Agressivité et agression chez le chat

Comprendre comment et pourquoi un ronronnant compagnon se transforme tout à coup en une furie hérissée qui crache et feule.
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Selon Patrick Pageat, vétérinaire, l’agressivité se caractérise ainsi : " Pour nous, vétérinaires comportementalistes, le concept d'agressivité désigne un état réactionnel particulier, dans lequel l'individu a une plus grande tendance à produire des comportements d'agression." Cette définition qui semble énoncer une évidence au premier abord met surtout l’accent sur un point très important : l’agressivité n’amène pas automatiquement à l’agression.

C’est particulièrement vrai entre chats. En tant qu’animal territorial, il cherche avant tout à éviter la rencontre (c’est une des raisons pour laquelle il marque son territoire). Question de sécurité, puisque les combats contre ses congénères sont toujours sanglants, dans la mesure où il n’existe pas pour eux de comportement d’apaisement ou de soumission. Donc, une fois le combat engagé, les risques sont importants.

L’agression, elle, va passer par les manœuvres d’intimidation et les menaces pour parfois aboutir au combat, ainsi que la définit l’éthologue Klaus Immelmann.

Dans quels cas le chat se montre-t-il agressif ?

  • Très souvent pour résoudre un conflit de territoire. Soit qu’un intrus vienne d’envahir le sien, soit qu’il cherche à agrandir sa zone d’influence.
  • En période de rut, les chats se battent pour une femelle.
  • Pour se défendre s'il est lui-même attaqué.
  • Lors de divers troubles comportementaux (tels que l’agression de prédation détaillée plus bas).

*Agressions entre chats : lors d’une rencontre avec un congénère inconnu, les chats cherchent à se flairer mutuellement. Soit l'un des deux ne veut pas se laisser approcher, soit l'un des deux insiste pour renifler l’autre, le comportement agressif apparaît alors. D’abord par des manœuvres d’intimidation, puis des menaces, et enfin le combat si aucun des deux ne cède ou ne prend la fuite.

Entre deux chats qui se connaissent bien, les combats peuvent paraître impressionnants mais font rarement des dégâts en termes de blessures. En revanche, chez des chats étrangers l’un à l’autre, elles sont fréquentes et peuvent être graves. Il est à noter que l’intervention humaine ne change pas grand-chose. Les chats iront juste se battre plus loin si telle est vraiment leur intention.

*Agressions envers l’homme : il s’agit le plus souvent d’un comportement de prédation. Le chat ne chassant plus pour se nourrir, il manque d’effort physique. D’autre part, le prédateur en lui se réveille à la moindre occasion car c’est un instinct primaire (c’est-à-dire vital). Le chat va attaquer un pied qui bouge sous le drap, une main qui s’agite. Il peut aussi se tapir derrière un meuble et attaquer l’humain qui passe en lui mordant la jambe. Il est possible qu’il s’agisse d’un jeu (notamment chez un chat séparé trop tôt de sa mère, avant les enseignements d’inhibition des morsures et griffures qu'elle lui aurait dispensés). Mais la plupart du temps, cela signe un trouble du comportement (anxiété, syndrome du tigre, mauvaise socialisation etc.). Si cela devient récurrent et occasionne une dégradation de la relation avec l’animal, il ne faut pas hésiter à consulter.

*Agressions envers d’autres animaux : souvent, à la maison, c’est un problème de territoire. Le chat veut monter sur le canapé, le chien aussi. Des intentions contraires peuvent aussi se manifester. Par exemple le chien veut jouer, pas le chat, mais il n’a pas de possibilité de fuite. Cela cause en général plus de dégâts matériels que physiques.

Déroulement d’une agression

L’agression est une séquence comportementale qui se déroule en trois temps.

  1. La menace (dite phase appétitive) : le chat tente d’intimider son adversaire dans le but d’éviter le combat. Il se hérisse, gonfle sa queue, il tourne ses oreilles vers l’extérieur, il grogne et feule, il se déplace "en crabe". Ses pupilles se dilatent. La fuite d’un des deux protagonistes met souvent fin aux hostilités.
  2. Le combat (dite phase consommatoire) : l’assaut commence au ralenti puis s’accélère. Le chat utilise ses griffes et ses dents pour attaquer. Il cherche à faire tomber son adversaire et à lui mordre la nuque. De ses pattes avant, il essaye d’approcher l’autre de sa gueule tandis que de ses pattes arrière, il lui laboure le ventre. Le combat se poursuit jusqu’à l’abandon d’un des deux belligérants.
  3. La fin du combat (dite phase de stabilisation) : soit le vaincu s’enfuit et l’autre le poursuit (en cas de problème de territoire), soit il s’assoit, oreilles aplaties, tandis que le vainqueur le menace encore, puis finit par se détourner. C’est le moment où le vaincu en profite pour s’en aller.

Guide pratique du comportement du chat , Drs Beaumont et Massal, éditions Eyrolle

Dictionnaire de l'éthologie , Klaus Immelmann, éditions Pierre Mardaga

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