Le chemin de fer de La Mure: salariés et patrimoine délaissés

"La plus belle ligne des Alpes", site touristique d'exception près de Grenoble, ferme ses portes suite à un éboulement et laisse dix salariés en gare.
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Le 26 octobre dernier, ce sont plus de 3000 tonnes de gravas qui s'éffondrent sur 50 mètres de voie. Le chemin de fer de La Mure, ancienne ligne minière, semble condamné. Faute de moyens, les locomotives passeront la saison estivale au hangar. L'ancien exploitant du site, Veolia, ne propose pas encore de solutions satisfaisantes et le conseil général de l'Isère refuse de débloquer des fonds: un redémarrage partiel du site, en amont de l'éboulement, serait trop coûteux. Si le chemin de fer de La Mure est abandonné, c'est tout le patrimoine minier de la région qui risque de disparaître avec lui.

Des employés à l'avenir incertain

C'est un coup dur pour les dix salariés du chemin de fer de La Mure. L'éboulement s'est produit au moment même alors que leur contrat avec leur employeur Veolia arrive à échéance. Au vu des nombreux dommages, l'exploitant Veolia s'est désinvesti, tout comme le conseil général, propriétaire des lieux.

Aujourd'hui, les employés sont en colère: leur période de chômage technique est terminée et légalement, ils ne peuvent pas s'inscrire à Pôle emploi. Leur contrat avec Veolia n'est en effet pas encore officiellement rompu; l'exploitant attend la confirmation que le train ne circulera pas cet été. Pendant ce temps, les salariés "se font balader", explique le délégué du personnel FO Stephane Bethoux, dans Le Dauphiné libéré du 16 mars 2011. "Nous avons demandé à la direction une réponse claire, nous attendons notre lettre de licenciement".

Les employés du train de la Mure ne sont pas les seuls touchés par l'arrêt de la ligne. Les commerçants et les restaurateurs risquent également de souffrir de la possible fermeture du site. Les milliers de touristes venus pour le train apportaient beaucoup à cette ancienne région minière en pleine reconversion et faisaient revivre une ligne pionnière.

Du charbon aux touristes: une ligne spectaculaire

Pour comprendre combien ce patrimoine industriel est unique, voici un petit historique de la ligne.

"Le petit train de La Mure" est inauguré en 1888 avec comme objectif l'acheminement du charbon extrait du plateau Matheysin (où se trouve la ville de La Mure) vers Grenoble. La ligne, à flanc de la montagne, est une véritable prouesse technique du génie civil du XIXe siècle. Sa construction est ardue: en raison du relief, du peu d'espace et du caractère accidenté des terrains traversés, les voies ne mesurent qu'un mètre de large et de nombreux ouvrages d'art (plus de 142!) sont construits pour dompter la nature. Parmi les plus remarquables se distinguent les viaducs superposés de Loulla ou encore celui de la Roizonne, qui avec sa grande arche de plus de 90 mètres de portée est considéré comme l'un des plus audacieux d'Europe.

Au début des années 1900, la demande en charbon s'accroît. Il faut donc augmenter le tonnage des trains et le rendement. Les locomotives à vapeur ne sont pas assez puissantes et la ligne est vite saturée. Une autre solution est trouvée: en 1909, un tronçon reliant le village de Saint-Georges de Commiers à La Mure est électrifié. C'est le premier réseau au monde à être électrifié en courant continu sous haute tension. Pendant plus de 100 ans, le chemin de fer de La Mure transporte des millions de tonnes d'anthracite sur 30 kilomètres ainsi que de nombreux voyageurs, mineurs pour la plupart.

En 1988, les mines ferment mais le train ne s'arrête pas pour autant. Un nouveau public, touristique, investit la ligne et plus particulièrement le tronçon Saint-Georges de Commiers-La Mure. Lors du trajet à bord de voitures historiques, le voyageur découvre un paysage époustouflant. La promenade est rythmée par les eaux turquoises du lac de Monteynard, les montagnes majestueuses du Vercors et les terrils et puits miniers, souvenirs de nos aînés.

L'appel d'offres pour sauver le site

Pour que ce patrimoine minier et que la beauté du site ne basculent pas dans l'oubli, l'appel d'offres pour désigner un nouvel exploitant est toujours en cours. Seul Veolia a répondu mais selon le conseil général de l'Isère le groupe serait trop gourmand. Pour l'instant de nombreux experts étudient l'ampleur des dégâts et les risques de récidives.

En espérant que cet éboulement ne signe pas l'arrêt définitif du chemin de fer de La Mure, mémoire de l'essor industriel et du travail de nos ancêtres.

Pour en savoir plus: http://www.trainlamure.com/

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