Octobre fête la Journée mondiale contre la peine de mort

Depuis longtemps controversée, la peine de mort fait toujours couler beaucoup d'encre et n'a de cesse d'animer les débats entre partisans et abolitionnistes

Instituée par la Coalition mondiale contre la peine de mort et soutenue par le Conseil de l'Europe et l'Union européenne, la Journée mondiale de la peine de mort voit le jour le 10 octobre 2003.

La France, elle, fête ses trente ans d'abolition revalorisant ainsi sa conception des droits de l'Homme chers à ses auteurs militants comme Victor Hugo.

Un double anniversaire qu'il est important de rappeler alors que les ONG continuent d'oeuvrer pour convaincre les opinions toujours récalcitrantes ainsi que certains pays appliquant encore ces méthodes au caractère moyen-âgeux.

Une question éthique et philosophique

L’abolitionnisme repose sur l’idée que la peine de mort viole et nie les droits de l’Homme. Satisfaire un besoin de rétribution ne reste finalement qu’une histoire de vengeance, une loi du talion barbare inspirée par la haine et ne réglant en rien la criminalité, autant dire un meurtre autorisé, légal. Le sujet reste néanmoins épineux. Il suffit de s’imaginer à la place d’une mère dont l’enfant a été sauvagement violé et assassiné pour brusquement basculer dans le camp adverse, même s’il est évident qu’aucun châtiment n’a le pouvoir de ramener les personnes disparues.

Penser que l’être humain, même le plus abject, pourrait malgré tout bénéficier du droit à la vie par un système de moratoire ou de réclusion criminelle à perpétuité notamment, ne serait-ce que pour se repentir, réfléchir à ses actes ou bien rembourser une dette par un système d’indemnisation aux victimes, n’est pas non plus dénué de sens. Car finalement personne ne détient le monopole de la vérité, dans la mesure où personne n’a le pouvoir de mesurer la capacité d’un homme à se racheter.

Une des questions fondamentales repose sur l’utilité réelle de cette pratique. A-t-elle vraiment un effet dissuasif sur la criminalité ? Il est évident que l’idée simpliste selon laquelle un criminel, une fois exécuté, ne constitue plus un poids pour la société est irrévocable ; la question de la récidive ne se pose donc plus. L’aspect radical de cette opinion est évidemment contré par les abolitionnistes qui révèlent que la justice est faillible. Certains condamnés se sont vus innocentés à la veille de leur condamnation, certains sont morts avant leur disculpation, le cas n’étant pas si rare à l’époque où les nouvelles technologies d’investigation, comme le prélèvement d’ADN par exemple, n’existaient pas encore. Depuis 1973, 119 personnes dans 25 Etats américains ont été disculpées et ont quitté le couloir de la mort. Selon Amnesty International , la peine de mort n’est pas plus dissuasive que la prison à vie. Les Etats américains ayant réintroduit la peine de mort n’ont pas forcément constaté une diminution de la criminalité. « Le rapport 2003 du FBI démontre que le sud des états-unis qui regroupe à lui seul 80% des exécutions capitales, demeure la région où le taux de criminalité est le plus élevé du pays alors que le nord-est qui concentre moins de 1% des exécutions capitales présente le plus faible taux de criminalité du pays. »(1)

Interrogeons-nous également sur les méthodes d’exécution regroupées en deux catégories, celles destinées à réduire la souffrance et les autres. L’injection létale est la méthode la plus répandue, celle-ci étant pratiquée notamment par la Chine, pays procédant à la majorité des exécutions dans le monde. Adoptée aux Etats-Unis, elle l’est également au Guatemala, à Taïwan, en Thaïlande et au Vietnam. La pendaison et l’arme à feu arrivent en seconde position parmi les plus utilisées, la mort étant certes violente mais immédiate. Les autres méthodes telles que la lapidation, la pendaison-strangulation (Iran), la décapitation au sabre (Arabie Saoudite), la chaise électrique et la chambre en gaz (USA) sont en voie de disparition mais dans de rares cas toujours pratiquées. Une électrocution est recensée en moyenne chaque année aux états-unis. Le rôle des ONG consiste également à pointer du doigt ces pratiques destinées à mettre en exergue la souffrance et à souligner l’absence totale d’humanité consentie par certains gouvernements.

Une question politique, économique et sociale

Il est assez triste de constater que dans les pays où la peine de mort est appliquée, elle est souvent soutenue par le peuple. Les partis politiques étudiant logiquement l’opinion publique pour accéder au pouvoir, il est donc peu envisageable pour eux de ne pas tenir compte de ce crédit. Les organisations humanitaires mettent l’accent sur le problème de la désinformation d’une population souvent manipulée ou non suffisamment éduquée. L’accès à la culture où à l’art de même que la liberté de la presse dans certains pays étant totalement bafoués, il est beaucoup plus facile pour des dictatures d’imposer un ordre désigné comme étant l’exemple.

