Enseignant au Congo-Kinshasa:un métier peu enviable

D'une grève à l'autre, c'est ainsi que les enseignants du secteur public vivent leur quotidien en République Démocratique du Congo. Rien n'est simple dans c
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Etre enseignant en RDC est un véritable apostolat. C’est ce qu’ils affirment eux-mêmes. L’enseignement primaire secondaire et professionnel paie peu, et très mal. Jean-Marie KUSUKILA est enseignant à Kinshasa. Il est aussi le préfet de l’Institut Notre Dame de Fatima, école conventionnée catholique : «L’enseignant en RDC fait son travail dans des conditions difficiles, misérables. Nous sommes mal payés, comme tous les fonctionnaires, et en même temps, on nous demande trop : nous avons une charge horaire minimum de 20 à 24 heures la semaine, il faut avoir du matériel didactique et des connaissances appropriées qui nécessitent de la recherche… »

Il poursuit : « A ce rythme, il y a de quoi avoir des craintes pour la relève. Les élèves et les étudiants ne veulent plus se lancer dans le métier… »

En même temps, la qualité de l’enseignement souffre cruellement de la situation actuelle. Pour beaucoup d’enseignants, leur prise en charge par les parents instaurée il y a plusieurs années dans le pays est l’une des principales causes de cette baisse. « Ce système a conduit à une forte déscolarisation des enfants » , indique Jean-Pierre Kimbuya, le Secrétaire Général du SYECO, le Syndicat des Enseignants du Congo. Et il insiste « Sans enseignants de qualité, pas d’enseignement de qualité ».

Voie de sortie

C’est clair, il faut relever le système éducatif congolais.

Pour le Secrétaire Général du SYECO, cela passe par la gratuité de l’enseignement au niveau du primaire, la réhabilitation des infrastructures scolaires, l’équipement en matériel didactique et l’attribution d’un salaire décent aux enseignants. Jean-Marie KUSUKILA va plus loin quant à lui : « Il existe des repères pour améliorer notre situation. Ils sont contenus dans le barème de MBUDI »

Mbudi désigne en fait une banlieue à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo où a été signé un accord entre le gouvernement et les fonctionnaires le 12 février 2004. L’accord de Mbudi, fixe l'enveloppe mensuelle de l'huissier à 203 dollars américains contre 2030 pour le secrétaire général. Accord difficile à réaliser du coup, et le gouvernement avait accepté d'échelonner l'application du barème de Mbudi sur trois «paliers» : 10 000 et 100 000 Francs congolais (l’équivalent actuellement d’un peu plus de 10 et 100 dollars américains) payables à partir du mois d'avril 2004, 2 tiers des 208 et 2080 dollars au mois de juin 2004 et le dernier tiers en octobre 2004. Les indemnités de transport devaient être ajustées selon les tendances du marché. De leur coté, les enseignants en grève devaient observer la trêve sociale.

Mbudi, un vœu pieu ?

A ce jour, les salaires des enseignants Congolais vont de 74. 993 francs congolais (l’équivalent de 82 dollars américains à peu près) à 50. 216 francs (l’équivalent de 55 dollars à peu près) pour les enseignants de la capitale et de 59. 993 francs (l’équivalent estimé de 63 dollars américains) à 35. 216 francs (l’équivalent estimé de 39 dollars). Mbudi et son accord ne sont plus qu’un souvenir, et les enseignants ont été en grève plus d’une fois depuis (quasiment à chaque rentrée scolaire). Lors de ces mouvements, sans ressources, ils reprennent d’eux-mêmes le chemin de l’école, même sans garantie sérieuse du gouvernement. Et le cycle infernal se poursuit… Il arrive de voir des enseignants s’évanouir de fatigue devant leurs élèves, affamés, ou malades, mais leurs conditions de vie n’attirent pas la compassion : la part du budget allouée à leur secteur est toujours minime (8,8 % en 2010)…

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