L'affaire Florence Cassez

Incarcérée depuis 5 ans dans la prison de Tepehan au Mexique, Florence Cassez livre un combat sans merci pour prouver son innocence.

Quelques semaines après le 5e anniversaire de son emprisonnement, celle que les médias mexicains s’étaient appliqués à surnommer la « ravisseuse étrangère » est toujours condamnée à 60 ans de prison. Son pourvoi en cassation, prévu pour 2011, pourrait mettre un terme à son calvaire.

Le dossier

Jusqu’à son dénouement tragique, l’histoire de Florence ressemble à celle de toutes les jeunes femmes de sa génération. Originaire du Nord Pas-de-Calais, Florence Cassez poursuit des études secondaires la conduisant à décrocher un poste de responsable dans un magasin d’habillement de sa région natale. Ambitieuse et aventurière dans l’âme telle que la décrivent ses proches, Florence décide finalement de rejoindre son frère, chef d’entreprise dans l’export-import de matériel médical depuis 6 ans au Mexique. Nouvelle langue, nouvelle culture, nouveau travail, ces facteurs séduisent Florence qui s’épanouit désormais dans sa vie, comme en témoignera son frère. Le malencontreux hasard la mènera sur la route d’Israël Vallarta, mais au bout de quelques mois, le couple bat de l’aile et décide de se séparer. Le fatidique 8 décembre 2005, alors qu’elle s’apprête à emménager dans son nouvel appartement, Florence est arrêtée par la police mexicaine et accusée d’être membre du gang nommé « Los Zodiacos », et auteur de kidnappings.

S’ensuit une série de faits dont le seul objectif est de manipuler Florence Cassez qui se révèle parfait bouc-émissaire dans cette affaire, dixit son avocat Maître Berton. Détention illégale en garde-à-vue, montage médiatique de la reconstitution des faits, délinquance organisée, faux chefs d’inculpation, violation du système de preuves quant au rôle de Florence dans les faits de séquestration, refus de mise en liberté provisoire dans l'attente du jugement, manipulation des témoins qui reviennent sur leurs déclarations... Le sort s’acharne sur elle. Pourtant tous les éléments prouvant la non-responsabilité de Florence dans les faits qui lui sont reprochés, sont là. Il est question de supercherie, de manipulation médiatique, de corruption et de violation de la Constitution mexicaine, des textes du Code pénal et des droits de l’Homme (1).

Comble de la situation : Israël Vallarta qui reconnaît sa culpabilité et déclare que Florence Cassez n’était pas au courant des faits, n’a toujours pas été jugé alors que Florence, elle, a reçu deux sentences. La première, une condamnation à 96 ans de prison de laquelle elle fait appel. La deuxième, une diminution de peine la réduisant à 60 ans de réclusion.

Le cas Florence Cassez : reflet d’un dysfonctionnement de l’Etat mexicain

L'histoire de Florence se révèle être un véritable cas d’école en matière de corruption politique et économique. Dans un contexte pré-électoral, l’occasion de gagner quelques voix supplémentaires est bienvenue. Refuser le rapatriement de la jeune Française revient à mépriser les traités internationaux tels que la Convention de Strasbourg signée sans réserve par le gouvernement lui-même, et par ce biais à entretenir un désaccord ambiant avec la France. Médiatiser une police qui s’engage activement dans la lutte contre le rapt, voilà également un joli trophée à brandir face à une population qui a peur d’une violence croissante, et par-delà, à l’influencer.

Mais comme l’analyse le spécialiste du crime organisé au Mexique, Edgardo Buscaglia, dans un article du Monde publié en avril 2009, il y a plus grave encore car 80% de l'économie mexicaine est infiltrée par des groupements aux intérêts obscurs, plus familièrement appelés les cartels. En finançant les campagnes politiques, ceux-ci se livrent à de nombreux trafics délictueux et participent à une économie criminelle. Trafic de drogue, d’armes, de personnes ou prostitution... Les polices locales, les maires et les autorités ferment les yeux sur ces pratiques.

L’AFI (Agence Fédérale d’Investigation) s’est acharnée à mettre Florence Cassez sous les projecteurs des médias telle une Bonnie diabolique au bras de son Clyde local. Combien d’innocents se retrouvent dans la même situation qu’elle, victimes d’une manipulation politique ? Citons Ignacio del Valle Atenco, Jacinta Francisco Marcial, Teresa Gonzales, Alberta Alcantara, Guillermo Velez et tous les anonymes calomniés, torturés ou assassinés.

Pourtant, de nouveaux éléments voient le jour et apportent un peu de lumière à la vie abyssale de Florence. La société civile mexicaine, l’église catholique ainsi qu’un ex-procureur général fédéral dénoncent la violation des droits de la jeune française et intrinsèquement le système juridique mexicain. Certaines ONG ont ainsi été contactées pour produire et présenter des rapports lors du jugement en Cassation.

« A l’ombre de ma vie »

Du fond de sa cellule numéro 9 aux barreaux bleus qu’elle occupe seule - et c’est un privilège - Florence lit des romans de Fred Vargas, confectionne des bijoux et noircit les pages du livre de sa vie.

A l’ombre de ma vie est un témoignage douloureux de son histoire bel et bien digne d’un mauvais scénario. Ce livre sorti en version espagnole est dans un premier temps dédié à la population mexicaine. La « Francesita » ainsi péjorativement nommée dans les médias, souhaite lever le voile sur la déliquescence du système judiciaire mexicain.

Otage politique, Florence n’a d’autre objectif que de crier son innocence, preuves à l’appui. Elle dénonce ainsi courageusement les failles d’un système corrompu où la dignité humaine est un leurre. Se décrivant comme un animal en cage au début de son incarcération, on découvre une jeune femme qui encaisse, accepte tant bien que mal sa situation, livre une lutte sans merci en faisant face aux événements tragiques s’enchaînant les uns aux autres comme autant de maillons l’enserrant et la dépossédant de tout contrôle sur sa vie.

« Je garde espoir que mon cas serve à réveiller les consciences, pour exiger des autorités efficacité, transparence et honnêteté dans leur travail, c'est-à-dire, ce qui devrait être la règle pour tout service public. Je me bats, bien sûr, pour moi, pour prouver mon innocence, pour ma dignité, pour mon pays mais aussi pour le Mexique, pour sa société, parce que je sais qu'il y a d'autres cas comme le mien », écrit-elle dans la préface de son livre.

Reste donc « l’amparo » de la dernière chance, l’équivalent de notre pourvoi en cassation au cours duquel Florence et ses avocats vont tenter une nouvelle fois de faire entendre raison aux juges. Florence sait que ses parents et amis, les ONG, les journalistes, les personnalités du monde culturel et politique, dont le président lui-même, la soutiennent et apportent chaque jour leur pierre à l’édifice afin qu'elle retrouve enfin son statut de femme libre et innocentée.

(1) Le Point - Avril 2010

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