L'heure du bilan sous le ciel de Libye

Après bientôt trois mois de frappes aériennes menées par la coalition et coordonnées par l'OTAN, le colonel Kadhafi est toujours en place.
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Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté le 17 mars dernier, la résolution 1973 , «qui autorise les Etats membres à prendre toutes les mesures nécessaires afin de protéger les populations civiles en Libye contre les attaques des forces loyales au dirigeant libyen.» La résolution de l’ONU interdit explicitement une intervention au sol. La France et la Grande Bretagne sont en première ligne, suivis ensuite par les Etats-Unis, le Canada, l’Italie, la Belgique, le Danemark, la Norvège, l’Espagne et la Grèce. « Une trentaine de pays et organisations internationales sont intéressés au conflit. On compte notamment les Nations unies, la Ligue arabe (le Qatar), l’Union européenne.» En France, l’opération Harmattan mobilise 4000 hommes.

La facture de l'opération Harmattan pourrait atteindre 200 millions d’euros

Cette guerre a un coût qui commence à faire parler les observateurs des conflits internationaux. « La France a-t-elle (...) les moyens humains, matériels et surtout financiers de faire face à une guerre qui se prolongerait au-delà de l’été?» s’interroge Le Parisien . Le quotidien donne des chiffres dans son édition du 20 juin, par la voix du général Pontiès, porte-parole adjoint de la Défense : 87 millions d'euros pour 80 jours. Ces millions d'euros «représentent le double de la somme constatée après un gros mois d'intervention », peut-on lire dans Les Echos , dont le journaliste Alain Ruello précise: «A ce rythme, la facture de l'opération Harmattan pourrait atteindre 200 millions, si la guerre devait durer six mois, ou 400 millions si elle n'était pas finie en mars 2012, un an après le vote de la résolution 1973.»

Kadhafi doit partir»: un message international cosigné par Sarkozy, Obama et Cameron

Béligh Nabli , directeur de recherche à l’IRIS, s’intéresse au cadre juridique et à la légalité de cette intervention libyenne. Il a noté que la résolution ne vise nullement le renversement du régime libyen. « Les opérations visent la personne même du colonel Kadhafi afin de faire tomber le pouvoir en place à Tripoli (...). Elles ne sont pas couvertes par le mandat onusien. » Une tribune appelant au départ de Kadhafi a fait le tour du monde en avril 2011. On se souvient de l'appel à trois voix intitulé « Kadhafi doit partir » cosigné par N. Sarkozy, B. Obama et D. Cameron dans Le Figaro , le Times (Royaume-Uni) l'International Herald Tribune (Etats-Unis) et «al-Hayat» (monde arabe).

En France, le chef des armées doit rendre des comptes au Parlement

La Constitution française reconnaît au président de la République le statut de chef des armées. Mais ce pouvoir présidentiel est formellement «limité», écrit Béligh Nabli qui nous rappelle que «le gouvernement doit informer le Parlement «dans les trois jours qui suivent une intervention militaire» et que «l’autorisation du Parlement doit être requise quand l’intervention militaire excède quatre mois.» Pour l’instant, rien n’a été voté ou discuté et le chercheur de l’IRIS observe que « les assemblées parlementaires passent ici pour des chambres d’enregistrement, plutôt que comme des actrices de l’action extérieure française.» Il faudra pourtant que la France explique sa politique à l’Assemblée le 12 juillet prochain . «Cela prendra la forme traditionnelle d'un débat suivi d'un vote », a expliqué Bernard Accoyer.

Aux Etats-Unis, le Président doit rendre des comptes au Congrès

La loi sur les pouvoirs de guerre (1973), le War Powers Act , oblige le président à «consulter le Congrès avant et pendant des opérations militaires» et «dispose que sans autorisation du Congrès, un retrait doit être entamé après 60 jours et entièrement achevé après 90 jours.» Avec le conflit libyen, « cette dernière limite a été franchie.(1) » Traditionnellement, les présidents américains, quel que soit leur parti, n’informent que très « mollement » les personnalités du Congrès et la loi sur les pouvoirs de guerre est peu respectée. Barak Obama a laissé le leadership de l’affaire libyenne à la France et au Royaume-Uni. Embourbé sur deux autres théâtres militaires notamment l’Afghanistan et l’Irak, sa présence reste visible dans le monde diplomatique alors que son action sur le terrain des opérations est nettement en retrait.

Le nouvel ennemi public n°1

Le colonel Kadhafi nous renvoie à l’adage du fruit bien mûr. On ne connaîtra jamais la seconde qui précède sa chute de l'arbre. Le personnage est très imprévisible. Il n’est pas à l’abri d’une frappe collatérale qui pourrait faire basculer son pouvoir. Aujourd’hui plus qu’hier, c’est un bras de fer qui s’engage entre un dictateur sanguinaire qui tire sur son peuple et la communauté internationale qui le rejette. La coalition est condamnée à gagner contre lui. C’est une guerre «jusqu'au-boutiste» dans laquelle il supplante Ben Laden et devient le nouvel ennemi public n°1.

(1) Béligh Nabli sur le site de IRIS - Institut de relations internationales et stratégiques

www.affaires-strategiques.info/

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