soit soit rendue par ceux qu'il a tant dérangés par ses multiples combats.

Un auteur inclassable

Intellectuel humaniste et engagé, son éclectisme naturel comme son insatiable curiosité ont amené l'écrivain Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun à exercer son talent sous les casquettes les plus diverses: pamphlétaire, conteur, poète, essayiste, dramaturge, nouvelliste...

Très longtemps, ses écrits n'ont dû d'être publiés qu'à son propre compte en banque. Cela ne l'a jamais empêché d'écrire.

Hélas, beaucoup de ses textes ne sont plus aujourd'hui disponibles en librairie. Ceci étant particulièrement vrai pour ses pamphlets et ses poèmes.

Vous qui n'avez jamais rien lu de lui, qui le découvrez à travers ces noirs propos, allez donc visiter le blog de l'écriturien , puisqu'ainsi il avait nommé cette niche virtuelle où son esprit et sa plume se laissaient aller.

Une bibliographie presque complète est également disponible sur l' une des pages du site "île en île" qui lui sont consacrées.

Sont toutefois toujours disponibles en librairie son roman Le bambou noir (Editions Le Motu, 2005), et sa pièce de théâtre Les parfums du silence (Editions Le Motu, 2003).

Il est à noter que cette très belle oeuvre théâtrale avait due être publiée sous le pseudonyme d'Etienne Ahuroa pour des raisons politiques, ce qui ne l'avait pas empêchée d'obtenir le prix de la meilleure œuvre de fiction lors du salon de la littérature insulaire de Ouessant, en 2004.

Pour toutes ces raisons, et pour bien d'autres encore, Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun a été bien plus que l'un des fondateurs de la jeune littérature polynésienne .

Depuis cette nuit, il y a une étoile de plus dans le firmament polynésien. Puisse-t-elle briller aussi longtemps que flotteront nos îles au cœur du Pacifique.

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"Fa'aitoito i tö tere Tera'ituatini täne..." (que l'on pourrait très approximativement traduire par : "Que les dieux soient avec vous, monsieur Tera'ituatini...", puisque la chance l'a maintenant quitté.)

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