Liberté de la presse au Congo-Kinshasa: la situation inquiète

3 mai 2011: Journée internationale de la liberté de la presse. En RDC, les services de sécurité sont constamment mis en cause.
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Au moins 35 cas d’attaques directes dirigées contre les journalistes ou contre les médias, soit une moyenne de 2 à 3 cas chaque semaine. Parmi ces attaques, 12 cas d’emprisonnement, 8 cas d’agressions et menaces contre des professionnels des médias, 9 cas de censure et 6 cas de pressions diverses sur les médias.

C'est le tableau dressé au premier trimestre 2011 par Journaliste en danger (JED), organisation indépendante de défense et de promotion de la liberté de la presse, basée en République démocratique du Congo, et par le réseau d’alerte de l’OMAC (Organisation des Médias d’Afrique centrale).

Pas facile d’être journaliste en République Démocratique du Congo… Plus de la moitié des atteintes à la liberté de la presse sont le fait des services de sécurité et particulièrement de l’Agence nationale des renseignements (ANR) alors qu’aucun texte de loi n'octroie à ces services la compétence de reconnaître un délit de presse. C’est le constat fait par JED.

Les témoignages de confrères sont nombreux. Nicole, reporter dans un journal local, affirme: «Nous avons tout simplement renoncé à traiter certains sujets jugés sensibles pour éviter d’être inquiétés. Ce que l’on fait, c’est attendre la version officielle des faits ou simplement taire une information lorsque l’on juge que l’on aura des ennuis lors de la collecte des données sur le terrain ou après la diffusion ». Ce témoignage en dit long sur l’état d’esprit dans lequel travaillent beaucoup de journalistes en RDC.

Donat MBAYA, président de Journaliste en Danger, indique que la profession s’en ressent bien évidemment. « Il n’est pas normal que les journalistes travaillent dans un climat tel qu’ils se sentent eux-mêmes obligés de taire certaines informations. Où est le professionnalisme ?», s’interroge-t-il.

Période cruciale

La RDC, pays post conflit, est en période pré-électorale. Car il faut souligner que le 30 avril 2011, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé pour le mois de novembre 2011, le début de l’organisation des élections générales, et notamment la présidentielle et les législatives prévues le 28 novembre 2011.

L’inscription des électeurs et la mise à jour du fichier électoral sont en cours. Et c’est la fièvre dans les partis politiques, qui mobilisent déjà leurs militants pour les échéances qui viennent. La situation de la liberté de la presse, à quelques mois de ce grand rendez-vous, est fragile : la montée de l’intolérance politique et les interférences de plus en plus fréquentes des services de sécurité dans le travail de la presse ne rendent pas la tâche facile aux chevaliers de la plume. C’est dans l’inquiétude qu’ils se préparent à affronter la période des élections.

De nouvelles victimes

Ce 22 juin 2011, triste nouvelle : Kambale Musonia, 29 ans, journaliste dans une radio communautaire de Lubero Sud, dans l’est du pays, a été tué dans la soirée du 21 juin par des hommes armés. Quelques jours avant sa mort, il avait animé une émission où des intervenants par téléphone avaient dénoncé le climat d’insécurité dans leur localité. Climat créé d’après eux par des civils complices des policiers.

C’est le 6e assassinat d'un journaliste dans l’est du pays, le nord et le sud Kivu, en l’espace de 5 ans. Quelques jours plus tôt, dimanche 19 juin, Babi Balukuna, journaliste chroniqueur politique de la Radio Lisanga télévision (RLTV), une chaine privée, a été poignardé dans le dos, dans les installations de la chaîne, après des menaces dont il était victime de la part de dix personnes armées de machettes.

L’acte s’est passé autour de 22 heures, après avoir animé son émission intitulée « Soutien à Etienne Tshisekedi » (du nom d’un opposant politique) diffusée sur la même chaîne.

« Je suis en insécurité », a tout simplement déclaré Babi Balukuna. Il dénoncait aussi le fait que son passeport lui avait été confisqué par les services de migration depuis le 29 mai 2011. «On m’a dit qu’il fallait que je sois de l’obédience du pouvoir pour qu’on me retourne le passeport », avait expliqué le journaliste.

Faut-il avoir des craintes pour les mois à venir ? De toute évidence, la réponse à cette question est affirmative.

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