Elections Législatives en Pologne : Tusk reste aux commandes

Il y a tout juste une semaine les élections pour le renouvèlement des deux Chambres polonaises (Diète et Sénat) a montré le nouveau visage du pays.

Entrée dans l’UE le 1er mai 2004, la Pologne en est également la présidente depuis juin dernier, prenant le relais de la Hongrie et précédent le Danemark. Donald Tusk, le Premier Ministre de ce vaste état de 38 millions d’habitants, a dû ainsi mener à bien cette présidence tout en défendant les couleurs de son parti : la Plateforme-Civique (libéraux) durant la campagne. Même si au final celle-ci s’est révélée plutôt mollassonne, le fait qu’aucune équipe gouvernementale n’ait été reconduit en Pologne depuis la transition de 1989 avait de quoi inquiéter Tusk.

Au pouvoir depuis 2007, la Plateforme-civique l’a emporté malgré tout en obtenant 39% des voix, au terme d’un scrutin marqué par une abstention de 49%. Le parti au pouvoir a ainsi battu son principal adversaire : les conservateurs menés par Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du Président décédé lors du crash aérien de Smolensk en avril 2010. Son mouvement, Droit et Justice, n’a rassemblé lui que 30% des suffrages, faisant ses meilleurs scores dans les régions de l’est du pays.

Sortie de route de Kaczynski et émergence d’une nouvelle force

Le leader conservateur ne semble pas avoir été en mesure de concrétiser dans les urnes sa remontée qu’annonçaient les sondages, la faute peut-être à sa violente charge contre Angela Merkel dans son ouvrage « La Pologne de nos rêves » publié quelques jours seulement avant les législatives. Il y accusait la chancelière allemande de vouloir la soumission de la Pologne, obstacle à la constitution d’un axe entre l’Allemagne et la Russie selon lui. Les libéraux n’ont pas hésité à exploiter cette erreur inespérée pour mettre fin à l’inquiétante poussée du parti Droit et Justice dans les enquêtes d’opinions.

Une stratégie qui s’est avérée payante, même si Tusk va devoir revoir sa coalition gouvernementale. En effet, son allié traditionnel, le parti paysan, n’a décroché que 8% des voix, ce qui s’avère insuffisant pour disposer de la majorité. Mais les alliés potentiels ne manquent pas et peut-être même que le Premier Ministre se tournera vers la troisième force politique du pays, invité surprise de ces élections.

Fondé l’an dernier par Janusz Palikot, un ancien de la Plate-forme Civique, ce parti libéral, anticlérical et favorable au mariage homosexuel est devenu incontournable avec 10% des suffrages exprimés, une révolution en Pologne où 90% de la population se revendique comme catholique.

L’horizon s’obscurcit

Quoiqu’il en soit, le nouveau gouvernement devra faire face à de nouveaux défis. Jusqu’ici épargné par la crise (la Pologne a été le seul état européen a échappé à la récession entre 2008 et 2010), le pays connait aujourd’hui les premiers signes d’un ralentissement économique avec la baisse des exportations et de la consommation. Malgré les 67 milliards d’euros d’aides européennes devant être versés jusqu’en 2014, Tusk ne pourra sans doute faire l’impasse sur certaines réformes impopulaires.

Le Premier Ministre peut cependant se vanter d’être le premier dirigeant polonais depuis deux décennies à avoir assuré sa réélection. Peut-être la preuve que s’ouvre pour la Pologne une nouvelle ère de stabilité politique et de changement des mentalités.

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