Steve Jobs : un iVisionnaire

Il n'est plus PDG d'Apple mais garde son poste de président du conseil d'administration. C'est une légende vivante fragilisée par sa maladie.
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Depuis que Steve Jobs à démissionné de son poste de PDG d'Apple le 25 août dernier, pour raison de santé, les photos mythiques du « serial créateur » défilent sur Internet et jalonnent les temps forts de l’histoire des nouvelles technologies.(1) Agé de 56 ans, atteint d’un cancer du pancréas, celui qui a révolutionné la communication en inventant « le-premier-ordinateur-grand-public-commandé-par-une-souris » cède la place à son bras droit Tim Cook.

La « success story » décolle en 1984

Les sites d’information en ligne souffriraient-ils d’une nouvelle tendance de nécrologie multimédia ? Depuis le 25 août, le parcours professionnel de Steve job «résonne» sur le Web en nous donnant le curieux sentiment d’un destin prolifique mais funeste. Le futur Appleman fait ses premiers pas dans le garage de ses parents adoptifs en compagnie de son associé, Steve Wozniak ; l’ Apple I voit le jour en 1976 et l’ Apple II en 1977. L ’Apple I sera mis en vente au prix de 666,66 dollars , un chiffre diabolique mal accueilli par la critique, en référence à l’Apocalypse de St Jean et selon les exégètes en rapport avec la fascination "des Deux Steve" pour les combinaisons numériques d’un clavier. En 1983, il s'inspire des idées futuristes des ingénieurs de Xerox pour créer l'ordinateur Lisa. En 1984, le Mac est né, il doit son nom de baptême à une variété de pomme : la Macintosh . Conçu par l’ingénieur Jef Raskin, c’est un micro-ordinateur accessible à tous les non-informaticiens avec interface graphique, souris, disquette et un système d’exploitation qui « mange » toute la mémoire ! Les versions suivantes seront beaucoup plus évoluées.

Un logo signé Rob Janoff

Le premier logo d’Apple fascine toujours autant. Des centaines d’anecdotes ont couru sur l’origine de sa création : Adam et Eve, suicide d’Alan Turing avec une pomme au cyanure, jeunesse hippie et végétarienne de Steve Jobs ne se nourrissant que de pommes.... Rob Janoff , son génial graphiste nous en donne l’explication logique et rationnelle : la partie croquée de la pomme permet d’identifier le fruit et de le différencier d’une cerise ! Le premier logo aux lignes horizontales colorées fait référence au premier écran couleurs.

« to be Steved »

En 1985, Steve Jobs est viré de sa société par John Sculley, l’ancien patron de Pepsi Cola qu’il avait lui-même installé au poste de Président d’Apple. Il inaugure l’expression « to be Steved » c’est à dire être viré de sa propre société. Cette année là, le conseil d’administration a tranché : il n’y aura qu’un dirigeant à Apple. Steve jobs est un fabriquant d’ordinateur, talentueux et futuriste mais pas un programmeur. Dans la Silicon Valley on est d’abord un technicien avant tout.(2)

Gourou high-tech et médiatique à 26 ans

Toys Story

pour 7,4 milliards de dollars). 1997 marque le grand retour aux commandes d’Apple sa propre société d’où il avait été évincé et pour laquelle il était déjà consultant. Il reprend définitivement sa place de PDG en 2000. Rien ne manque à la légende de celui qui n’avait que 26 ans lorsqu’il a fait la couverture de Time Magazine pour la première fois et dont la fortune personnelle dans le classement des milliardaires du magazine Forbes a été estimée en 2010 à 6,1 milliards de dollars.

Apple : le retour

«Steve Jobs n’oublie pas que le Mac OS doit un peu de sa réussite à Bill Gates». Il autorise donc le patron de Microsoft à faire des affaires avec lui, ce qui lui permet de reprendre la direction d’Apple. A cette époque, Windows écrase le marché. (3) Les deux hommes savent que le Mac OS a un lointain cousinage avec le système d’exploitation de Microsoft. Lorsqu’il reçoit, en 1996, 150 millions de dollars en signant un partenariat avec Bill Gates, il peut racheter NeXT, la société qu’il a fondée avant son départ d’Apple.

Le « sex appeal » des ordinateurs

En 1998, le designer Jonathan Yve renouvelle la gamme avec l’iMac. «Sur les six premiers mois, il s’en est vendu un toutes les quinze secondes»(4) Il donne du «sex appeal» aux ordinateurs grand public en créant « un objet culte » aux couleurs acidulées et translucides. Il invente la haute-couture technologique. Depuis 2001, chaque outil nomade raisonne au rythme de sa créativité connectée au marketing de l’industrie culturelle : la musique (iPod),la version portable du iMac (le MacBook), la téléphonie mobile(iPhone), la tablette tactile (le iPad).

Une santé très surveillée par les investisseurs....

Apple appartient à la mythologie de la «success story à l’américaine». Son patron est une icône de la culture informatique «encore vivante» dont les ennuis de santé sont proportionnels à la température boursière de l’entreprise. Steve Jobs se bat depuis 2004 contre la maladie et il a du s’arrêter six mois en 2009 pour subir une greffe du foie. Si l’annonce de son retrait a mis Wall Street en ébullition, les esprits se sont calmés en fin de journée en accusant une petite perte de 1,5%.(5) «Depuis son retour en 1997, jusqu’à aujourd’hui, le prix de l’action a été multiplié par 125» nous rappelle Gaël Vautrin de La Tribune qui ajoute que «la firme qui pèse désormais 346 milliards de dollars est parvenue à se hisser l’espace d’un temps, au rang de première capitalisation boursière mondiale.»(6)

Un testament philosophique

Sa biographie officielle , Steve Jobs: A Biography , doit sortir le 21 novembre aux Etats-Unis chez Barnes and Nobles. Son auteur, Walter Isaacson précise que le patron d’Apple «n’a exigé aucun droit de regard» tout en citant l’un de ses commentaires : «Je n’ai aucun cadavre dans le placard qui ne puisse être sorti.»

(1) diaporamas sur rtl.fr, linternaute.com et latribune.fr

(2)(3) Sciences et vie Junior , Hors-série,N° 87, avril 2011, page 67

(4)(5)(6) La Tribune N° 4794, 26-28 août 2011, page 2

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