Quentin Tarantino, fétichiste ?

De nombreux plans de pieds s'insèrent souvent dans les films de Tarantino, mais peut on aller jusqu'à parler de fétichisme ?
3

Quentin Tarantino marque l'histoire du cinéma par ses films indépendants depuis Pulp Fiction qui remporte la Palme d'or au Festival de Cannes en 1994. Des scenarii non linéaires, une chronologie souvent éclatée mêlant flash back et ellipses, le tout développé au coeur d'un univers décalé. Tarantino filme aussi avec talent une violence exacerbée mais toujours teintée d'humour et d'ironie. Ce sont également ses personnages qui nous marquent, notamment les rôles féminins. La présence quasi-permanente de la sensualité et de la sexualité à l'écran construit petit à petit l'image d'un réalisateur stylisé et sophistiqué.

On pourrait discuter des heures durant de ses inspirations et références multiples, allant du western ( Inglourious Basterd ) aux séries B ( Death Proof ). Cependant, on s'intéressera ici à un détail beaucoup plus précis que l'on découvre dans chacun de ses films : les pieds. La réitération des plans d'orteils, de talons et de chevilles est bien voulue par le réalisateur, mais pourrait on aller jusqu'à parler de fétichisme ?

Un fétichisme ancestral

Les pieds ont longtemps eu une aura érotique, objet de sensualité et représentation de la sexualité par excellence. Ils possèdent 7200 terminaisons nerveuses, un frôlement suffit donc a faire naître de multiples sensations.

Pendant plus de mille ans la petitesse comme représentation de la féminité, était aussi prônée par le peuple chinois. Il était commun de bander les pieds des petites filles afin de limiter leur développement. Pratiquées pour des raisons esthétiques, les différentes techniques de bandage étaient également expliquées dans les manuels érotiques chinois. Alors appelé pieds du lotus ou pieds de lys, ils devenaient la partie la plus érotique du corps féminin. Les préludes amoureux entre un mari et sa femme comprenaient le déroulement sensuel des bandages.

Historiquement les pieds ont donc une place particulière dans l'érotisme populaire. Il s'agit d'une aune à la beauté séductrice des femmes. Tarantino rend hommage à des actrices de talent et de caractère à travers ses plans sensuels de la voûte d'un pied ou de la courbe d'un orteil.

Tarantino et le « foot massage »

Tous les adeptes du style Tarantino se sont un jour demandés pourquoi une des discussions les plus controversées de Pulp Fiction concernait le massage des pieds. Jules Winfield (Samuel L. Jackson) s'adressant à Vincent Vega (John Travolta) : « Don't be telling me about foot massages – i'm the fucking foot master ». Il en ressortira qu'un massage des pieds est un contact tellement intime entre deux personnes qu'il peut entrainer la défenestration de son auteur.

Les pieds de ses actrices

Tarantino présente ses personnages féminins le plus souvent de bas en haut. Dans Pulp Fiction , on rencontre Mia Wallace (Uma Thurman) à travers ses pieds. Les personnages de Butterfly (Vanessa Ferlito) et de Jungle Julia (Sydney Poitier) de Death Proof nous sont également présentés par l'intermédiaire de leurs pieds. La première les appuie sur le tableau de bord d'une voiture et la deuxième marche sur la moquette de son appartement.

Durant toute la durée des films de nombreux personnages restent totalement pieds nus. Leurs déplacements sont d'autant plus fluides et sensuels. Dans Kill Bill volume 1 , lorsque O-Ren Ishii (Lucy Liu) monte sur la table face à ses sous-fifres et tranche la tête de l'un d'eux, elle est pieds nus. Mia va au restaurant et danse le twist sans enfiler une seule paire de chaussure. On voit également une certaine Esmeralda écraser l'accélérateur d'une voiture d'un pied dénudé.

Tarantino évoque la légèreté mais aussi la force de ses personnages féminins à travers ces plans. Réfugiée dans le Pussy Wagon, Black Mamba (Uma Thurman) se bat contre la paralysie de son gros orteil durant de longues minutes jusqu'à ce qu'elle récupère ses facultés.

Enfin, des scènes nous évoquent clairement une tendance fétichiste. Tarantino passe d'un contact visuel à un contact physique avec l'objet de son désir. Dans Death Proof , le personnage de Stuntman Mike (Kurt Russell) fixe longtemps les pieds de Abernathy (Rosario Dawson) qui dépasse de la fenêtre de la voiture. Il les caresse, les sent et passe son doigt sur les orteils après l'avoir lécher.

En étudiant précisément ces nombreuses scènes, il serait même possible de desceller une évolution du traitement des pieds dans les films de Tarantino, d'autant plus qu'il le dit lui même « chaque plan de pied de film est parfaitement justifié ! »

Sur le même sujet