L'auto-médication: Je ne suis pas Docteur mais je me soigne

L'auto-médication est de plus en plus courante: symptôme de l'avènement des séries médicales et des forums en tout genre... C'est grave Docteur ?
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« Hypocondriaque, à ce qu’on dit. Je fais de tout une maladie ! ». Calogero ne pensait pas s’y bien dire. Chers lecteurs, vous vous pensez constamment malade. Le moindre petit symptôme et vous filez chez votre docteur, celui qui vous suit depuis votre plus jeune âge. Plus rapide encore : vous filez sur Internet et permettez à la Sécu de ne plus creuser le trou déjà abyssale qu’elle cherche à combler. Doctissimo.fr, Docteurclic.com, Santecheznous.com, Bonjourdocteur.com , vous piochez allègrement dans votre liste de sites Internet favoris, à la conquête de celui qui détectera en premier la maladie qui colle à vos symptômes.

« Aujourd'hui, il est de plus en plus fréquent de voir des personnes qui veulent se soigner individuellement sans avis médical, ni prescription. Elles perçoivent leurs symptômes et arrivent à faire, elles-mêmes, leur bilan de santé » souligne Charlène, élève - infirmière. Virginie avoue ne jamais surfer sur des sites de ce genre : « Par contre ma mère y passe tout son temps, et ce qu'elle y lit l'inquiète encore plus sur son état. » Pourtant, l’auto-médication touche tout le monde: plus qu’un phénomène de mode mais un véritable symptôme de la société dans laquelle nous vivons. On avait tendance à compter sur notre Doc., pour vérifier que tout allait bien. Ça, c’était bien avant l’avènement des séries médicales, portées sur le petit écran, « Urgences » en tête-de-file, que chacun s’approprie parce que les patients leurs ressemblent.

Strappées à la télé

Zoé, la vingtaine et inconditionnelle du Dr House ne rate pas un épisode du cynique docteur à la canne : « J’aime parce qu’on suit des médecins qui cherchent à sauver une vie. Ils font de vrais diagnostics et apportent de vrais soins. Ils ne se foutent pas de nous en inventant des maladies. Quand on n’est pas du milieu, que l’on n’a pas fait d’étude de médecine, on ne se rend pas compte. Mais, grâce à ces séries, on peut connaître et appréhender ces maladies ».

Avec ces fictions, on reste scotché devant notre 107 cm des heures entières. Comme du pain béni pour les chaines, ou mieux encore : un délicieux Cupcake à la vanille, glacé à la Lisopaïne ! Lupus, sarcoïdose, névralgie, apoplexie… Ces termes ne nous sont plus inconnus. Et pourtant, derrière d’obscures expressions tirées du jargon médical, se cachent des maladies que l’on se prend à diagnostiquer.

Plus forte que Docteur House et Docteur Ross assortis, nous nous prenons pour un médecin en chaussure de ville, la zapette en guise de stéthoscope. Nos antennes se mettent à vrombir lorsque l’éminent médecin de notre poste de télévision ausculte une patiente. Jules nous assure que « Non, tu n’as pas, toi aussi, cette odieuse maladie » mais nous n’y croyons pas. Un mal de tête qui dure, ça ne peut être qu’une tumeur maligne venue se nicher entre les deux lobes de notre cerveau ! Et puisque Docteur House vient de le dire…

La fashion thérapie, Zoé y croit. Une petite douleur, elle se jette sur la boîte de cachet . « C’est ce que me prescrirait Docteur House » essaie-t-elle de se persuader, avant de poursuivre : « je pense que nous avons plus de facilité à prendre des médicaments après avoir vu ces séries ». « C’est surtout dans la tête » se moque, gentiment, Gabriel, son fiancé. Charlène en rirait aussi beaucoup, elle qui affirme que « c ertaines personnes s'inventent des maladies qu'elles non pas forcément. »

« Grey’s Anatomy », « Urgences », « Docteur House » font l’apanage de la médecine et dresse un portrait glorieux et sexy des héros des salles d’examen. Les nouveaux gourous de la médecine ont des cheveux gominés et s’affichent en Une des magazines peoples. Et l’on voudrait toutes que notre médecin ressemble au modèle le plus convoité : le glamour docteur Mamour de « Grey’s Anatomy », Patrick Dempsey. Avec lui, pour sûr, on serait constamment dans sa salle d’attente, notre carte de fidélité prête à être dégainé. Zoé glisse : « Vivement que les séries se terminent. Sinon, on est malade sur des années avec toutes les saisons qu’il y a ! ».

Dis-moi comment tu te soignes, je te dirai qui tu es…

Autant appréciées que décriées, ces séries sont à prendre avec des pincettes. Si le personnel soignant se plaît à regarder et aimer ces fictions, il sait aussi prendre ses distances avec ce que l’on montre au public. Ingrid affiche clairement sa préférence pour une série : « Personnellement, je ne regarde qu'une série médicale, Dr House. Elle m'aide à comprendre certaines pathologies, ce qui prouve bien la crédibilité de certains propos, mais c'est aussi pour l'humour de la série. Par contre, j e ne pense pas que la plupart des séries reflète la réalité, bien au contraire. »

Virginie, elle aussi fan de ces séries, reste plus nuancée : « Je les regarde et je suis fan de la première heure. Mais, dès que j'ai un souci je file chez le "vrai docteur". Les séries restent de la pure fiction, ce n’est pas très prudent de s'y identifier et de prendre le risque de passer à côté d'un grave problème. En plus, dès qu’il m’arrive quelque chose, je stresse et crois tout de suite que ca doit être quelque chose de grave. Aller chez le médecin est primordial pour, aussi, me rassurer. Les séries médicales n'ont pas du tout changé ma façon de me soigner ! » Il est vrai que, dans bien des cas, on ne pige pas grand chose au charabia médical débité pendant les 42 minutes exquises d’un épisode.

Juliette n’apprécie guère : « moi, les séries médicales, je ne les regarde pas, pour la simple et bonne raison que mon frère a longtemps séjourné à l'hôpital. Quand quelqu'un est dans cette situation, ça ne le divertit pas de voir encore des malades à la télé ». Son pragmatisme la rattrape : « De toute façon, les médecins beaux comme à la télé, ça n’existe pas ! »

Les vrais médecins, eux, restent vigilants et sont lassés des patients es-séries qui se permettent de leur donner des leçons. Les patients flirtent trop souvent avec l’excès, comme en atteste Charlène, l’élève-infirmière : « les malades sont plus exigeants et réclament plus de médicaments et d'actes médicaux (radios, scanners…) afin de s'assurer que leur état de santé est correct. Les docteurs perçoivent plus d'agressivité chez ceux qu’ils soignent. Aussi, les patients sont plus pressés et pensent devoir consulter sans tarder le médecin alors que, parfois, cela n'est pas urgent ».

Bon, OK, il n’y a, réellement, jamais de quoi s’affoler. En attendant, on traine ces symptômes jusqu’au prochain épisode !

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