Les ours dansants : une tradition barbare

Exhibé, enchaîné, mutilé, se balançant d'un pied sur l'autre, l'ours "dansant" ne danse pas, il souffre horriblement durant toute sa vie.
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Cette pratique dite des ours "dansants" existe depuis le Moyen-Age principalement dans deux zones géographiques: l'Inde et les Balkans.

En Inde , la tribu des Kalandars vivait de ses spectacles d'ours à la cour des rois, puis dans les rues et les villages, et plus récemment, devant les touristes. Elle parcourt des kilomètres tous les jours, se déplaçant d'une place à l'autre avec ses ours.

En Europe , c'est aussi une population nomade, les Tsiganes, originaire des Balkans, qui vivait de ces démonstrations d'ours, traversant toute l'Europe, y compris la France, offrant des spectacles de rues, dans les foires ou devant les seigneurs et les princes. Cette pratique a disparu de la partie occidentale mais perdure dans sa région d'origine.

Derrière l'aspect folklorique, se cache uniquement de la souffrance.

Un dressage dans la douleur

En Inde ou dans les Balkans, les techniques de dressage, extrêmement brutales et violentes, sont presque similaires.

L'ourson est capturé à quelques semaines seulement, séparé de sa mère qui, si elle est présente, est tuée. Il est sans défense aux mains de ceux qui vont le soumettre à leur volonté, par la force. Dès l'âge de quatre mois, l'ourson est placé sur des braises ardentes pour l'obliger à garder la position debout.

Entre six mois et deux ans, le jeune ours, plaqué au sol, les quatre pattes attachées, subit, à vif, une opération atroce, la ferrade (voyez la vidéo de la Fondation Brigitte Bardot, attention: images très dures). Cela consiste à percer le nez, zone extrêmement sensible, avec une "aiguille" chauffée à blanc pour y passer un anneau ou une corde, brisant au passage les sinus. La plaie s'infecte fréquemment, l'opération est alors renouvelée.

Le but de cette torture est l'asservissement total de l'ours par la douleur, puisque cette plaie ne cicatrise jamais. Resté à vif, ce trou permet à l'homme qui tient la corde de mener l'ours exactement où il veut et de lui faire exécuter les gestes qu'il souhaite. A chaque fois que la corde coulisse dans la plaie ou que l'on tire sur l'anneau, la douleur est insupportable pour l'ours ainsi entravé.

Parallèlement, les dents de l'ours sont cassées, arrachées ou limées. Les Kalandars vendent les incisives comme talisman. Les griffes sont arrachées ou sectionnées, les plaies étant cautérisées dans la braise brûlante.

L'ours est prêt pour son apprentissage véritable: celui de la "danse". L'ourson, déjà mutilé, torturé, est placé sur une plaque brûlante, tandis que le maître joue de la flûte ou du violon. L'animal n'a d'autre solution pour tenter de soulager sa douleur que de sauter d'un pied sur l'autre. A chaque séance, l'ours associe la douleur intense de la brulûre à la musique. Ainsi, ce conditionnement aboutit à un réflexe: par la suite, dès que l'ours entend cette musique, il passe d'un pied sur l'autre, aidé souvent de coups de bâtons. Divers tours sont exécutés par les ours bien "dressés", qui se tiennent face-à-face et se touchent par les pattes avant, tournent sur eux-même, dans un simulacre de danse de couple.

La moitié des oursons capturés meurent durant ces premiers mois, l'autre entame une vie de souffrances.

Une vie d'esclave

Déjà affaibli par les mutilations subies et les douleurs constantes, l'ours est diminué par une alimentation de mauvaise qualité, insuffisante et inadaptée. Nourri de pain, de maïs, de lait ou d'alcool, l'ours est loin d'atteindre son poids normal. En mauvaise santé, l'ours souffre de graves carences dûes à la malnutrition, entraînant souvent la cécité. Il ne peut à aucun moment reprendre des forces puisque les mauvais traitements sont constants.

Attaché par le museau et par une corde (ou une chaîne) autour du cou, l'ours suit ses propriétaires de village en village, exécutant son numéro à chaque demande. Un simple regard sur les courtes vidéos du site de One Voice suffisent à comprendre le calvaire de ces ours qui vivent dans la douleur permanente.

Entre les démonstrations de rues, l'animal vit sans cesse à l'attache, retenu très près du piquet ou de l'arbre, par le cou et le nez. L'ours peut rarement s'allonger. A chaque mouvement pour s'écarter de son point d'attache et changer de position, la douleur terrible de son nez s'intensifie. Il est obligé de subir, souvent sous les coups, dans la solitude.

C'est bien une vie d'esclave qu'endurent ces animaux. Si, lors de vos vacances, vous croisez un montreur d'ours, surtout ne l'encouragez pas en lui donnant de l'argent. Mais signalez l'animal aux associations qui ont vocation à les protéger et qui luttent contre cette pratique depuis des années, comme Wildlife SOS ou Free the bears .

Sources:

Fondation Brigitte Bardot , One Voice , IFAW (Fonds international pour la protection des animaux), Wildlife SOS (SOS Faune), Free the bears

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