Histoire du commerce équitable : contre l'injustice des échanges

Chacun connaît aujourd'hui le terme de commerce équitable, a vu et/ou acheté des produits labellisés ainsi. Mais comment est né ce nouveau type de négoce ?

Mouvement philosophique après-guerre, puis idéologique et politique dans les années soixante, pour finir économique, social et environnemental depuis les années quatre-vingt-dix, le commerce équitable naît d’une prise de conscience: les produits artisanaux ont peu de débouchés, il n’existe pas de circuit de distribution à grande échelle et les petits producteurs des pays pauvres ne vivent pas décemment, malgré un travail dans des conditions parfois inhumaines.

Mettre des mots sur les idées

C’est en 1968, suite à la deuxième conférence de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour la Coopération et le Développement) qu’apparaît la formulation de «Commerce Équitable». Mais si l’expression n’existait pas encore, le concept, lui, avait trouvé sa source bien plus tôt. On pourrait remonter à Voltaire: « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe », dit l’esclave noir amputé à Candide, qui s’indigne de ses conditions de subsistance. Et même à Aristote dans Éthique à Nicomaque: « (…) l’équitable, tout en étant juste, n’est pas le juste selon la loi, mais un correctif de la justice légale. La raison en est que la loi est toujours quelque chose de général et qu’il y a des cas d’espèce pour lesquels il n’est pas possible de poser un énoncé général (…)»

On voit bien que l’idée n’est pas si nouvelle… Pourtant, il faudra attendre 1860 pour que le roman de Dekker, Max Havelaar (dont le nom deviendra plus tard un label international), qui fustigeait les inégalités commerciales entre les Pays-Bas et l’Indonésie, ait un impact catalyseur sur l’opinion publique et déclenche l’apparition d’une politique éthique progressiste.

À l’origine, un mouvement humaniste et religieux

Après la seconde Guerre Mondiale, les églises (surtout protestantes) se mobilisent en faveur des exclus, tandis qu’a lieu la première conférence de la CNUCED. Ten Thousand Villages , association américaine, milite et commercialise des produits artisanaux haïtiens, portoricains et palestiniens. En 1954, voit le jour l’association Self-Help (protéger et contribuer à l’économie des producteurs du tiers-monde) toujours aux USA.

A la fin des années cinquante, l’ONG anglaise Oxfam développe l’idée de vendre des produits réalisés par des artisans en difficulté dans le tiers-monde en leur garantissant ainsi des revenus réguliers. En 1957, de jeunes catholiques créent, dans le sud des Pays-Bas, une association en vue d’importer des produits du tiers-monde.

Dans les années 60 - 80, le mouvement devient idéologique

La politique s’en mêle. Les militants européens de gauche se révoltent contre le système libéral et veulent modifier le fonctionnement de l’économie en luttant contre l’exploitation du prolétariat. Les initiatives locales se multiplient.

Puis, l’ouverture du premier magasin de commerce équitable aux Pays-Bas signe le départ d’une vraie mobilisation internationale. En 1971 a lieu la création de Jute Works au (Bangladesh), première coopérative importante de commerce équitable. En 1974, c’est l’arrivée d’ Artisans du Monde en France. En 1988, apparaît le label Max Havelaar .

Les années 90, un mouvement plus consensuel

En 1992, la conférence internationale de Rio sur le développement durable précise les objectifs sur le long terme. Il faut associer à la mondialisation un développement respectueux des équilibres économiques, mais aussi sociaux et environnementaux. Le grand public commence à se sentir vraiment concerné. Entreprises et institutions s’intègrent progressivement au processus.

En 1997 a lieu le regroupement des trois labels internationaux (Max Havelaar, Fairtrade et Transfair) en FLO (Fair Trade Labelling Organisation). C’est aussi l’année de la création de l’IFAT (Fédération Internationale du Commerce Alternatif).

En 1998, les organisations FLO, IFAT, NEWS et EFTA forment un lobby (FINE) pour augmenter leur capacité de promotion du Commerce Équitable. La même année on assiste à la création de la Plateforme Française du Commerce Équitable et à l’introduction des premiers produits dans la grande distribution sous le label Max Havelaar.

Les années 2000 touchent les grands circuits

Après la conférence de Johannesbourg sur le développement durable a lieu le lancement d’ Alter Eco , première marque de commerce équitable destinée aux circuits de la moyenne et grande distribution. De nouvelles marques transversales voient le jour (Lobodis, Ethicable) et des références labellisées apparaissent chez les grandes marques de distributeurs (Leclerc, Auchan, Casino, Monoprix).

En 2006, plus d’un million de familles bénéficiait des bienfaits de plus d’un milliard d’euros de CA dans le monde. L’IFAT compte désormais plus de 330 membres, répartis dans 70 pays. Selon Artisans du Monde, 241 millions d’euros ont été générés par le commerce équitable en France pour l’année 2007.

D’après Laura T. Raynolds, (du Center for Fair and Alternative Trade Studies ) interrogée pour Courrier de la Planète en juin 2009: « La vente de produits équitables atteint aujourd’hui 2 milliards d’euros dans le monde, avec une croissance annuelle de 42%. Les États-Unis et le Royaume-Uni dominent le marché en comptant à eux deux plus de la moitié du total des ventes. Il existe aujourd’hui plus de 600 groupes de producteurs certifiés par FLO en Amérique latine, en Afrique et en Asie .» Une affaire qui marche!

Sources

Revue Courrier de la Planète - Commerce équitable: la crise de croissance?

Revue Altermondes Hors série - Les défis du commerce équitable

Le laboratoire du commerce équitable.

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