L'interdiction des ours dansants en Inde

Le combat pour mettre fin à cette pratique en Inde est long et difficile. Si la loi l'interdit officiellement, son éradication n'est pas encore acquise.
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L'évolution des mentalités au cours des siècles (particulièrement du dernier) a permis la prise en compte de la souffrance animale. Une partie grandissante de la population s'émeut du sort des animaux. Les associations de protection animale ont largement contribué à cette prise de conscience par des campagnes d'information et de sensibilisation.

Les habitants de l'Inde et des contrées voisines, habitués depuis toujours à voir les montreurs d'ours, ne cherchaient pas à en savoir plus ni à s'immiscer dans la vie des Kalandars (la tribu qui organise ces spectacles). Les touristes trouvaient souvent les oursons "mignons" et les prenaient en photo. En voyant l'ours si docile, et pourtant une vraie force de la nature, ils pensaient que s'il n'était pas heureux de son sort, il s'en irait. De plus, la certitude de respecter une vieille tradition locale et le manque de volonté empêchaient tout intérêt réel pour l'ours.

Mais les défenseurs des animaux ont effectué un long et minutieux travail d'information auprès du public, expliquant inlassablement les techniques de dressage et les conditions de vie des animaux. Photos à l'appui, des campagnes de sensibilisation ont été menées et ont abouti, en Inde, à une loi protégeant les ours en 1972 .

1972 : une première victoire

Sensibilisée au problème des ours dansants et poussée par l'opinion internationale, l'Inde interdit en 1972 l'activité des Kalandars. La loi vise à protéger les ours et se montre sévère avec ceux qui l'enfreignent. De lourdes amendes et des peines de prison sont prévues.

Un volet de cette législation prévoit un programme de reconversion professionnelle pour les Kalandars. Ceux qui acceptent d'y participer doivent se séparer de leurs ours. Ce point est très important car cette tribu ne vivait que de ces démonstrations d'ours, le gouvernement indien ne pouvait donc pas supprimer leur source de revenus sans proposer un moyen de la remplacer. De nombreux montreurs d'ours ont accepté et le chiffre d'ours captifs est passé d'environ 1200 en 1996 à 700 dix ans plus tard. Cependant, ces chiffres sont des estimations car il est difficile de quantifier cette activité et de couvrir l'immense territoire indien.

Le combat continue

L'association Wildlife SOS (SOS Faune) et One Voice ont mis leurs efforts en commun sur le terrain et ont créé une cellule anti-braconnage nommée Forestwatch en 2002. Leur but est de lutter contre la capture de nouveaux oursons et de libérer ceux déjà captifs. Cette cellule dispose de moyens importants, résultant de dons, permettant d'acquérir du matériel indispensable (ordinateurs, caméras). Elle s'appuie aussi sur une collaboration étroite avec le gouvernement et les autorités locales.

Son personnel, souvent d'anciens trafiquants ou braconniers, est très efficace car il connaît très bien les méthodes adverses. Forestwatch tente d'infiltrer les réseaux existant et de les démanteler. Lorsqu'un marchand est repéré par les informateurs, un enquêteur, avec l'aide de la police, tente de remonter la filière. Entre 2004 et 2006, un réseau vieux de 40 ans a été démonté, sauvant ainsi 30 oursons. Les animaux sauvés par Forestwatch et par les autres associations sont recueillis dans des sanctuaires créés en Inde et dans les pays voisins à partir de 2002. Jusque-là, aucune structure n'existait. Ils y sont soignés, nourris, et suivent un programme de réadaptation à une vraie vie d'ours.

Progressivement, les ours dansants sont récupérés, les Kalandars suivant des programmes de réinsertion, et cette pratique d'un autre âge devenant moins populaire. En 2009, l'ours Raju est sauvé. Il est présenté comme le dernier ours dansant d'Inde, bien qu'il semble que quelques montreurs d'ours se soient réfugiés dans des zones rurales peu accessibles.

Cependant, si cette pratique est appelée à disparaître totalement prochainement, les ours, objets de nombreux trafics (viande, peau, bile, organes, chasse), sont plus que jamais en danger.

Sources:

One Voice , Free the Bears , International Animal Rescue , WSPA (Société pour la protection des animaux), Wildlife SOS (SOS Faune)

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