Les démocraties libérales tentent de sensibiliser les pays réfractaires à suivre la tendance abolitionniste. Certains pays ont signé des traités dans lesquels ne figure pas de clause de retrait. Dans le cas où un pays rétablirait quand-même la peine de mort, il serait immédiatement marginalisé mais pas forcément sanctionné d’un point de vue juridique, c’est-à-dire pas au point de subir un embargo par exemple.

Le récent cas de Troy Davis exécuté le 21 septembre 2011 pour le meurtre d’un policier blanc a soulevé des questions cruciales. Les abolitionnistes dénoncent le fait que les personnes les plus pauvres sont surreprésentées dans les couloirs de la mort. Ces condamnés doivent dans la plupart des cas faire appel à des avocats commis d’office, payés par l’état au nombre de dossiers et n’hésitant pas à bâcler leurs affaires pour gagner plus d’argent. De plus, les procédures d’appel sont longues et très couteuses décourageant ainsi beaucoup de prisonniers. Une exécution coûte basiquement moins cher qu’un emprisonnement à vie mais peut au contraire s’élever jusqu’à dix fois plus cher qu’une incarcération à perpétuité si on inclut les fais de recours.

Malgré de nombreux doutes sur la culpabilité de Troy Davis, ce dernier s’est vu refuser le dernier appel auprès de la cour suprême. La race de l’accusé peut parfois influencer le verdict et révéler des discriminations ethniques ou sociales évidentes. Certaines études ont conclu au non-respect des proportions ethniques dans le couloir de la mort où les Afro-américains sont, proportionnellement au tissu démographique américain, plus représentés que les blancs.

L’évolution dans le monde de la peine de mort suit peu à peu la tendance internationale. En 1977, seulement 16 pays avaient aboli la peine de mort contre près d’une centaine aujourd’hui. Lors du congrès mondial contre la peine de mort de 2010, l’union européenne s’était fixé pour objectif la mise en place d’un moratoire universel sur la peine de mort d’ici 2015, incitant ainsi les pays récalcitrants à avancer vers ce progrès de l’humanité. En 2009, 140 pays sur les 192 de l’ONU ont aboli la peine de de mort mais 60% de la population mondiale vit dans un pays où les exécutions sont pratiquées, les 4 pays les plus peuplés demeurant la chine, l’inde, les USA et l’indonésie.

Le rôle de l’art et de la culture

Selon Victor Hugo, les vrais coupables seront toujours la misère et l’ignorance. Traumatisé dès l’enfance par la vision d’un condamné mené à l’échafaud puis par l’installation de la guillotine sur la place de grève, il mettra tout au long de sa vie ses talents d’homme de lettres et d’homme politique au service de ce combat pour la dignité humaine. A 27 ans seulement, il écrit « Le dernier jour d’un condamné » dans lequel il relate à la première personne les sentiments d’un homme dont l’issue est fatale.

« Le pullover rouge », roman de Gilles Perrault traitant de l’affaire Ranucci (1974-1976), reste une des œuvres les plus emblématiques de la lutte contre la peine de mort. Rédigé sous forme de contre-enquête, ce livre révèle un cas judiciaire parmi les plus controversés puisqu’il met à jour un dossier où les instructions bâclées, les contradictions et les faux témoignages s’entremêlent devant une justice indifférente, condamnant malgré tout l’accusé à la guillotine. Christian Ranucci fut l’avant-dernier condamné de france et le livre dont il fit l’objet a joué un rôle fondamental dans le sensibilisation de l’opinion publique française à l’abolition de la peine de mort.

Au cinéma, le film franco-italien « Deux hommes dans la ville » réalisé par José Giovanni (1973) dont les personnages principaux sont Jean Gabin et Alain Delon, traite également de la peine de mort et de la façon dont la justice parfois s’acharne à fabriquer des assassins.

Plus récemment, « La vie de David Gale » (2003), film américain d’Alan Parker évoque la peine de mort sous un jour nouveau celui de l’engagement. Le personnage principal incarné par Kevin Spacey, ancien professeur de philosophie militant contre la peine capitale et condamné à tort de viol et de meurtre sur sa collaboratrice, choisit de se sacrifier pour dénoncer les failles de la justice et ainsi de servir sa cause au prix de sa vie.

Nombreux sont donc les exemples artistiques ou culturels dans nos pays occidentaux nous permettant de nous forger une opinion par nous-mêmes, de nous enrichir, de faire réfléchir, d’interroger, d’ouvrir les débats. En effet, autant que l’éducation, l’accès à l’art et la culture, de même que la liberté d’expression sont « des moyens primordiaux d’élever partout les défenses de la paix dans l’esprit des hommes et des femmes et de promouvoir les respects des droits de l’homme et des libertés fondamentales en général »(2). Pour que sa contribution potentielle à l’édification d’un monde plus digne, pacifique, intègre et évolué puisse se concrétiser, l’aspect éducatif de l’art et la culture doit être généralisé et rendu accessible à tous en pleine égalité.

ANNIV2.

Sources :

(1) Revoltes.org Portail d’information sur la peine de mort

(2) Rapport mondial de l’UNESCO sur l’éducation dans le monde

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