Violences à l'île de Pâques, la population se bat pour sa survie

Colonisés par le Chili et envahis par les touristes, les Pascuans veulent récupérer les terres de leurs ancêtres, la police chilienne intervient et tire.
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Depuis quelques semaines, la tension est clairement montée d’un cran sur l’île de Pâques entre les Pascuans et les autorités chiliennes.

Au début de l’été 2010, des manifestants avaient bloqué plusieurs jours l’unique aéroport de l’île pour protester contre l’afflux trop important de touristes menaçant le très fragile équilibre écologique de Rapa Nui, mais aussi parce que l’argent du tourisme ne profite que très peu aux ressortissants de l’île et rapporte beaucoup à de grands groupes chiliens ou étrangers.

Cette fois-ci, c’est la question récurrente de la propriété foncière qui est à la source de l’explosion de violence.

La police chilienne ouvre le feu sur les Pascuans

Dans le courant du mois d’octobre 2010, quelques dizaines de Rapa Nui (Pascuans), afin de protester contre des lois iniques qui les privent de leurs terres mais permettent à des investisseurs étrangers d’en profiter, décident d’occuper un bâtiment administratif destiné à devenir un hôtel de luxe situé sur un terrain militaire, «propriété» de l’état chilien.

Après une première tentative d’expulsion infructueuse par la police en poste sur l'île, le gouvernement de Santiago du Chili envoie sur place un avion cargo transportant un important contingent de membres de la police anti-émeutes chilienne.

Arrivés sur l’île le 4 décembre 2010, les hommes armés de matraques, de gaz lacrymogènes et de carabines chargées de balles en caoutchouc et de chevrotines (suivant les sources) ont donné l’assaut aux bâtiments occupés, sous le regard aveugle des Moaï silencieux , renouant ainsi avec des méthodes de bien triste mémoire pour le peuple chilien.

Le bilan de la répression, s’il n’est pas tragique, est tout de même très lourd : plusieurs dizaines de blessés sont à déplorer, dont le cinéaste Santi Hitorangi à qui il aurait fallu extraire plusieurs dizaines de plombs de chevrotine reçus dans le dos.

Santi Hitorangi est un documentariste pascuan vivant à New York. Il était à Rapa Nui pour le tournage d’un film, et c’est en filmant les événements qu’il aurait reçu la décharge.

Il semble bien que la situation soit dans une impasse. En effet, le président du parlement Rapa Nui, Leviante Araki, a déclaré sur une radio chilienne : « Nous sommes prêts à mourir, nous n’accepterons jamais qu’ils s’emparent de notre territoire. Nous ne partirons jamais ».

Ce à quoi le ministre de l’intérieur chilien répond qu’il espère aboutir à un accord, mais que « les autorités continueront à expulser les occupants illégaux. Dans notre pays, personne ne peut vivre hors-la-loi »

Rapa Nui, un peuple en voie de disparition

Sur les 4000 résidents permanents que compte l’île de Pâques, seuls 1500 sont des Rapa Nui. Tous les autres sont des militaires, des policiers et des fonctionnaires chiliens.

Plus de 90% des terres sont des terrains militaires ou des propriétés de l’Etat chilien. Des terres en réalité annexées par décret aux débuts de la colonisation et militarisées par le dictateur Pinochet.

Toute l’économie de l’île est sous perfusion, alimentée par le Chili, et les importants revenus du tourisme bénéficient, pour l’essentiel, à de grosses sociétés internationales qui ne laissent que des miettes à l’économie locale.

Les Pascuans, eux, ne peuvent habiter que dans le village de Hanga Roa et n’ont pas le droit d’exploiter leurs terres sans autorisation chilienne.

Depuis quelques années, le tourisme se développe sans aucune maîtrise ni contrôle des Pascuans. L’immigration de ressortissants chiliens sur l’île est en constante augmentation et les Rapa Nui sont de plus en plus étouffés sur leur propre terre, leur nombre diminuant d’année en année.

Les revendications des Rapa Nui

Le première et la plus importante de ces revendications est la restitution des terres par le Chili aux Pascuans. Ces derniers veulent avec une farouche énergie que soit reconnu leur droit fondamental de premiers occupants et de pays colonisé par la force.

Ils veulent également avoir la maîtrise sur l’immigration et l’installation à Rapa Nui de toute personne non originaire de l’île.

Ils veulent enfin que les ressources de l’île rapportent directement à la population et non à des investisseurs étrangers, voire chiliens.

Au fond, ils veulent tout simplement pouvoir diriger démocratiquement un pays qui est le leur depuis toujours.

Mais il est une autre revendication qui s’exprime de manière plus ou moins virulente périodiquement au sein de la population pascuane, c’est celle qui concerne l’autodétermination et le rattachement à l’Etat chilien.

Le peuple pascuan, la France et le reste du monde

Les liens historiques, culturels et affectifs qui unissent l’île de Pâques et la France sont nombreux et très anciens.

Par exemple, il existe une très importante diaspora Rapa Nui installée en Polynésie française depuis plus d’un siècle.

Il y a aujourd’hui plus de Pascuans à Tahiti que sur l’île de Pâques !

Malgré le triste épisode du « Roi de Pâques », le français Jean-Baptiste Onésime Dutrou-Bornier, dans les années 1870, nombreux sont les Pascuans qui souhaiteraient se séparer du Chili pour être intégrés à la République française avec un statut comparable à celui de la Polynésie française.

En effet, bien que le Chili ait ratifié en 2007 la Convention relative aux droits des peuples indigènes et tribaux et que l’île, ses Moaï et tous les autres vestiges d’une grandeur passée soient classés au patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1995, le peuple Rapa Nui ne peut que subir la présence militaire et policière chilienne et n’arrive pas à faire valoir ses droits sur des terres dont tout le monde sait de quelles manières elles sont devenues propriétés de l’état chilien.

Depuis peu, une pétition a été mise en ligne par la Pascuane Susana Hito afin d’attirer l’attention internationale (médias internationaux, pouvoirs publics et opinion publique) pour que la situation très particulière de ce petit peuple par la taille, mais si grand par l’histoire et la culture, soit enfin prise en compte.

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