Les ours "appâts" au Pakistan

Des ours mutilés et attachés sont utilisés dans de violents combats contre des chiens dressés à l'attaque. Comment mettre fin à ces maltraitances animales ?

Ces combats sont organisés par de grands propriétaires terriens qui démontrent ainsi leur puissance et leur richesse. Ils attirent des centaines de personnes et génèrent un commerce dont les initiateurs de ces "spectacles" sont les bénéficiaires. Ces "seigneurs" défient ouvertement le gouvernement en contrevenant à la loi sur la faune de 1980 qui interdit cette pratique, prouvant ainsi l'incapacité des autorités à les faire céder. Ils assoient un peu plus leur domination sur toute la région et sur la population qui les respecte et les craint.

Ces puissants notables possèdent les chiens de combat, entraînés et dressés, qui sont leur fierté et leur honneur. La tribu des Kalandars, traditionnellement spécialisée dans le dressage des ours pour les spectacles de rues, fournit les ours.

Le combat de l'ours

Le but de ces affrontements violents n'est ni la mort immédiate de l'ours, ni celle des chiens. L'équilibre des forces est étudié pour que les combats puissent être renouvelés. Ainsi, les animaux survivent assez longtemps pour être utilisés de nombreuses fois et donc être rentables pour leurs propriétaires respectifs. Les chiens sont dressés à l'attaque et sont plusieurs (de deux à quatre) contre un ours. Celui-ci est "préparé". Pour éviter qu'il ne se rebelle contre son propriétaire ou qu'il ne tue les chiens d'un coup de pattes, il subit de terribles mutilations. Dans les premiers mois de sa vie, le jeune ours est dégriffé et édenté, sans anesthésie, ses plaies cautérisées à vif. Pour être mieux tenu et maîtrisé, un trou est fait dans sa cloison nasale, par une grosse "aiguille" enfoncée de manière à pouvoir y passer un anneau ou une corde que l'animal gardera toute sa vie. Le nez étant une partie extrêmement sensible, l'ours est ensuite obligé de suivre docilement chaque mouvement de son propriétaire pour éviter des douleurs trop vives. Cette plaie ne cicatrise jamais vraiment, permettant un contrôle total sur l'animal.

Lors du combat, l'ours est attaché assez court par une corde reliant son cou à un poteau fixé au sol. Les chiens sont lancés contre lui, l'entourent, le harcèlent, le mordent à maintes reprises.

Le tournoi compte plusieurs combats sur plusieurs jours, chacun d'entre eux étant composé de cinq ou six rounds assez courts, d'une durée de quelques minutes. Le but des chiens est de faire fléchir leur proie. Si à la fin du combat, l'ours est toujours debout, il est le vainqueur. Si au contraire, il s'est affaissé et assis, l'ours est vaincu, offrant à ses adversaires les parties les plus sensibles -le nez et les babines- que les chiens cherchent à déchirer et à arracher.

L'ours accumule les blessures et les plaies, un round après l'autre, sans recevoir aucun soin, et recommence ainsi les combats, année après année, durant toute une vie de souffrances. Les chiens ne sont pas épargnés et sont souvent blessés, ou périssent sous les coups de l'ours, victimes aussi de cette pratique à laquelle ils ne peuvent échapper.

L'action de la WSPA

En 1993, la WSPA (Société mondiale pour la protection des animaux) lance une grande campagne contre l'utilisation de l'ours comme appât dans ces affrontements sanglants et contre ces combats en eux-mêmes. Son but est d'obtenir l'application effective de la loi. Les autorités locales se montrent inefficaces, par manque de volonté, par peur du puissant propriétaire terrien ou par corruption. La WSPA, avec l'aide du Centre de recherche en bioressources (BRC), a mené son action sur plusieurs axes :

  • en menant une campagne d'information internationale
  • en travaillant avec le gouvernement pour proposer d'autres sources de revenus aux Kalandars qui se séparent de leurs ours
  • en coopérant avec les imams pour obtenir qu'ils prêchent dans les mosquées contre les cruautés envers les animaux en s'appuyant sur des textes du Coran
  • en sensibilisant la population locale et les propriétaires de chiens à la souffrance animale
  • en luttant contre le braconnage
  • en empêchant le déroulement de tournois grâce aux renseignements d'informateurs sur place
  • en créant des sanctuaires pour recueillir les ours délivrés, en 2000 celui de Kund Park et en 2010 celui de Balkasar.
40 ours sauvés

En 2010, lors des grandes inondations, le sanctuaire de Kund Park est ravagé et 20 ours sont noyés. Les trois ours survivants sont transférés dans un second sanctuaire, à Balkasar , où ils sont rejoints, en janvier dernier, par trois nouveaux ours récemment libérés. Aujourd'hui, 70 ours seraient encore captifs et utilisés comme appât dans ces combats. Vous pouvez les aider en soutenant l'action de la WSPA.

Sources:

WSPA , protection-des-animaux.org

article de France24 (observers.france24.com) : Le combat d'ours, une barbarie toujours en vogue au Pakistan (09-03-2011)

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