La barbe… tout un symbole !

Derrière la barbe se cache un homme, certes, mais aussi une histoire et une charge symbolique forte qui a traversé les siècles.
397

En désaffection apparente ces dernières années, la barbe demeure un attribut masculin et pour cause…

Symbole de force, elle était présente dès l’Antiquité comme l’attestent les représentations iconographiques, à commencer par celle de Moïse, souvent doté d’une longue barbe fournie.

Force et pouvoir

Dès l’Antiquité, la barbe apparaît comme un symbole de force dans différentes contrées du globe. A cette époque, représenter la barbe permettait de différencier un homme adulte d’un très jeune homme.

Force est de constater que les personnages importants de l’histoire portaient souvent une barbe. Ce fut le cas en Chine, comme le démontrent les représentations du philosophe Confucius. Il apparaît toujours avec une barbe, certes clairsemée, mais tout de même bien visible. Il en prenait soin en la trempant dans un cône rempli de suc de prunes confites !

Chez les Egyptiens, la reine Hatshepsout était représentée avec une fausse barbe pour montrer sa puissance et son pouvoir.

Que la "barbe fleurie" de Charlemagne résulte d’une erreur de traduction du latin ou qu’elle soit synonyme de "barbe fournie" (à l’image des fleurs qui poussent en abondance sur les arbres), il n’en demeure pas moins qu’elle est visible sur toutes les représentations du père de la dynastie carolingienne, symbole là encore de force et de pouvoir.

Plus encore qu'un symbole, la barbe serait même de nos jours considérée comme une source réelle de force et à ce titre adoptée par certains sportifs , tel Sébastien Chabal.

Symbole de force mais aussi de liberté si l’on en juge par le fait qu’en Perse notamment, seuls les esclaves devaient être rasés.

Vieillesse et sagesse

La barbe est aussi un symbole de la vieillesse, surtout quand elle est longue et blanche. On accole souvent à l’image d’un vieil homme portant une longue barbe blanche les termes "vénérable vieillard" qui font immanquablement songer au Père Noël que nul n'imaginerait imberbe.

Vieillesse rimant souvent avec sagesse, la barbe apparaît dès lors aussi comme symbole de cette dernière, ce qui nous ramène à la représentation de Confucius.

La punition passe par la barbe

Sans doute parce qu’elle était un symbole de force et de liberté, elle était rasée ou coupée dans certaines civilisations chez ceux que l’on voulait punir. Les Indiens rasaient ainsi les criminels, les Spartiates faisaient de même avec les déserteurs qui avaient fui les combats et les Crétois coupaient la barbe aux voleurs et aux incendiaires.

Pour l’honneur…

Au cours de l’histoire, l’attention portée à la barbe a été globalement, semble-t-il, plus grande au sud qu’au nord. Elle y était considérée dans les contrées du sud comme un symbole d’honneur.

D’après l’historien latin Guillaume de Tyr, les Orientaux prenaient grand soin de leur barbe au point de considérer comme une grave offense le fait que qui que ce soit y touche.

Au Maghreb, où musulmans et juifs cohabitèrent durant plusieurs siècles, il était inconcevable pour les uns et les autres de toucher la barbe de son adversaire lors d’une querelle ou même d’une simple discussion. Les musulmans avaient coutume de prêter serment sur leur barbe, symbole de leur honneur.

De nos jours, à l’instar du prophète Mahomet, dont un poil de la barbe est conservé à Srinagar (Inde), nombre de musulmans pratiquants portent la barbe.

Curiosités autour de la barbe

Au 19e siècle, la barbe connut quelques vicissitudes, passant de mode puis revenant au goût du jour sous Napoléon III. A cette époque, un homme natif de la Nièvre, Louis Coulon , porta une barbe de plus de trois mètres de long ! Source de curiosité, il posa pour un photographe et le cliché devint une carte postale.

Qui ne s’est pas une fois au moins exclamé: "Oh ! la barbe"? Cette expression familière, à l’usage détourné, viendrait en fait de la difficulté qu’avait rencontrée des imprimeurs alsaciens qui peinaient à faire tenir l’encre sur les poils des barbes des bergers représentés sur La nuit de la Nativité de Martin Shongauer, peintre et graveur du 15e siècle.

Beaucoup plus proche de nous dans le temps, Benoît Poelvoorde vient de donner un nouveau symbole à la barbe qui devient militante. L'acteur a en effet décidé de ne pas se raser tant qu'un nouveau gouvernement ne serait pas donné à la Belgique.

En attendant, pour tout savoir sur la barbe, il ne vous reste plus qu’à vous rendre à Berlin pour y visiter l’insolite musée de la Barbe .

Sources :

- Encyclopédie des symboles, sous la direction de Michel Cazenave, Le Livre de Poche, Pochotèque, 1996.

- Histoire de la barbe et des cheveux en Normandie, A. Canel, A. Lebrument, Rouen, 1859.

- Visages du judaïsme De la barbe en monde juif et de l’élaboration de ses significations , Elliott Horowitz, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1994, volume 49

- http://razorland55.free.fr/history1.htm

Sur le même sujet