Rouge : une couleur très tendance

Elle se faufile dans les rangs du Medef, sur les foulards des Ségolinistes ou sur le nez d'Eva Joly : la couleur rouge serait-elle un sésame médiatique?
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Les grands symboles n’épuisent jamais leur sens et c’est à cela qu’on les reconnaît. La pigmentation de l’ocre rouge , présente depuis le paléolithique, épouse l’histoire de l’humanité et véhicule une vibration teintée de sang, d’interdit, de passion et de théâtralité. La symbolique visuelle du rouge puise sa source dans l a solennité et le sacré du christianisme médiéval. Puissant, franc, « primaire » et sans neutralité, le rouge est au fil des siècles la couleur dominante de toute mise en scène du pouvoir d’une autorité royale ou religieuse.

Le carré rouge de Kazimir Malevitch

Politique, forcément politique, le rouge de la révolte s’illustre en 1915, avec le peintre russe avant-gardiste Kazimir Malevitch. Le précurseur de l'art moderne devance les compositions géométriques de Mondrian et crée un concept révolutionnaire qu’il baptise « suprématisme coloré ».

Il s’agit pour le peintre de montrer une liberté absolue qui se traduit par des formes simples et des couleurs sobres ou primaires. « La peinture n’a plus besoin de la réalité extérieure pour exister (...) la couleur n’est travaillée que pour elle-même ». Son œuvre Carré rouge , emblématique de l’ère du changement, porte les codes visuels de la Révolution d'octobre. La nouvelle tonalité du rouge est celle de l’audace et du non-matérialisme.

Le tee-shirt rouge du Medef

Objectif B20 Laurence Parisot

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La couleur rouge des tee-shirts a interpellé les journalistes : «Cela veut-il dire que le Medef est plus à gauche ?», lui demande un journaliste de Canal + ( Dimanche + , 4 sept.) qui fait référence au «cœur à gauche» de la patronne des patrons. Réponse de l’intéressée : «Cela veut dire qu’il n’y a pas de monopole ; chacun peut utiliser toute la palette des couleurs, des idées.» Ici, la couleur rouge donne le sentiment d'être la muleta qui nargue le chômage et la crise économique.

Le foulards rouge des Ségolinistes

Pendant les journées d’université de La Rochelle, l'univers chromatique du rouge s’est incrusté dans la mise en scène de la candidate aux primaires du PS. Les ségolinistes sont montés sur des chaises en agitant des foulards rouges et en scandant : «Ségolène présidente». Une scène qui n’a pas échappée à Jean-Michel Apathie qui l’interviewe sur RTL le 29 août : «Quelle signification faut-il accorder au foulard rouge que vos partisans arboraient lors des universités d’été de la Rochelle ? La révolution ?»

Réponse de la présidente du Poitou-Charentes : « Non, parce que j’utilise aussi le drapeau Bleu-blanc-rouge, vous savez on me l’a aussi reproché ! (...) Il n’y a pas d’antinomie entre le drapeau national (...) et le drapeau rouge qui est le drapeau des luttes ouvrières.» Cette couleur dont le message affiche franchement un programme assorti aux valeurs de la gauche indique une volonté farouche de rester au premier plan et d’avoir une visibilité médiatique. Sur la couverture de son dernier livre, la carnation rouge-vermillon de sa veste qu’elle portait également à La Rochelle prend toute la place.

Les lunettes rouges d'Eva Joly

Lundi 5 septembre, Eva Joly est l’invitée de la matinale sur France Info . La candidate Europe Ecologie Les Verts à l'élection présidentielle s’exprime sur l’immunité du président de la République. Question : «Faut-il que le procès ait lieu même sans Jacques Chirac ?» Réponse de l’ancienne magistrate : «C’est très important que le procès ait lieu, les français ont le droit de savoir ce qui s’est passé et à quoi ont été employés les fonds des Parisiens. Nous devons peut-être nous interroger pour savoir pourquoi Jacques Chirac n’a pas été jugé plus tôt (... ) Nous devons prendre en compte son état de santé», dit-elle. Ses lunettes déjà « cultes » dodelinent au bout de son nez à chaque fin de phrase. Ses partisans lui ont confectionné une paire de lunette géante qui apparaît désormais sur chaque photo d’évènementiels.C’est ce que l’on appelle « un fashion gris-gris politique ».

Une rentrée littéraire sanglante

Spécialistes du journalisme d’investigation, deux grands reporters au Monde, Fabrice Lhomme et Gerard Davet, enquêtent sur les «victimes» du Sarkozysme, c’est-à-dire des personnalités évincées du pouvoir. Le titre du livre « Sarko m’a tuer » s’étale en grosses lettres capitales rouges et sanglantes. Il nous replonge dans la faute d’orthographe la plus célèbre de l’histoire du fait divers, celle d’ Omar Raddad , un jardinier accusé d’avoir tué son employeuse, Ghislaine Marchal, en 1991. Il a toujours clamé son innocence, malgré une phrase tracée avec le sang de la victime, retrouvée sur un mur de la cave, «Omar m’a tuer».

« En février 1994, André Rousselet publiait dans Le Monde un article titré Edouard m'a tue r au moment où Omar Raddad passait justement en procès. Il y accusait Edouard Balladur d'avoir manœuvré pour l'évincer de Canal+. » La phrase mal orthographiée est devenue un titre de presse célèbre et récurrent, une antienne, sorte de rengaine pour non-coupable, un plaidoyer pour celui qui réclame justice et affiche une contre-vérité.

Le couvre-chef rouge de Moustapha Abdeljalil

Moustapha Abdeljalil , le chef du Conseil national de transition (CNT) libyen, l’homme à la calotte rouge, est devenu l’interlocuteur incontournable entre la France et la Lybie . Son couvre-chef traditionnel appelé « chenna » dans la région de Benghazi, ne masque pas le cal de son front, la marque de la ferveur religieuse chez les musulmans. Il a promis de se retirer du dialogue diplomatique dès que Kadhafi sera hors jeu .

Rouge comme la honte médiatique

On ne la voit jamais sur les visages de nos hommes politiques lorsqu’ils transgressent les usages et les lois et qu’ils slaloment allègrement entre deux éventuels procès ou deux promesses électorales.

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