Total Tuamotu, la téléréalité 100% polynésienne de TNTV

Après le scandale de Trois princes à Paris (TF1), Tahiti Nui Télévision, chaîne polynésienne, lance le 30 mai 2011 une émission de téléréalité 100% locale.
37

C’est dans un contexte étrange que la jeune chaîne de télévision polynésienne Tahiti Nui Télévision (TNTV) lance la toute première émission de téléréalité de l’histoire locale, Total Tuamotu .

En effet, l’existence même de la chaîne est menacée car le gouvernement du Pays n’a plus vraiment les moyens financiers de combler les déficits chroniques de l’entreprise dont il est le principal actionnaire.

D’autre part, cette première intervient bien peu de temps après le terrible four commercial de la dernière née du genre de TF1 : Trois princes à Paris .

L’affaire des Trois princes à Paris

Si, en France métropolitaine, l’histoire de cette énième émission de téléréalité se résume en gros à un énorme flop commercial (deux numéros seulement en ont été diffusés avant retrait définitif), il en va tout autrement à Tahiti et dans ses îles .

En Polynésie française, et particulièrement dans l’archipel des Tuamotu , l’affaire a soulevé une énorme vague d’indignation, et l’émission a été ressentie comme une insulte au peuple polynésien et à sa culture. Il est vrai que la manière plus que caricaturale de présenter le soi-disant prince et son mode de vie était bien proche de la xénophobie, voire du racisme.

L’autre aspect de l’émission qui a provoqué le buzz en Polynésie, mais là accompagné d’un grand éclat de rire, c’est le fait que Luc Aro n’était un prince des Tuamotu que pour les besoins de l’émission. Le jeune homme vient en réalité de l’un des quartiers les plus pauvres de Faa’a (Tahiti) et n’avait jamais mis les pieds aux Tuamotu avant que TF1 ne l’y emmène.

Cependant, être de lignée royale n’est pas vide de sens dans la société polynésienne du XXIe siècle et l’affaire a exaspéré nombre de familles qui, elles, sont bien dotées d’un passé royal.

La naissance de Total Tuamotu

En réalité, il n’y a rigoureusement aucun lien de cause à effet entre la très brève carrière de Trois princes à Paris et la naissance de l’émission polynésienne Total Tuamotu .

L’émission de TNTV a été mise en chantier et tournée bien avant que le flop de TF1 ( 9 janvier 2011) ne provoque la colère chez les Polynésiens.

André Vohi, présentateur et réalisateur de l’émission, est connu et apprécié des téléspectateurs polynésiens pour des magazines d’excellente facture ( Taata Tu mu ) .

Le challenge auquel la chaîne et lui-même ont été confrontés était de pouvoir réaliser l’émission sans que cela ne coûte quoi que ce soit à TNTV dont les finances sont exsangues et dont l’existence même est remise en question par les pouvoirs publics en raison de la crise économique majeure qui frappe la Polynésie française. En effet le Pays, lui-même quasiment en faillite, est l’actionnaire majoritaire de la chaîne.

La solution a été trouvée dans un partenariat avec le pétrolier Total qui finance la quasi totalité du coût de production, donnant par la même occasion son nom à l’émission.

Un concept simple, voire minimaliste

Pour Total Tuamotu , les règles sont simples mais très strictes. Deux candidats sont livrés à eux-mêmes pendant six jours sur un motu (îlet) inhabité pendant six jours. Comme cadre de cette première émission, c’est un motu de l’atoll de Rangiroa qui a été choisi.

Chacun d’eux ne dispose, pour assurer sa survie, que d’un coupe-coupe, des palmes, un tuba et un fusil-harpon pour la pêche. Il ne leur est fourni aucune provision de bouche. Par contre, en raison des risques réels de déshydratation sur un motu sans eau potable, ils ont à leur disposition 1,5 litre d’eau par jour chacun quand la survie nécessite au moins 4 litres de liquide quotidiens dans de telles conditions. Pour boire, les candidats n’ont donc pas d’autre solution que d’aller chercher des noix de coco salvatrice là où elles se trouvent : en haut des cocotiers…

Pour les guider dans leurs démarches, mais sans les aider directement, ils bénéficient de l’assistance d’un habitant de l’atoll, un Paumotu (habitant des Tuamotu) pour qui la pêche ou le traitement du coco font partie des activités quotidiennes.

Le défi est ponctué par quatre épreuves proches de celles qui sont pratiquées dans les sports traditionnels ma’ohi : lancer de javelot, grimper de cocotier, tressage, lever de pierre, etc.

Total Tuamotu : défi spectaculaire ou retour aux sources ?

Malgré les apparences, nous sommes loin des caractéristiques d’une émission comme Koh Lanta . En effet, aujourd’hui encore, ce qui est présenté comme un défi d’aventurier par la télévision est le quotidien de milliers de Polynésiens.

Par contre, pour les citadins que sont devenus nos deux candidats, et malgré leur excellent état de forme physique, ces conditions de vie relèvent de l’histoire familiale récente.

Xavier Delongeaux est constructeur de pirogues et Hiro Tetuanui est livreur. A leur retour à Tahiti, en seulement six jours d’épreuve, ils avaient perdu plusieurs kilos et reconnaissent avoir eu souvent le moral au plus bas.

Leur plus grand échec : n’avoir jamais réussi à allumer un feu. Heureusement que l’un des fleurons de la gastronomie polynésienne est le poisson cru !

Dans le même temps, grâce à leur mentor Taumara Sun, ils auront appris à éviter les lieux de pêche infestés par cette terrible maladie qu’est la gratte (la ciguatera) , à négocier avec les requins pointe noire ou les murènes omniprésents dans cet environnement lagonaire.

Il leur a surtout permis de retrouver des valeurs authentiques fondamentales de la culture polynésienne, à commencer par un immense et très humble respect de la nature.

Total Tuamotu , un concept d’avenir

Avant même sa diffusion (du 2 au 30 juin 2011 sur TNTV), l’émission est d’ores et déjà considérée comme un succès et de nombreuses îles des Tuamotu, mais aussi des Îles-Sous-le-Vent et des Marquises ont déjà postulé pour en accueillir de prochains épisodes.

Il ne reste donc plus qu’à savoir si le public plébiscitera la démarche. Et aussi si les producteurs sauront éviter les nombreux pièges qui ont donné une si mauvaise image de la téléréalité…

Avec de bien petits moyens, l’émission polynésienne arrivera-t-elle à faire jeu égal avec ses concurrentes les plus célèbres ?

Découvrez tout le travail de journaliste de Julien Gué, et bien d’autres choses, en cliquant ici : Tahiti, ses îles et autres bouts du monde

Sur le même sujet