Le chien, nouveau détecteur du cancer de la prostate

Quatrième cause de mortalité masculine en France, le cancer de la prostate pourrait être dépisté par les chiens.

Tuant chaque année environ 9 000 hommes en France, le cancer de la prostate fait actuellement l’objet d’une polémique sur la nécessité, ou non, de procéder à un dépistage systématique. Une étude récente vient de révéler au public une méthode de dépistage de cette maladie pour le moins originale, puisqu’elle fait appel au flair… d’un chien!

Méthode actuelle de dépistage

Actuellement, le dépistage du cancer de la prostate se base essentiellement sur le dosage dans le sang du PSA (prostate specific antigen). Or celui-ci peut parfaitement se révéler anormal en cas de pathologie bénigne de la prostate, alors même que l’organe ne présente aucune cellule cancéreuse. Seule la biopsie permet, dans un second temps, de lever le doute, en tenant compte toutefois d’une marge d’erreur.

Pour mieux détecter ce cancer et éviter des gestes médicaux invasifs, des équipes médicales travaillent à la mise au point d’autres modes de détection.

Une nouvelle idée… vieille de 20 ans

En 1989 déjà, on savait que les chiens étaient en mesure de détecter une tumeur cancéreuse sur un être humain. A cette époque, une femme de 44 ans, atteinte d’une tumeur dermatologique dont elle ignorait la nature, s’était décidée à consulter un médecin après avoir vu son chien renifler à plusieurs reprises et avec insistance le siège de la lésion. La tumeur s’était révélée cancéreuse, puisqu’il s’agissait d’un mélanome.

Application au cancer de la prostate

Partant du constat que les urines des patients atteints d’un cancer de la prostate présentent une odeur spécifique, le professeur Olivier Cussenot, urologue à l’hôpital Tenon, à Paris, a eu l’idée de recourir, pour détecter la maladie, à un animal réputé pour son flair: le chien. Une équipe cynophile a été mise à sa disposition en 2007 pour tenter l’expérience.

16 mois de dressage pour Aspirant, le berger malinois

Le choix du chien s’est porté sur un berger belge malinois en particulier, issu d’un ensemble de chiots destinés à l’armée française et devant être dressés pour la détection d’explosifs. Nommé "Aspirant", ce chiot, aujourd’hui âgé de deux ans, a été choisi pour ses grandes capacités olfactives et son caractère très joueur.

Il a été dressé pour apprendre à reconnaître les urines cancéreuses durant 16 mois, d’octobre 2007 à juin 2010. Ses dresseurs utilisèrent 42 échantillons d’urine et lui apprirent, par le jeu, à s’asseoir devant ceux qui étaient positifs.

Une expérimentation prometteuse

La phase d’expérimentation proprement dite a été menée à partir d’échantillons d’urines provenant de 66 patients présentant tous une anomalie de la prostate. La moitié d’entre eux présentait des cellules cancéreuses. A la fin de l’étude, Aspirant avait détecté 30 échantillons positifs sur les 33 présentés. Il avait aussi détecté 3 cas parmi ceux qui étaient supposés non atteints et, vérification faite, l’un d’eux s’est révélé effectivement atteint d’une tumeur cancéreuse.

Quelques limites tout de même

Encore expérimentale, cette méthode de détection présente des limites. Ainsi, la performance réalisée par Aspirant est probablement liée à ses capacités personnelles. Elle est peut-être liée aussi à sa race, dotée de capacités olfactives particulières. Pour ces raisons, l’expérience serait donc sans doute difficile à généraliser. Il est également possible que les résultats soient faussés par des interférences olfactives, d’origine alimentaire au autre. Enfin, aucune méthode n’étant totalement fiable, une marge d’erreur est toujours envisageable. Elle est actuellement évaluée autour de 20 à 30%.

Cette méthode de détection ouvre d’ores et déjà la voie à la recherche des molécules odorantes présentes dans les urines d’hommes atteints de cancer de la prostate qui constitueraient un nouveau marqueur de cette maladie.

Sources:

  • "Un chien flaire les cancers prostatiques", docteur Guy Benzadon, article paru dans Le Quotidien du médecin , n°8896, 3I janvier 2011.
  • "Aspirant, chien dépisteur de cancer", Marie-Béatrice Baudet, article paru dans Le Monde , samedi 12 février 2011.

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