DSK saison 3 : procès ou non-lieu ?

Son avocat, Kenneth Thompson, l'avait promis : « Nafissatou Diallo fera entendre sa voix ». Une exposition médiatique signée Newsweek et ABC News.
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Le week-end des 24 et 25 juillet aura été riche en rebondissements. Propulsée dans le monde politico-judiciaire des médias, l’actrice principale de l’affaire DSK, la présumée victime, Nafissatou Diallo, sort de sa réserve avec une scénarisation marketing orchestrée par Newsweek (1) et ABC News (2). La saison 3 succède à la saison 2 qui s'intitulait Les erreurs . Soupçonnée d'avoir menti sur plusieurs aspects de sa vie passée, l'accusatrice de DSK s’exprime dans le magazine Newsweek et montre son visage sur ABC News. Elle reconnaît avoir « enjolivé » le récit de sa demande d'asile pour entrer aux Etats-Unis et avoue avoir prêté sans en connaître la raison, son compte bancaire à un «ami» actuellement en prison. Son récit personnel souffre d'incohérences.

Un one-liner très hollywoodien sur ABC News

« Nafi » comme l’appelle familièrement son intervieweuse, Robin Roberts, maintient ses accusations de tentative de viol contre Dominique Strauss-Kahn. Sur ABC News, la captation du spectateur se fait en deux temps, comme à Hollywood : acte I, il y a d’abord la présentation de l’interview qui ressemble à une bande-annonce d’un film en exclusivité. Les images d’action qui ne durent que quelques secondes renvoient aux « one-liners» des séries américaines, ces montages d'images ultra suggestives étoffées par une voix très virile qui introduisent l’histoire et qui scotchent littéralement le spectateur sur son fauteuil avant le générique. Le timing est parfaitement respecté ; le lendemain de la présentation, ABC News tient ses promesses et montre l’acte II, c’est à dire l’interview dans son intégralité. Ce sont les deux premiers épisodes de la saison 3.

Le format de l’actu zapping

Sur Le Monde en ligne, « le télézapping » de l’interview de Nafissatou Diallo nous offre un florilège des « unes » télévisées de toutes les grandes chaînes françaises d’information. C’est un zapping spécial dont le format est proche de celui de Canal plus ; ce qui les différencie c’est qu’il est consacré uniquement à l’affaire DSK. Le fait divers se prête remarquablement bien au format de « l’actu zapping » qui consiste grâce à un savant montage, à enchaîner les titres des JT de telle sorte que l’histoire déroule chronologiquement son scénario.

« La voilà Nafissatou Diallo, l’accusatrice de Strauss Khan »(BFMTV).

« C’est la première fois que la femme de ménage du Sofitel s’exprime dans les médias... » ( TF1).

« Je n’ai jamais voulu parler publiquement, mais je n’ai pas le choix... Je dois le faire pour moi. Je dois dire la vérité » (France2).

« Sans surprise elle confirme les propos qu’elle avait tenu aux enquêteurs » (FR3).

« Bonjour ! Service de chambre...c’est par ces mots que tout a commencé... » ( I-Télé).

« Nafissatou Diallo affirme avoir été entraînée sur le lit où l’homme tente de la forcer une première fois à une fellation (...) Je veux qu’il aille en prison. Je veux qu’il sache qu’il y a des endroits où on ne peut pas utiliser son pouvoir, où on ne peut pas utiliser son argent (...) A cause de lui on me traite de prostituée. (I-Télé).

C’est Kenneth Thompson, l’avocat conseil de Nafissatou Diallo, qui a organisé « ce coup de com » nous informe TF1. « Son objectif : prendre l’opinion américaine à témoin et accentuer la pression sur le procureur (Cyrus Vance Jr.) pour qu’il continue son enquête.»

L’impact de l’interview sur les acteurs du monde judiciaire

Les avocats de DSK dénoncent dans un communiqué une tentative de manipulation de la justice : « Mademoiselle Diallo est la première accusatrice de l’histoire à lancer une campagne médiatique pour persuader un procureur de poursuivre une personne dont elle veut de l’argent ». Ils mettent en doute la déontologie de l’avocat de Nafissatou Diallo et souhaitent que son témoignage la décrédibilise aux yeux de l’appareil judiciaire.

L'interview de la femme de chambre du Sofitel a certainement eu un impact sur la décision du procureur, dont le bureau du district de Manhattan a décidé de reporter pour la deuxième fois, l’audience de l'ancien directeur général du FMI. La date du 23 août a été acceptée par les avocats de DSK. Le procureur a donc trois semaines pour approfondir l’enquête, nous dit Fabienne Sintes sur France Info qui ajoute qu’au bureau du procureur, deux groupes s’opposent : ceux qui veulent aller au procès et ceux qui souhaitent « jeter l’éponge».

William Taylor et Benjamin Brafman, les deux avocats de DSK s’attendent à la conclusion d’un non-lieu. Quant à Kenneth Thompson, l’avocat de Nafissatou Diallo, il a annoncé dans le New York Times, « qu'une plainte au civil, pour obtenir des dommages et intérêts, allait être déposée dans la semaine qui vient.» La tristement célèbre suite 2806 du Sofitel n’a pas encore livré tous ses secrets à la presse et aujourd’hui encore, aucun expert du monde judiciaire ne saurait dire si un procès pénal aura lieu ou non.

(1) Reportage en version originale à cette adresse : http://www.pantindetat.fr/usa-tv-abc-news-live.html

(2) Voir la vidéo sous-titrée à cette adresse : http://fr.news.yahoo.com/affaire-dsk-nouveaux-extraits-linterview-nafissatou-diallo-111014931.html

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