Les jouets ont encore un sexe

Les mentalités sont ancrées et tenaces dans l'univers du jouet. Difficile de sortir du traditionnel cliché jouet fille pour fille, jouet garçon pour garçon.

Poupées et dînettes pour les filles. Châteaux forts et voitures pour les garçons.

Le Père Noël reçoit des commandes conformes aux stéréotypes masculins/féminins.

On peut se demander à qui reviennent ces choix sexués. Aux enfants eux-mêmes, aux parents ou à la société?

Jouets de filles, jouets de garçons

À l'âge de la crèche et jusqu'à 4 ans, l'enfant est confronté aussi bien aux jouets de filles qu'aux jouets de garçons. Ses préférences ne dépendent pas encore de son sexe. Les mêmes jouets intéressent les deux sexes.

En grandissant, l'enfant affirme sa différence sexuelle. Graduellement sa façon de jouer devient différente. Au conditionnement de la petite enfance succède le désir d'identification au parent du même sexe dont il fait son modèle. Le jouet est un moyen de vivre "pour de faux" comme les adultes. L'enfant reproduit ce qu'il croit être la fonction du papa ou celle de la maman.

Les petites filles imitent, elles font semblant: elles cuisinent, jouent à l'infirmière...

Les petits garçons préfèrent les jeux d'action, ils utilisent l'espace. Ils construisent un circuit, jouent au cow-boy...

Après 6 ans, la différence s'accentue. Les garçons et les filles marquent leur préférence par des jouets socialement associés à leur âge.

Dans beaucoup de cas, les jouets choisis par les parents portent une idéologie, celle de cantonner la fille dans un rôle de maman avec une poupée et celle de faire du garçon un bricoleur avec des outils.

Le jouet, les mentalités et la société

À l'heure de l'égalitarisme entre homme et femme, les différences sexuelles sont toujours très marquées dans l'univers du jouet. Il n'y a qu'à voir les magasins spécialisés ou les hypermarchés à l'heure de Noël où les rayons filles et garçons sont très distincts. Bien que quelques-uns – Fnac éveil et jeux, 1,2,3, Famille… – ne segmentent pas leurs rayons ainsi.

Sans parler des catalogues où l'on feuillète encore les pages roses pour les jouets filles et les pages bleues pour les jouets garçons…

Un des rôles du jouet est pourtant de préparer l'enfant au monde dans lequel il va vivre. Son monde à lui est un monde où la limite masculin/féminin est de moins en moins marquée. Au travail, à la maison, on rencontre aujourd'hui des femmes chauffeur de bus, chef d'entreprise, il y a des mamans qui conduisent une moto, des papas qui langent le bébé...

Une étude réalisée en 2004 pour l'Observatoire Fisher Price auprès de parents d'enfants de 0 à 6 ans, révèle notamment que l'évolution des mentalités ne joue que dans un sens. Si les filles ont droit à la masculinité, les garçons n'ont pas droit à la féminité. Ce sont les mères qui craignent le plus l'homosexualité masculine. Le garçon a accès au jouet féminin sous certaines conditions. Il a une sœur qui sert d'alibi, et son comportement doit rester masculin avec le jouet: "Tant pis s'il casse une tête ou un bras, c'est un garçon", se défendent les papas. Les poupées ou les jouets électroménagers, par exemple, restent un achat interdit ou presque pour un garçon. Isabelle, une maman, raconte que le jour où elle a acheté une poussette pour son fils de 4 ans "dans le magasin, les gens me regardaient d'un air suspect".

Alors que l'on accepte facilement qu'une fille soit garçon manqué et qu'elle réclame un gros camion ou un ballon de foot, "il faut qu'elle sache se défendre dans la vie", argumentent les parents.

Les jouets sont loin d'être mixtes, d'abord la couleur: rose pour les filles, bleu pour les garçons. Isabelle confirme : "J'ai eu beaucoup de mal à trouver une autre couleur que le rose pour la poussette de mon fils."

Il est pourtant important de laisser l'enfant expérimenter l'intérêt du moment.

Les jouets mixtes arrivent timidement

Dans l'esprit des parents, les jouets mixtes sont les jouets premier âge, comme les tapis d'éveil, les peluches... alors qu'il est facile aujourd'hui de favoriser la mixité du jouet avec, par exemple, des jeux créatifs tels que des figurines, des maquettes, etc., à peindre, à mouler ou à modeler.

Dans la tranche d'âge supérieure à 6 ans, on constate que les jeux vidéos jusqu'alors réservés en grande partie aux garçons commencent à intéresser les filles. Les fabricants l'ont vite compris, en témoignent les couleurs vives qui égaient les rayons (rose, blanc...) et les jeux qui se mettent aux histoires de princesses, de princes charmants et autres chevaux…

Favoriser la mixité des jouets, c'est enrichir l'expérience et les potentialités de l'enfant et lui apprendre le respect et la tolérance.

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