Les politiques polynésiens désavoués par 90% de la population

Selon un sondage commandé par la chaîne de télévision Polynésie 1ère, 90% des Polynésiens ne font plus confiance à la classe politique du Pays.

Jamais encore avant ce 1er décembre 2010 un sondage d'opinion de ce type et de cette ampleur portant sur une question politique de fond n'avait été réalisé en Polynésie française. Pour un coup d’essai, on peut dire que Polynésie 1ère, chaîne locale du groupe RFO, a frappé un grand coup.

En effet, selon cette enquête réalisée par Alvea Consulting pour Polynésie 1ère et relayée par le quotidien Les Nouvelles de Tahiti , ce sont 90% des personnes interrogées qui déclarent « ne plus faire confiance du tout aux femmes et hommes politiques polynésiens ».

Pour réaliser cette enquête, 1026 personnes de 18 ans et plus ont été interrogées dans l’archipel de la Société de très loin le plus peuplé de Polynésie française , dont 886 aux Îles-Du-Vent (Tahiti et Moorea) et 140 aux Îles-Sous-Le-Vent ( Bora Bora , Huahine, Raiatea et Taha’a ).

La période de collecte des renseignements s’est étendue du 8 octobre au 11 novembre 2010.

La classe politique responsable de la crise

Face à ce cinglant désaveu de l’ensemble de sa classe dirigeante, la population polynésienne compte tout de même 1% de personnes déclarant faire encore totalement confiance à ses représentants et aux partis politiques en charge des affaires du Pays et 8% disant leur faire encore « plutôt confiance ».

Beaucoup plus grave : ce même sondage fait apparaître la classe politique comme « la première responsable » de la situation économique dramatique que connaît actuellement la Polynésie française.

Au point, d’ailleurs, que l’instabilité politique chronique qui paralyse le Pays depuis 2004 est le premier motif d’insatisfaction, loin devant la situation économique pourtant extrêmement inquiétante.

Si le désaveu est cinglant, les raisons qui le motivent le sont encore plus. Selon les personnes sondées, les qualités premières d’un homme politique sont, dans l’ordre : «intégrité et honnêteté, respect des engagements et loyautés». Des caractéristiques qui feraient toutes totalement défaut aux politiques polynésiens.

La classe politique polynésienne et les valeurs

En 2004, les électeurs polynésiens avaient, sans appel, marqué leur rejet d’un système clientéliste ne servant qu’à enrichir une minorité et à creuser, chaque jour un peu plus, le fossé entre les nantis et les autres.

Depuis, les élus n’ont cessé de renverser gouvernement après gouvernement, plongeant le pays dans une crise économique et sociale sans précédent .

Au petit jeu des alliances de circonstances et des chantages politico-financiers, l’Assemblée de Polynésie et le gouvernement qui en émane n'ont plus aucun lien avec le résultat des urnes. Autre conséquence : aucun dossier n’avance et les réformes vitales dont le Pays a un urgent besoin ne sont même pas mises à l’étude.

Pourtant, à en croire l’ensemble de la classe politique, les seuls responsables de cette situation sont, selon de quel bord on se trouve : la crise économique internationale ou le gouvernement français, mais jamais eux : les hommes politiques locaux.

Leur image et leur crédibilité sont à ce point ternies dans l’opinion publique que le premier remède à la crise qui vient à l’esprit des sondés, après le changement complet de toutes les équipes dirigeantes, c’est la diminution des indemnités de l’ensemble de la dite classe politique.

Pouvoir et probité en Polynésie française

Il faut dire qu'alors que tous les indicateurs économiques sont dans le rouge depuis six ans, que les entreprises ferment les unes après les autres, qu'aucun secteur économique n’est épargné et que la paupérisation de la population gagne les classes dites moyennes, les élus et autres bénéficiaires des fonds publics affichent une insolente opulence, voire un luxe tapageur.

Pourtant, aucune mesure d’économie les touchant, directement ou indirectement, n’a jamais été envisagée jusqu’à ce jour.

L’autre élément motivant la prégnance de ce rejet des politiques est celui de la probité, voire de la plus élémentaire des honnêtetés qui manquent cruellement au élus polynésiens.

Pour saisir l’ampleur du problème, considérons le chiffre suivant : plus de 60% des membres de l’actuel gouvernement sont soit mis en examens, soit déjà condamnés dans des affaires de corruptions, de détournements de fond publics ou d’abus de biens sociaux, à commencer par les deux premiers d’entre eux : le président et le vice-président de l’actuel gouvernement.

Quand paraissaient les résultats de ce sondage, Michel Yip, représentant à l’Assemblée de Polynésie et maire d’une commune de l'archipel des Tuamotu , faisait la une de la même édition des Nouvelles de Tahiti car il venait d'être condamné à six mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité pour recel d’objet provenant d’un délit.

Dans le même dossier, sa compagne à la ville, qu’il avait embauchée comme conseillère dans le cadre de ses fonctions d’élu à l’Assemblée, est, elle, condamnée à une amende de six millions de francs (soit environ 50 300 euros). Ayant interjeté immédiatement appel de cette condamnation, l’élu conserve bien sûr tous ses mandats et continue donc d’exercer au sein de l’Assemblée et à la tête de sa mairie.

Il n’est pas le seul dans ce cas, et c’est bien cela que rejette la population qui regarde une prison pleine d’individus jugés en comparution immédiate pour de petits délits sans que jamais l’appel ne soit suspensif de la condamnation.

La Polynésie au bord de l’explosion sociale

Le peuple polynésien demande seulement que les élus se mettent enfin au travail en pensant d’abord au bien de la collectivité, et que ce travail se traduise par des résultats concrets. C’est cela et rien d’autre qui émane de cette enquête d’opinion.

Hélas, à considérer les réactions de l’ensemble des élus suite à ce sondage, il semble bien qu’ils ne soient pas prêts de se remettre le moins du monde en question.

Pourtant, selon de nombreux observateurs, la rue serait tout près de l’explosion et nul, aujourd’hui, n’est en mesure de prévoir ce qui se passera dans les semaines et les mois qui viennent.

Le peuple polynésien à pourtant montré dans le passé, voir les émeutes de 1995, qu’il était parfois prêt à toutes les extrémités.

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