La rhétorique visuelle de l'affaire DSK

Quels sont les messages que contiennent les images ? Quelles sont les intentions que les magazines suggèrent à leurs lecteurs autour de l'affaire DSK ?

7 minutes.

Interaction texte et image

Paris Match (1) nous rappelle que «c’est la première fois depuis son arrestation du 14 mai, que la voix de l’ex-patron du FMI se fait entendre.» Pour l’occasion l’hebdomadaire a recentré le récit de l’affaire DSK sur les liens qui l’unissent à sa famille et ses proches. Anne Sinclair devient le personnage central : elle symbolise le pilier sur lequel peut s’appuyer l’un des accusés le plus médiatisé du moment. « DSK, Anne ne l’abandonne pas », peut-on lire sur la couverture de Paris-Match. Un texte en parfaite synchronisation avec la photo de couverture et qui répond au regard de détermination farouche affiché par l’ancienne journaliste depuis le début de l‘affaire.

S’habiller en bleu pour combattre

La tonalité est à la sobriété sombre et classique du brun et du bleu marine dont sont vêtus les deux protagonistes. Ils sont habillés en bleu pour combattre. De la veste en passant par la robe jusqu’à la montre, Anne Sinclair est la copie chromatique conforme de son époux, quand elle lui donne le bras. Lorsque le couple arrive devant le tribunal pénal de New York, le 6 juin, elle «porte ses couleurs» . On pourrait imaginer qu’ils se rendent à une conférence de presse couvrant un événement mondain, mais il n’en est rien. Hués dès leur descente de voiture, leur présence est marquée par une manifestation de femmes de ménage qui crient: «Shame on you!» ou «Honte à vous!». L’image donnée par le couple est celle d’une harmonie de duettistes prêts à affronter l’action judiciaire.

Le shopping : une image symbolique connotée

Dans Gala , le langage des couleurs donne une autre dimension au récit avec l’apparition d’un personnage secondaire: il s’agit de Camille Strauss-Kahn, la fille du deuxième mariage de DSK. Sa mission est de prendre soin de sa belle-mère. Le magazine a titré : « Anne Sinclair, sa garde rapprochée veille sur elle». C’est la photographe Brigitte Stelzer (2) qui donne à la journaliste le rôle titre et les codes visuels de la peopolisation : Anne Sinclair personnifie en tenue blanc-beige une femme très célèbre portant lunettes noires et sacs de marques. Le shopping belle-mère/belle-fille est une scénarisation très tendance. Le même magazine fait sa couverture avec Laura Smet et Laeticia Hallyday plus glamour, qui offre aux lecteurs la version shopping de Los Angeles, avec des couleurs noires et une tonalité plus rock.

La charge informative de l’image

Voici se fait l’écho de cette sortie « emplettes ». Les deux femmes partagent la couverture avec Tony Parker, Leo Dicaprio et Justin Bieber. L'actualité people n'a pas de frontières. La photo est titrée : « A New York, DSK est devenu un paria... Anne Sinclair et Camille Strauss-Kahn, seules contre tous ». On y apprend qu’«Anne» a pris rendez-vous avec une décoratrice d’intérieur pour personnaliser la « prison dorée » de TriBeCa. Elle a acheté des accessoires design chez Crate&Barrel. L’article est teintée d’une ambiance blanche et rose Fuchsia, à l’image de la tenue vestimentaire de Camille. Le lecteur-spectateur reçoit le message perceptif de la jeunesse de la fille de DSK, le message de l’épreuve familiale vécue par la journaliste et tout à la fois le message culturel d’une famille aisée qui s’installe à New-York. Ici, encore, et selon l’expression de Roland Barthes , « c'est l'image qui détient la charge informative ».

Une collision entre deux univers

« DSK est en train de perdre la guerre de l’image » nous dit la journaliste Fabienne Sintes (3) dans la matinale de France Info. Le déploiement de moyens mis à sa disposition pour sa défense forme un contraste saisissant avec le mode de vie de la plaignante. La stratégie visuelle d’un fait divers ultra médiatisé incite le lecteur à regarder l’actualité au fond de l’image. Aucun conseiller en communication ne saurait déminer une situation plus délicate que celle qui consiste à présenter dans les médias l’attente dans un 600 mètres carrés, d’un homme politique célèbre qui risque de passer le reste de sa vie derrière les barreaux. Le procès qui va s’ouvrir rallumera les clivages des classes sociales américaines. Sur son blog , Fabienne Sintes écrit : « L’affaire Strauss-Kahn selon Kenneth Thompson c’est une collision entre ces deux univers dont l’un ignore d’ordinaire superbement l’autre. »

Devant 200 journalistes, Keneth Thompson , l'avocat de la plaignante s'est emparé de la foule le 6 juin au tribunal de New York : «Elle va venir devant la cour, elle va dire la vérité. C'est une femme digne et respectable.»

La prochaine audience est fixée au 18 juillet. Chaque argumentation stratégique devra être affutée.

(1) Paris Match, N° 3238, daté du 9 au 13 juin 2011, page 50.

(2) Brigitte Stelzer photographe pour Gala via l’agence KCS

(3) Fabienne Sintes, 15 juin 2011 dans La matinale de France Info (10h34). La journaliste est envoyée spéciale permanente à Washington pour Radio France.

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