Les alberologues

Et si nous étions tous des chasseurs d'images baroques, captivés par l'information hors norme de l'actualité monégasque ?

« Le royaume d’opérette » (1) tant raillé par les journalistes a encore de belles pages médiatiques à écrire pour la presse people. Hors du temps et de la crise économique, les alberologues qui pratiquent l’art de tout connaître sur le Prince Albert II, avaient rendez-vous à 17 heures, samedi 2 juillet 2011, dans la Cour d'Honneur du Palais princier pour la cérémonie religieuse.

Le mariage de Son Altesse Sérénissime (SAS) Albert II de Monaco a donné l’occasion aux chroniqueurs et spécialistes de la retransmission télévisuelle en direct, de mettre en valeur une culture monégasque qui foisonne d’informations insolites. A l’instar du tandem Stéphane Bern-Marie Drucker , explorons à notre tour les indices qui révèlent l’univers monarchique du Rocher.

Des distinctions honorifiques

Sur le site officiel mariageprinciermonaco2011.mc , lorsque l’on clique sur l’onglet "Mariage", on réalise que le costume du marié fait l’objet d’un sous menu intitulé La cérémonie religieuse/ Uniforme SAS le Prince. On y apprend qu’Albert II « porte la tenue des carabiniers d’été de couleur crème » et que le port des décorations varie selon les cérémonies. Il n’y en a que trois pour le mariage religieux : la prestigieuse décoration française « Grand Officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur » côtoie « la Grand-croix de l’Ordre des Grimaldi ». La cérémonie de gala est l’occasion pour le prince d’arborer les ordres nationaux de tous les pays visités. C’est sur le terrain de la diplomatie protocolaire qu’il a obtenu : « la Grand-croix de l’Ordre pro merito Melitens de Malte » , « la médaille de l’Ordre Equestre de Saint Agathe de Saint Marin » ou bien encore celle de « l’Ordre Equestre du Saint-Sépulcre du Vatican » . Les alberologues ne seront pas insensibles au charme cosmopolite des distinctions honorifiques.

Une extension économique

Albert II de Monaco fait l’apprentissage du métier de prince depuis l’adolescence. Il a étudié les sciences politiques aux Etats-Unis et effectué son service militaire en France, dans « La Royale »(2) comme enseigne de vaisseau deuxième classe, à bord du navire-école Jeanne d'Arc . Il a grandi avec le développement immobilier du Rocher et depuis 2009, il est le promoteur « d’un projet d'extension de Monaco vers la mer , d'une étendue de cinq hectares, permettant de créer un nouvel espace économique et immobilier de 300 000 mètres carrés. » Ses premier faits d’arme datent de mai 93, lorsque son père, le Prince Rainier III l’envoie à la tribune de l’ONU pour représenter Monaco. La principeauté est le 183e Etat membre.

Des accords bilatéraux avec la France

Aujourd’hui, Albert est un prince souverain, un homme politique qui doit gérer un micro état de plus de 32 000 habitants dans un somptueux décor de deux kilomètres carrés. C'est aussi un chef d'entreprise qui doit capitaliser son image et couvrir les dépenses d'un mariage dont le coût s'élève à 20 millions d’euros . Il n’oublie pas qu’il doit à la république Française la garantie de la sécurité extérieure de l'Etat monégasque ainsi que les conseils avisés de quelques hauts fonctionnaires. Les relations bilatérales entre la France et la principauté évoluent : depuis le 1er janvier 2006 le consulat général de Monaco a été élevé au rang d’ambassade.

La face cachée du prince

Qui est vraiment Albert et qui sont ses amis ? En enquêtant sur les réseaux du prince, Paris-Match découvre qu’il a beaucoup de courtisans et peu d’amis. Ses véritables proches sont son médecin personnel, son avocat et son aide de camp.(3) « L’éternel célibataire » qui a longtemps combattu des défauts d’élocution est un quinquagénaire qui a déjà deux enfants qu’il a reconnus officiellement : Grace, 19 ans et Alexandre 6 ans. « Je pense que le mariage arrivera un jour, mais... il ne faut pas me bousculer » avait-il déclaré sur France 2.

L’ombre tutélaire de Grace Kelly

La scénarisation du mariage princier monégasque est construite et orchestrée pour le cinéma tout comme l’était celle des parents d’Albert, Rainier III et Grace de Monaco, filmés par la Metro-Goldwyn-Mayer en avril 56. Les caméras ne sont jamais intrusives et mettent en œuvre un récit filmé, une cérémonie télévisuelle qui sacralise dans le monde de la monarchie régnante, l’entrée officielle d’un couple dans la famille princière.

La robe de mariée doit faire parler d'elle : celle de Charlène, signée Armani, incrustée de 40 000 cristaux Swarovski et de 20 000 gouttes de nacre a nécessité 2500 heures de travail.

Charlène Wittstock, incarne la blonde hitchcockienne à la beauté froide et insaisissable rappelant Grace Kelly. Mais, si le style sportif et médaillé de la nouvelle princesse, originaire d’Afrique du Sud, renforce le passé olympique d’Albert, ancien champion de bobsleigh, il ne détrône pas encore l’esprit hollywoodien de « la Grace-attitude » qui règne toujours sur le Rocher.

Le 12 juillet prochain, Albert, l’homme secret, qui surfe médiatiquement sur la vague de la protection de l’environnement et sur celle de « la monarchie-people », fêtera la sixième année de son accession au trône monégasque.

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(1) Bernard Langlois, présentateur du JT d’Antenne 2, sera licencié pour avoir employé l’expression « un royaume d’opérette sur un caillou cossu » le jour même de la disparition accidentelle de Grace de Monaco, le 14 septembre 1982.

(2) « La Royale » est encore aujourd’hui le surnom familier de la Marine nationale.

(3) Christiane Stahl, Albert II de Monaco, l’autre Prince , éd. du Rocher, 2009, 224 pages.

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