Maiao, l'île interdite aux touristes

En mémoire d'une cuisante expérience, les habitants de Maiao ont décidé de ne plus accueillir de visiteurs et encore moins d'immigrants.
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Située par 17° 39′ 19.89″ S et 150° 38′ 3.53″ W sur les cartes marines, la petite île de Maiao se trouve donc dans l’archipel de la Société à environ 100 km au Nord-ouest de Tahiti et 75 km à l’Ouest de Moorea.

Petite histoire de l’île de Maiao

Pour les Polynésiens, Maiao était à l’origine connue sous les trois noms de Tapua’e Manu (littéralement « l’empreinte des pattes d’oiseau »), de Maiao Iti (petite Maiao), ou encore de Teanuanuaiterai (arc-en-ciel). Ce dernier nom lui ayant été donné pour les nombreux arcs-en-ciel qui s’y développent en raison des deux lacs volcaniques qu’elle abrite.

Le premier occidental à avoir posé le pied sur cette petite île fut le capitaine britannique Samuel Wallis, en 1767.

Le capitaine Cook l’y suivit deux ans plus tard en 1769 puis, en 1774, c’est le navigateur espagnol Boenecchea qui y mouilla quelques jours.

A l’époque, Maiao dépendait de la royauté de Huahine, une des îles-Sous-le-vent. Lorsque, en 1888, Huahine fut rattachée à la France, Maiao iti n’eut d’autres choix que de faire de même.

C’est en 1904 qu’elle fut, administrativement, rattachée à la circonscription de Tahiti et dépendances . Aujourd’hui, elle est une commune associée à Moorea, formant la circonscription de Moorea-Maiao, dans l’ensemble des Îles-Du-Vent .

Lors du recensement de 2007, il y avait 299 habitants à Maiao. Et il est intéressant de noter qu’il s’agit d’une population relativement jeune.

L’épisode qui changea l’histoire de Maiao

Voici l’histoire qui fit de Maiao une île refermée sur elle-même.

Dans les années 1920, un citoyen britannique du nom de Eric Trower s’installa dans le village de Taora O Mere à Maiao et y ouvrit un magasin où l’on trouvait à peu près tout ce que l’on pouvait rêver à l’époque, au cœur du Pacifique.

Usant et abusant du goût des insulaires pour tout ce qui venait de l’extérieur, il ouvrit crédit à tous ses clients… Puis un jour se lança dans le recouvrement de toutes ces créances.

Bien peu de gens, à l’époque, disposaient de liquidités dans ces îles et leur seule richesse était leur terre. Et c’est ainsi qu’Eric Trower devint propriétaire de 80 % de l’île !

Il fallu, vers 1935, l’intervention de l’Etat et du pasteur Moreau pour résoudre le problème.

Dans un premier temps, l’Etat solda la dette des habitants auprès du commerçant indélicat et devint donc propriétaire de toutes les terres. Le pasteur Moreau, lui, poussa les habitants à constituer une coopérative afin de pouvoir racheter leurs terres à l’Etat.

C’est ce douloureux épisode de leur histoire qui a rendu très méfiants les habitants de Maiao, les amenant à imposer une règlementation très restrictive quant aux conditions de séjour dans leur île. Ainsi, en dehors des personnes ayant une indiscutable raison de séjourner sur l’île (missions médicales, scientifiques, etc.) nul n’a le droit d’y passer la nuit.

De même, seules les personnes originaires de l’île peuvent espérer obtenir l’autorisation de s’y installer. Encore faut-il que leur demande soit acceptée par la collectivité.

Maiao, une île pas comme les autres

D’une superficie d’à peine 9 km², Maiao est dominée par un sommet de 154 m qui ne porte pas de nom.

S’il est formé de basses collines aux pentes douces, le reste de l’île présente deux particularités :

- deux petits lacs d’eaux saumâtres se font formés dans les anciens cratères : le lac Rotoiti (au nord) et le lac Rotorahi (à l’est), juste aux pieds du sommet de l’île ;

- une assez importante zone de marécages occupe une part non négligeable de l’intérieur de l’île, dans sa partie Nord.

Le village de Taora O Mere se trouve dans la partie Ouest de l’île, celle qui est baignée par un vaste lagon très peu profond.

Une seule passe naturelle permet d’accéder à la terre s’ouvre à la pointe Sud de Maiao, mais une autre, ouverte à l’explosif dans le récif celle-là, permet à des baleinières et autres petits esquifs de sortir en mer sans avoir à se rendre jusqu’à la passe Sud.

Peu touchées par les « progrès » du monde moderne, Maiao est certainement l’une des îles polynésiennes qui a le moins changé depuis de nombreuses décennies.

Maiao, l’économie de l’isolement

Ayant refusé de jouer la carte du tourisme pour se développer, l’économie de Maiao repose sur quelques cultures vivrières, un peu de coprah, une activité de pêche presque totalement réservée à la consommation locale et, surtout, la culture du pandanus.

Ce sont en effet les habitants de Maiao qui produisent la quasi-totalité des panneaux de pandanus tressés qui servent, aujourd’hui encore, à la fabrication des toitures traditionnelles.

Vous savez bien, ces merveilleuses couvertures végétales qui coiffent les bungalows sur pilotis des hôtels de luxe que l’on voit sur toutes les publicités des agences de voyages…

Si les fare de l’île sont, eux, en tôle d’aluminium ou en zinc, c’est afin de faciliter la récupération des eaux de pluie. Car l’eau est une denrée rare et précieuse dans une île isolée et plate comme Maiao.

Pas d’avions pour accéder à ce petit paradis. La seule liaison maritime se fait à partir de Moorea, elle n’est pas régulière et ne peut transporter qu’une douzaine de passagers à la fois en plus du fret.

Il arrive aussi que des pêcheurs de Moorea fassent la traversée et emmènent quelques passagers, mais ce n’est guère fréquent et surtout imprévisible.

Pour toutes ces raisons, Maiao ne figure pas sur les guides touristiques et n’est pas fréquentée par les tour-opérateurs. Et pour ces mêmes raisons, Maiao mérite plus que largement que l’on fasse le détour jusqu’à elle, quand bien même on ne puisse y rester que quelques heures.

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A consulter :

http://www.li-an.fr/jyves/Meyer_2007_Rapport_mission_Maiao.pdf

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maiao

http://www.tahitiheritage.pf/fiche-ile-tupuae-manu-ou-maiao-iti-25396.htm

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