Pearl Harbor : Coup de tonnerre dans le Pacifique

Au matin du 7 décembre 1941, les forces aéronavales japonaises frappent la flotte américaine du Pacifique. 70 ans plus tard, retour sur cette journée

Alors que la guerre embrase l’Europe depuis maintenant presque deux ans, l’Amérique reste à l’écart du conflit. Malgré les appels incessants de Churchill, le Président Roosevelt, réélu le 5 novembre 1940, refuse d’engager son pays dans les affrontements en Europe, particulièrement impopulaires.

La marche vers la guerre

Mais dans le Pacifique, la situation est explosive. Malgré les injonctions de Washington, le Japon refuse de se retirer de Chine où son armée est présente depuis 1933. En 1939, les Etats-Unis décident de rompre le traité commercial conclu en 1911 avec l’Empire du Soleil Levant. Tokyo se tourne alors l’année suivante vers les forces de l’Axe, rejoignant le Pacte Tripartite aux côtés de l’Italie et de l’Allemagne.

En 1941, la situation s’envenime. Au mois de mai, Roosevelt approuve un prêt-bail pour la Chine, ennemie directe des forces japonaises. Le Japon refusant toujours de se retirer de l’Empire du Milieu ainsi que d’Indochine, occupée avec l’accord du gouvernement de Vichy, les Etats-Unis et leurs alliés (le Royaume-Uni et les Pays-Bas) lui impose un embargo total sur le pétrole et l’acier.

Privé à long terme de ressources, l’état-major nippon décide d’entrer en guerre pour s’étendre et aller chercher ces matières là où elles se trouvent : en Asie du Sud-Est. Les cibles désignées lors de la Conférence impériale du 6 septembre 1941 sont : les Etats-Unis, et le Royaume-Uni dont l’empire est un barrage à l’expansion japonaise.

L’idée de Yamamoto

L’état-major impérial est décidé à lancer une guerre d’agression dans toute l’Asie, mais pour que son expansion soit durable, il faut briser la puissance américaine dans le Pacifique. Afin d’élaborer un plan d’attaque audacieux capable de mettre hors-jeu la Marine américaine dès le début du conflit, Tokyo va faire appel à un de ses plus fin stratège : l’amiral Yamamoto. Vétéran, blessé durant la bataille de Tsushima, il connait bien l’ennemi américain puisqu’il fut attaché naval de l’ambassade japonaise à Washington entre 1919 et 1928. C’est après cette période qu’il prend le commandement du premier grand porte-avion japonais, l’Akagi.

Ironie de l’Histoire, c’est depuis ce navire et cinq autres porte-avions que vont s’élancer les appareils nippons au matin du 7 décembre 1941…

Pour élaborer ce raid-éclair, l’amiral japonais s’est largement inspiré de la très téméraire attaque britannique dans le Golfe de Tarente en novembre 1940. Les 21 bombardier-torpilleurs Swordfish lancés depuis le porte-avion HMS Illustrious parvinrent à mettre hors de combat 3 navires de ligne italiens.

Le 7 janvier 1941, Yamamoto remet à l’amiral Oïkawa, Ministre de la Marine, son avant-projet de neuf pages intitulé : « Idées préalables à la guerre » décrivant son plan d’attaque sur Pearl Harbor et l’invasion d’une grande partie de l’Asie du Sud-Est. Son projet est approuvé par le Haut-Commandement. Les dès sont jetés.

Le raid

Au matin du 7 décembre 1941, les six porte-avions japonais approchent de l’île d’Oahu, dans l’archipel d’Hawaï.

A 6h, l’amiral Nagumo commandant la flotte, donne l’ordre de décoller à la première vague. La plus grande attaque aéronavale jamais entreprise jusqu’alors est lancée. Aux cris de « Tenno banzaï ! » (Mille années de vie à l’Empereur), les pilotes embarquent dans leurs appareils : 81 chasseurs, 40 torpilleurs, 135 bombardiers en piqué et 104 bombardiers en altitude. Les avions décollent les uns après les autres dans un vrombissement infernal, deux vagues se succèdent. Tout a été prévu, les torpilles sont équipées d’un système spécial pour ne pas aller exploser sur les haut-fonds de la rade.

Malgré la découverte par le destroyer USS Ward d’un sous-marin de poche japonais dans la rade à 6 h 37, aucune alerte n’est déclenchée coté américain avant l’explosion des première bombes.

La surprise est totale pour la flotte encore endormie. Le cuirassier Arizona est touché en plein dans sa soute à munition, il explose dans un fracas de fin du monde. C’est bientôt l’enfer qui s’invite au paradis terrestre qu’est Hawaï ! Il s’agit d’une véritable mise à mort d’une flotte au mouillage, incapable de manœuvrer et de se défendre. Seule la défense anti-aérienne et une poignée de chasseurs américains parviennent à infliger des pertes à l’ennemi. Le choc est sans précédent, on le ressent jusqu’à Washington.

Le réveil du colosse

Le Président, ancien Secrétaire d’Etat adjoint à la Marine de 1912 à 1921 et fin connaisseur des questions maritimes, accuse le coup.

L’Amérique est très durement frappée et son état-major lui apprend qu’en cas de débarquement japonais sur la Côte Ouest, aucune force digne de ce nom ne pourra s’opposer à l’avancée nippone avant… Chicago ! Atteint de poliomyélite depuis 1921, Roosevelt est coincé dans un fauteuil roulant et semble plus impuissant que jamais face à l’ampleur de la catastrophe.

Cependant, les porte-avions américains, partis en manoeuvre au moment du raid, ont échappé au carnage. Par crainte des pertes, l’amiral Naguma a renoncé à la troisième vague d’attaque initialement prévue par Yamamoto. Une erreur car celle-ci aurait vraisemblablement surpris les porte-avions américains sur le chemin du retour…

Le bilan reste lourd cependant pour la Marine américaine : 2400 morts et 1200 blessés, tandis que quatre navires de ligne, trois croiseurs, trois destroyers et 188 avions ont été détruits. Les japonais n’ont de leur coté perdu "que" 29 avions… Le traumatisme est sans précédent pour le peuple américain.

Le 8 décembre, durant son discours devant le Congrès, Roosevelt décrit le 7 décembre comme « un jour à jamais marqué du sceau de l’infamie ». Les Etats-Unis sont à genou mais ils sont à présent en guerre aux cotés du Royaume-Uni et de l’URSS. Il a suffi d’une journée pour que le conflit prenne un nouveau tournant et devienne véritablement mondial.

Sources :

Les Grandes Batailles Navales de la Seconde Guerre Mondiale (Tome II) - Sur toutes les mers du globe - Jean-Jacques Antier

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