Polynésie française, l'enfer économique du paradis

Les mois passent et les indicateurs catastrophiques concernant la Polynésie s'accumulent sans que les hommes politiques locaux n'en tirent aucune leçon.
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Les missions officielles succèdent aux rapports d’enquêtes et aux chiffres en Polynésie française, et le constat est général et sans appel : la situation est catastrophique et empire de jour en jour.

Dernier document en date : le rapport sur les conditions de vie en Polynésie française qui vient d’être publié par l’Agence française de développement (AFD) dont quelques extraits ont été publiés par le quotidien Les Nouvelles de Tahiti .

L’une des principales conclusions de ce rapport (réalisé par un organisme dont l’objectivité ne peut être mise en doute) est terrifiante : 42% des foyers polynésiens vivent en dessous ou au niveau du seuil de pauvreté tel qu’il est défini par les critères internationaux officiels.

Être pauvre en Polynésie française

Pour bien comprendre la situation et les implications des données fournies par l'AFD, il faut savoir que le seuil officiel de pauvreté monétaire pour la Polynésie française est établi par les instances internationales à «48.692 cfp de revenus mensuels par unité de consommation», soit 408 euros par mois et par personne.

Ainsi, selon ces critères et les résultats de l’enquête, « 19,7% des ménages polynésiens ont un revenu situé en-dessous de ce seuil de pauvreté monétaire ». Ce chiffre s’établissait à 18% en 2 000.

Autre chiffre plus que préoccupant : 28,2% des familles sont considérées comme pauvres en termes de conditions de vie et près de la moitié des foyers du Pays (47,2%) considèrent que leurs revenus sont instables.

Pauvreté et conditions de vie en Polynésie française

L’état de délabrement général de la Polynésie française , de ses infrastructures et de ses institutions est tel qu’un pourcentage non négligeable, mais inconnu car aucune enquête sérieuse n’a été publiée sur ce sujet, de famille polynésiennes vivent dans des habitats insalubres.

Soyons clairs : des milliers de gens, à Tahiti, vivent dans des bidonvilles. Par exemple, dans la nuit du 16 au 17 décembre 2010, un incendie a ravagé quatre fare (maisons) de tôles et de bois de récupération, faisant 53 sans abris. Aucune de ces maisons n’avait de permis de construire.

En face de ces quelques éléments, un autre chiffre fait froid dans le dos qui est particulièrement révélateur du niveau de corruption, de clientélisme et d’injustice qui régit la société polynésienne actuelle : les trois quarts des allocations et des aides sociales sont perçus par des ménages non pauvres.

L’enquête montre pourtant de manière très explicite qu’il suffirait de transférer 4,3% des ressources de ces ménages pour maintenir tous les autres au-dessus du seuil de pauvreté. A combien s’élève le montant des aides indûment versées ?

Seuls 6,1% des ménages polynésiens n’ont été à ce jour touchés par aucune forme de pauvreté. Cela veut dire que 93,9% des ménages ont connu ou connaissent au moins un aspect de la pauvreté.

Il est intéressant de comparer les 48 692 cfp (408 euros) dont la moitié de la population dispose pour vivre, aux 800 000 cfp (6 704 euros) que perçoivent en indemnités nettes les élus de l’Assemblée de Polynésie, ce qui fait 16 fois plus. Sans parler de tous les avantages qui vont avec.

Rappelons également que dans ce Pays, il n’existe aucune indemnité de chômage d’aucune sorte pour personne, sauf pour les membres du gouvernement.

L’instruction et la pauvreté

Le manque d’instruction est, sans conteste, le facteur déterminant le plus marquant de la pauvreté monétaire. Par exemple, le fait d’avoir le bac divise par deux le risque de pauvreté. Or l’échec scolaire chez les populations autochtones atteint des proportions pour le moins inquiétantes même si, là encore, les autorités locales se gardent bien de mener la moindre enquête sérieuse et approfondie sur le sujet.

Ainsi le taux d’illettrisme est, pour le moins, préoccupant et nombre d’enfants abandonnent totalement leur scolarité à l’âge de 12 ou 13 ans, à l’entrée au collège, quand ce n’est pas plus tôt.

Pourtant, en Polynésie comme en France métropolitaine, la scolarité est obligatoire jusqu’à 16 ans.

Autres chiffres qui n’existent pas : combien de foyers polynésiens survivent grâce à la culture et au trafic de cannabis et combien d’autres grâce à la prostitution de jeunes de moins de quinze ans ?

Le portrait robot du ménage polynésien pauvre se dessine donc ainsi : il réside dans un logement social de type HLM, le chef de famille se considère comme ma’ohi* avant tout, a un faible niveau d’éducation, est au chômage ou inactif ou, s’il a un emploi, c’est en tant que non salarié. Ce foyer comporte six membres au moins et il s’agit le plus souvent d’une famille monoparentale.

La Polynésie et l’avenir

Pendant que la population polynésienne s’enfonce lentement mais sûrement dans la misère, les élus eux se chamaillent et ne votent pas le budget 2011 du Pays. Une carence dont les conséquences économiques ne manqueront pas d’être supportées par une population déjà exsangue. Il faut en effet savoir que si l’impôt sur le revenu n’existe pas en Polynésie française, la pression fiscale y est plus forte qu’en France métropolitaine.

Aucun secteur de l’économie n’a résisté aux six années d’une instabilité due exclusivement à l’appétit de pouvoir et d’argent d’une classe politique corrompue et bien loin des réalités que connait la population.

Rien en effet ne permet, à ce jour, d’espérer une quelconque amélioration avant les élections de… 2013.

Lexique :

*Ma'ohi : (ou Maori) indigène, qui n’est pas étranger, désigne le peuple polynésien. Les Ma'ohi sont les habitants d’origine de la Polynésie française, les maoris ceux de Nouvelles Zélande. Mais il s'agit bien du même peuple colonisateur originaire d'Asie.

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