Le parcours d'un combattant : Winston avant Churchill

« Nous sommes tous des vers... Mais je pense que je suis un ver luisant » : disait le jeune Winston Churchill. Son parcours exceptionnel lui donnera raison.
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Né en 1874, Sir Winston Leonard Spencer Churchill se distingue dès son enfance par… des résultats souvent peu brillants dans ses études, en particulier en latin. De plus, il est handicapé par un défaut de prononciation qu’il ne parvient à surmonter qu’après plusieurs années de pratique d’harassants exercices de diction. Rapidement, au grand désarroi de son père, Lord Randolph, ce jeune homme turbulent va opter pour la carrière militaire. Mais qu’importe, Churchill veut aller partout où l’on sent l’odeur de la poudre, et ne manque pas une occasion : il se rend à Cuba en tant que Conseiller militaire en 1895, avant de gagner l’Inde, puis l’Afrique. Systématiquement, l’officier britannique, se place au cœur des affrontements, prenant des risques invraisemblables, et, alliant l'épée à la plume, devient correspondant pour des journaux de la métropole, comme le Daily Telegraph.

Du prisonnier de guerre aux bancs du Parlement

Dans la chaleur étouffante du Soudan, en septembre 1898, il vivra l’ultime charge de grande ampleur de la cavalerie britannique, face aux redoutables troupes rebelles du Mahdi, et manquera d’y perdre la vie. Infatigable, on le retrouve encore dans la sanglante Seconde Guerre des Boers l’année suivante, il y est capturé par… le futur dirigeant de l’Afrique du Sud, alors lui-même jeune officier : Jan Smuts. Les deux hommes se retrouveront à la tête de leurs pays respectifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, cette fois, dans le même camp. L’intrépide Churchill ne peut rester un simple prisonnier inactif longtemps : après une évasion rocambolesque, il parvient jusqu’aux lignes anglaises, non sans avoir échappé à mille dangers, dans un pays dévasté.

Auréolé de ses exploits africains, dont il s’est empressé de faire le récit dans " London to Ladysmith via Pretoria" , le jeune homme devient député conservateur d’Oldham en 1900. Contestataire, il s’oppose au Premier Ministre Balfour, pourtant chef de sa majorité, sur la question du libre échange, et devient rapidement incontournable à la Chambre. Il entre pour la première fois au gouvernement, mais cela sera loin d’être la dernière, en 1905, en tant que sous-secrétaire d’Etat aux Colonies. Cette même année, Franklin D. Roosevelt débute seulement ses études de droit à l’Université de Columbia, Joseph Staline n’est qu’un obscur séminariste et Charles De Gaulle, un simple collégien préparant son entrée à Saint-Cyr…

Deux guerres mondiales au gouvernement

Churchill ne fait que commencer une carrière politique qui restera gravée dans les mémoires du Parlement anglais. Il va rejoindre le camp libéral en 1904, ne regagnant que vingt ans plus tard les rangs conservateurs. Entre-temps, il devient Ministre de l’Intérieur, puis Premier Lord de l’Amirauté, équivalent de Ministre de la Marine. C’est alors qu’il va tomber en disgrâce, suite à l’échec de la campagne des Dardanelles de 1916 qu’il avait planifiée personnellement. Il dira plus tard : « La politique est plus dangereuse que la guerre… A la guerre, vous ne pouvez être tué qu’une seule fois. Plusieurs fois en politique ».

Tout naturellement, il choisit le front pour sa réhabilitation, pataugeant dans les tranchées de Flandre à la tête d’un bataillon de fusiliers, en tant que Lieutenant-colonel. Il renoue alors avec son audace d’officier de l’Armée des Indes, manquant de peu de périr une fois encore, ainsi qu'avec sa plume, puisqu’il ne cesse d’écrire des billets d’humeur et de correspondre avec tout ce que Londres compte de personnes influentes.

Après la guerre, il revient au gouvernement en tant que Ministre de l’Armement, soutenant les forces antibolchéviques en Russie, puis les Polonais lorsqu’ils envahissent l’Ukraine. Le même homme, vingt ans plus tard, privera l’Angleterre de ses derniers chars, les envoyant sous forme d’audacieux convois jusqu’au port de Mourmansk à… Staline, victime de l’agression d’Hitler en juin 1941.

En 1929, le Parti Conservateur est défait et Churchill, isolé, une fois encore. Il en profite pour recommencer à écrire et rédige son monumental : « Histoire des Peuples de Langue anglaise ». Cela ne l’empêche pas, parallèlement, de dénoncer la politique conciliante du gouvernement vis-à-vis du réarmement de l’Allemagne. La déclaration de guerre va le propulser de nouveau au poste de Premier Lord de l’Amirauté, une nomination qui sera saluée sur les ondes de la Royal Navy par le message : « Winston is back ! ». Plus tard, le même Winston deviendra Premier Ministre, et celui que nous connaissons.

Le crépuscule

En 1953, le soldat-écrivain-politicien se voit remettre le prix Nobel de littérature, venant couronner en particulier ses impressionnantes « Mémoires de guerre ». Une récompense prestigieuse venue des Lettres, qui n’arrive cependant pas à contrebalancer la déception de sa vie : s’être vu remercié par les électeurs avant la victoire totale sur le nazisme en mai 1945. Toujours aussi combatif dans l’opposition, il revient finalement au 10 Downing Street en 1951. Mais le vieux lion n’a plus l’énergie d’autrefois et décide de démissionner en 1955. Il vivra encore une décennie, puis s’éteindra à l’âge de 90 ans.

Sources :

Winston Churchill – François Kersaudy

Mes jeunes années – Winston Churchill

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