L'incroyable révolution islandaise

Du jamais vu au pays des elfes où un peuple plus uni que jamais réinvente la démocratie à lui tout seul.
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A l'image de ses voisins européens, l'Islande subit la crise de 2008 de plein fouet. L'un des pays les plus riches du monde voit son économie s'effondrer sous l'emprise d'un système capitaliste défaillant qui broie tout sur son passage. Face à ce phénomène, ce petit pays célèbre pour ses geysers et ses volcans, ne se laisse pas abattre et prend le taureau par les cornes d'une manière radicale et totalement pacifique, sans qu'aucun média de masse ne relate l'histoire. Car c'est pourtant bel et bien d'un tournant historique dont il est question.

Une nouvelle démocratie au service du peuple

La crise de 2008 a, dans un premier temps, eu raison des trois banques principales islandaises que l'Etat décide de nationaliser, alors que de son côté, la population pousse le gouvernement de droite à la démission et évince la gauche libérale de remplacement.

Une coalition de gauche se met donc en place, et pour la première fois en Islande, une femme est nommée Premier Ministre.

Mais une difficulté de taille s'impose : au moment où les banques islandaises se sont effondrées, l'Etat a indemnisé les épargnants islandais mais pas étrangers (2,7 milliards épargnés par les anglais et les hollandais). A leur tour, l'Angleterre et la Hollande indemnisent leurs épargnants mais veulent faire payer la note à l'Islande en proposant un crédit rémunéré à 5,5%, ce qui reviendrait pour chaque citoyen islandais à débourser cent euros par mois pendant huit ans.

Malgré la pression de l'Union Européenne et la peur de froisser ses deux pays voisins, le président crée la surprise en refusant la proposition émise par l'Angleterre et la Hollande et en soumettant le texte à référendum. 93% des islandais votent contre le remboursement des banques capitalistes. Le message est donc clair : ce n'est pas au peuple de payer pour l'irresponsabilité de hauts dirigeants financiers, dont certains quitteront le pays et seront même emprisonnés à la suite de leurs procès.

Sur sa conquérante mais pacifique lancée, le peuple islandais choisit alors de réécrire la Constitution. Celle-ci, datant de 1944 époque de l'Indépendance de l'Islande, calquée sur la Constitution du Danemark - pays dont dépendait l'Islande par le passé - n'a jamais été modifiée.

Suite à un appel à candidatures pour lesquelles n'importe quel citoyen majeur (hors élu national) et soutenu par au moins trente personnes, peut se présenter, une assemblée constituante de 25 personnes est élue en novembre 2010. Parmi eux, des universitaires, juristes, journalistes, un agriculteur, un pasteur et un metteur en scène.

Black-out des médias de masse

Cependant, malgré ce virage à 180 degrés pris par ce petit pays susceptible de servir d'exemple à toutes les grandes puissances mondiales affectées par la crise, personne ne parle du courage islandais. Silence total, au moment des faits en tout cas.

Ce n'est qu'assez récemment que commencent à apparaître dans les réseaux sociaux ou dans certains blogs sur Internet, quelques articles ardents arguant l'importance de transmettre l'information, afin dit-on, "d'éveiller les consciences", de démontrer qu'il existe d'autres solutions que la soumission ou la résignation. D'autres perspectives menant à une redéfinition des valeurs démocratiques peuvent ainsi être étudiées, envisagées et appliquées.

Alors pourquoi les médias de masse ne relaient-ils pas cette actualité pourtant déconcertante ? Parce qu'elle pourrait inspirer d'autres pays dont les gouvernements ne seraient plus maîtres du jeu ? Par peur de l'effet de contagion à l'image des diverses révolutions issues du printemps arabe de 2011 ? Ou encore parce que le sang n'a pas coulé ? Parce qu'aussi surprenant que cela puisse paraître, les gens qui ont assiégé les rues n'ont manifesté leur colère qu'à coups de poêles et de casseroles comme l'avait fait l'Argentine à l'époque de la dévaluation du peso en 2001 ?

Quatre ans après : chimère ou réalité ?

Malgré une détermination sans faille, de réels agissements d'un peuple solidaire qui ose, prend des risques, et dont les priorités sont de réinventer une démocratie plus juste pour tous, la belle épopée islandaise tourne un peu court.

Quatre ans après, le pays est toujours en récession : la reprise économique reste timide, la monnaie a été dévaluée (la couronne perd 50% face au dollar) pour relancer les exportations (poisson et aluminium), l'accord avec l'Angleterre et la Hollande pour remboursement les banques n'est toujours pas clairement défini (on parle actuellement d'un prêt à 3%), et le nouveau gouvernement de gauche subit des crises récurrentes sur la question de l'Union Européenne.

Peut-on en déduire que malgré une réelle volonté de le régenter, la population islandaise reste quand-même attachée au système existant ? Ou qu'il ne s'agit peut-être pas d'un rejet total du système capitaliste, faute de mieux pour l'instant ?

Il est néanmoins logique qu'aucun changement de ce type ne se réalise dans l'harmonie et sans heurt. Les questions sont tellement cruciales et complexes qu'il serait utopique d'imaginer trouver une solution miracle à chaque problème en si peu de temps. Il est vrai que l'Islande est un petit pays de 320 000 habitants et que l'ériger comme modèle n'aurait sans doute pas de sens pour un pays grand comme les Etats-Unis. Reste quand-même à souligner sa volonté de changement, sa résolution à agir et sa fermeté à mettre en commun toutes les compétences requises pour réaliser une telle entreprise, de surcroît sans aucune violence. Souhaitons donc aux islandais des résultats à la hauteur de leur audace et de leur intelligence.

Sources :

- "The Plot 911" :www.the-plot-911.com/

- "Rue 89" : www.rue89.com/

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