Des sanctuaires pour les ours dansants

Avec le recul progressif de la pratique des ours dansants, des dizaines d'ours sont récupérés par les associations qui les défendent. Mais que faire d'eux ?
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Avec les lois protégeant les ours et l'évolution des mentalités, plusieurs ours dansants ont été repris à leur propriétaire ou remis par eux aux autorités locales ou aux associations de défense de la faune dans les Balkans et en Asie. Un problème très simple mais de taille s'est posé: où les mettre ? Dans des zoos, chez des particuliers en attendant ?

L'idée s'est alors imposée de créer des zones naturelles, assez grandes pour abriter plusieurs animaux, adaptées à leur mode de vie, bien protégées contre le braconnage. Des sanctuaires ont donc vu le jour, mais il a fallu plusieurs années pour faire aboutir des projets aussi ambitieux nécessitant un investissement important et la collaboration du gouvernement concerné.

En Inde

Après l'adoption d'une législation protégeant les ours en 1972, quelques animaux ont été récupérés mais cette tendance a été très lente et progressive. Elle s'est accélérée à la fin des années 1990 et au début des années 2000 avec la lutte accrue contre le braconnage. Là, le besoin d'un lieu privilégié de sauvegarde des ours s'est fait plus impérieux. Plusieurs conditions devaient alors être réunies: trouver un terrain adéquat, obtenir l'autorisation du gouvernement indien, la coopération des autorités locales, et avant tout cela, réunir les fonds nécessaires. Plusieurs associations ont uni leurs forces pour parvenir à la création de sanctuaires, principalement WSPA (World society for the protection of animals), International Animal Rescue , SOS Wildlife et Free the Bears (mais bien d'autres associations ont versé ou collecté des fonds).

Le premier sanctuaire est né à Agra en 2002, terrain de dizaines d'hectares au sein d'une réserve naturelle d'oiseaux. Actuellement, 300 ours libérés y vivent paisiblement. En 2005, le second parc, à Bannerghatta , a ouvert ses portes. Il accueille aujourd'hui une centaine d'ours. Puis, un troisième refuge a ouvert en 2006 à Van Vihar , et enfin un autre à Purulia en 2007. Au total, quatre sanctuaires, installés dans différentes régions de l'Inde, gérés principalement par SOS Wildlife, recueillent près de 600 anciens ours dansants.

Les ours arrivants dans ces parcs vivent en quarantaine durant trois mois, le temps d'un examen complet incluant le retrait de la corde ou de l'anneau, des interventions chirurgicales, des soins dentaires importants, la vaccination, la recherche de parasites et de maladies. Les ours mangent enfin une nourriture adaptée et saine.

Puis, les ours sont relâchés dans des enclos de socialisation où ils vont rencontrer d'autres ours, apprendre les gestes naturels de leur espèce, chercher leur nourriture. Des bassins de baignade en eau douce, des tanières construites pour eux et des aires de jeux et d'escalade leur permettent d'apprendre à devenir des ours. Observés par les vétérinaires et les soigneurs du parc, ils souffrent souvent de troubles du comportement à leur arrivée. Les oursons ont des enclos spécialisés, tout comme les nombreux ours aveugles.

Enfin, après cette phase d'adaptation, les ours sont libérés dans les zones boisées et forestières où ils peuvent vivre normalement et en sécurité.

Dans les Balkans

Comme en Asie, la défense des animaux a lentement progressé au cours des dernières décennies. Interdite en Grèce et en Turquie en 1995, cette pratique perdure dans d'autres pays balkaniques comme l'Albanie.

En 1999, Brigitte Bardot lance une grande campagne pour la création d'un sanctuaire en Bulgarie. Elle intervient auprès du président de la République et du ministre de l'Environnement de ce pays. Elle travaille en collaboration étroite avec l'association autrichienne Vier Pfoten (Quatre pattes) qui oeuvre sur place depuis des années. En 2000, un terrain idéal est trouvé près de la commune de Belitsa, terrain que la mairie cède à Vier Pfoten pour 30 ans. Cette même année, les trois premiers ours, Stephen, Malinka et Kalinka, sont accueillis dans ce parc parfaitement adapté à leur mode de vie , avec plusieurs secteurs comprenant des bois, des tanières, des rochers et des bassins. Les ours reçoivent d'abord tous les soins vétérinaires nécessaires. Ils apprennent aussi à chercher leur nourriture que les soigneurs sèment aux quatre coins du parc. Après une période de socialisation, ils mènent une vraie vie d'ours et peuvent hiberner pour la première fois. En 2002, un second terrain est rattaché au parc, puis un autre en 2004, cédé par le gouvernement, formant ainsi un immense sanctuaire.

En 2002, la Bulgarie interdit la chasse, la vente ou l'exhibition d'ours, mettant fin légalement à cette pratique horrible. En 2004, le sanctuaire de Belitsa est officiellement inauguré par la Fondation Brigitte Bardot et Vier Pfoten, en présence du Premier ministre et de son épouse. La population locale approuve finalement cette initiative, créatrice d'emplois et de développement touristique.

En 2007, les trois derniers ours dansants de Bulgarie puis, en 2009, ceux de Serbie trouvent refuge au sanctuaire. Là, ils rejoignent la vingtaine de pensionnaires déjà présents.

Ainsi, après des années de souffrances et de tortures, de privations et d'esclavage, plusieurs centaines d'ours ont pu profiter de quelques années de liberté et de bonheur dans ces sanctuaires, véritables paradis pour eux. Mais n'oublions pas que des dizaines d'ours subissent toujours ces traitements atroces dans plusieurs pays d'Europe et d'Asie (Pakistan).

Sources :

WSPA , International Animal Rescue , Free the Bears , SOS Wildlife , Fondation Brigitte Bardot , Vier Pfoten , Trente millions d'amis

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