Le symptôme Merkozy

Surnommé Merkozy par les chefs d'Etats, le couple formé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy fait monter la température électorale.
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Le duo franco-allemand détonne dans la sphère politico-médiatique. Si les éditorialistes allemands sont d’accord pour dire qu’il n’y a bien qu’en France que le tandem Merkel-Sarkozy est dénommé « couple », de nombreux journalistes français s’interrogent sur le soutien affiché de la chancelière allemande envers le non-candidat à la présidentielle. Les deux dirigeants ont créé l’évènement lundi 6 février en accordant une interview croisée de 20 minutes à France 2 et à la chaîne publique Allemande ZDF.

Indice télévisuel sur une probable candidature

Devant quelque six millions de téléspectateurs (soit 20,5% de part d’audience) David Pujadas et son homologue allemand Peter Frey sont très vite entrés dans le vif du sujet en questionnant les deux protagonistes sur leur destiné commune lors des grands suffrages politiques. Au-delà du simple exercice convenu de l’interview de chefs d’Etats, les deux journalistes ont tenté de savoir si le président français serait candidat à sa propre succession :

Extraits de l’entretien :

David Pujadas : «Mme Merkel vous avez fait savoir que vous soutiendriez Nicolas Sarkozy s’il était candidat à l’élection présidentielle (…) est-ce que vous irez effectivement dans un meeting comme cela a été dit ? (..) Pourquoi ce soutien ? Est-ce par ce que vous pensez qu’il serait le meilleur président pour la France et pour l’Europe ? »

Réponse de l’intéressée, Angela Merkel : « Nous sommes présents ici en tant que chefs d’Etat, et permettez-moi d’insister, l’Europe traverse encore et toujours une crise sans précédent.(…) Au-delà de l’analyse nous avons également trouvé des solutions et quelque soit la décision du président Nicolas Sarkozy, nous faisons partie de la même famille politique.»(1)

En exprimant cette dernière phrase la chancelière allemande regarde ostensiblement le président Français et appuie son geste en déclarant « Par le passé, lui, m’a apporté son soutien, il est donc naturel que je le soutienne lors de cette campagne. » Serait-ce un nouvel indice sur la probable candidature de Nicolas Sarkozy ?

Mme Merkel a toujours ce même regard appuyé en direction de son partenaire politique lorsqu’elle déclare un peu agacée ne pas savoir si elle recevra François Hollande.(2) lors de la campagne électorale : « Ecoutez, rien n’est encore décidé nous prendrons nos décisions selon les circonstances, en ce moment nous avons d’autres problèmes à régler. »

La Germanomania

Henri Guaino, a fait entendre sa différence dès le lendemain sur Europe1 le conseiller spécial du chef de l'Etat à qui Bruce Toussaint demandait en préambule « Sprechen Sie Deutsch? » s’est déclaré « réservé » quant à une participation éventuelle d’Angela Merkel à un meeting de Sarkozy. Répondant à une question sur la Germanomania qui touche la politique française, Henri Guaino a répondu : « Je ne me sens pas atteint ».

De Sarkobama à Merkozy

Christian Salmon , écrivain, chroniqueur au Monde et auteur du livre Storytelling (3) , n’est pas tendre avec le couple Merkozy : « Pour continuer à assumer la posture du président volontariste il s'appuie sur d'autres. C'est Merkozy pour se crédibiliser face aux marchés ou encore Sarkobama pour redresser son image dans l’opinion. » Une critique qui trouve un écho dans le quotidien Sud-Ouest sous la plume de Bruno Dive : « Cette intrusion à gros sabots de la chancelière dans la campagne française risque de faire passer Nicolas Sarkozy pour un vassal plus que comme un allié »

Une stratégie d’attente

Selon une source UMP, annoncée aujourd’hui à l'AFP, un grand meeting de soutien au président français se préparerait à Marseille le dimanche 19 février au parc Chanot. Dans un entretien au Figaro Magazine à paraître samedi, le chef de l'Etat a déclaré « Le rendez-vous approche ». A ce jour nul ne sait encore si la présence de Mme Merkel est confirmée et si l’intéressé, le président lui-même sera présent. N’est-ce pas ce que l’on appelle une stratégie d’attente ?

(1) l'UMP et la CDU conservatrice, appartiennent tous deux au PPE (parti populaire européen).

(2) En 2009, Hollande invité par le SPD avait souhaité la défaite de la chancelière

(3) Storytelling : L’art de mettre en scène et de construire un récit

Christian Salmon , Storytelling la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, 240 p., La Découverte, 2007

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