FN : sa stratégie de dédiabolisation a diaboliquement bien marché

Au-delà des apparences, le Front National a su faire oublier ses clichés xénophobes, porte-étendards des thèmes majeurs de l'immigration et de l'insécurité.

Projetant sur la scène son avocate de fille, brillante et bonne élève de la scène politique frontiste depuis plusieurs années, il a su détourner les regards critiques en façonnant son parti avec une pâte plus normale, dans l’esprit d’une droite française identitaire pro-républicaine. Quand on y regarde bien, les deux cheminements du père et de la fille Le Pen est presque identique, quand à l’époque, Jean-Marie Le Pen est devenu le « coq » d’ Ordre Nouveau , alors à la recherche d’un leader charismatique capable d’haranguer les foules par son discours. Aujourd’hui, il y a une même résonnance de l’histoire, lorsque Marine Le Pen, visiblement la mieux placée pour dédiaboliser et récolter un maximum de voix, a pris les rênes du FN, couronnement tant attendu par ses adhérents et pourtant regardé d’un mauvais œil par certains au sein même du parti.

Sculpter cette image du Moïse des présidentielles

En jetant de la poudre aux yeux par grosses quantités pour toucher un électorat plus large, Marine Le Pen a su profiter du contexte de crise socio-économique présent depuis 2007 pour se faire valoir comme un messie, un Moïse au milieu de la tempête et du marasme économique européen. Même si le visage de ce parti a changé, la recette idéologique est restée la même, ratisser large en s’autoproclamant candidat du peuple, à l’aube du populisme guetté par certains candidats. La stratégie de la défense identitaire, des valeurs de la droite républicaine et du refus de cosmopolisme est toujours aussi frappante, saupoudrée par une certaine envie de renverser le système, et de faire croire, qui plus est, que des cendres renaîtra un monde nouveau, à la sauce FN… Ce qui pourrait paraître risible, quant aux questions économiques et à la sortie de l’Euro envisagée par la candidate blonde frontiste, au vu des dévaluations qui s’amoncelleront une fois l’ancienne monnaie mise en place. Assez abrupt et pratiquement impossible pour beaucoup, qui ne voient en ces propositions un vote de crise, totalement dénaturé par la politique, selon les termes du FN, d’ « UMPS ».

Eviter les débordements de son père

On le sait, le langage cru et les propos frôlant la xénophobie de son père, Jean-Marie Le Pen, ont contribué à ternir l’image d’un parti pourtant éloigné du clivage gauche-droite. On se souvient du « Durafour-crématoire », lancé après un meeting, du « détail » que signifiaient pour lui les chambres à gaz de la seconde guerre mondiale, ou encore de ces nombreuses piques sur les arabes, emmitouflées dans plusieurs vidéos circulant sur internet. Ce ne sont là que quelques frasques parmi les immondices trop souvent prononcées par l’ancien leader frontiste, pourtant étiqueté par certains de « dinosaure de la politique ». Ces invectives gratuites ne feront que diviser encore plus son électorat, en éloignant davantage le titre de président de la République après lequel il court depuis tant d’années. Pourtant au premier tour de 2002, la flemme se ravive et l’espoir renaît. Arrivé à 17-18% au premier tour avec Chirac, il saute de joie et croit en l’avènement d’un nouvel empire exclusivement FN, habillé de bas en haut des valeurs frontistes. L’espoir fut de courte durée, puisqu’il fut battu à plates coutures par Chirac au second tour (82%). L’UMP, à ce moment, peut dire merci aux manifestations antiracistes qui se sont mises en place dans les rues de Paris et d’autres villes importantes de la France, évidemment relayées par les médias, et donc l’opinion publique. Sa carrière finie, meurtrie et achevée par cet échec cuisant, il a décidé, peu de temps après, de céder le flambeau à sa fille Marine, en lui souhaitant bien évidemment un riche succès et une meilleure image du parti. C’est dans cette optique que, de ce jour jusqu’à sa défaite lors des présidentielles 2012, elle s’efforça de tendre la main aux personnes que son père ne touchait pas avant, comme les femmes, ou encore les ouvriers, déjà dans le viseur de Mélenchon et d’Arthaud. Aucune bourde non plus lors de ses interviews radios ou dans la presse. De ce côté-là, les dégâts que son père a infligés malgré lui au Front National lui ont appris grandement.

Une nouvelle image et une évolution grandissante

Son score aux présidentielles (20% - selon IPSOS ) le démontre : le « Rassemblement Bleu Marine », comme l’indique sa nouvelle appellation, ne fait que commencer ! Crédité de 13,7% des voix aux législatives (source Ipsos / Logica Business Consulting / France Télévisions / Radio France ), les partisans et électeurs de Marine Le Pen ont eu gain de cause ; puisque le parti prend de plus en plus une allure de parti « normal », par opposition à cette « diabolisation » exprimée par nombre d’électeurs auparavant. Il obtiendrait de 0 à 2 sièges selon les estimations de Ipsos / Logica Business Consulting / France Télévisions / Radio France du premier tour. Mais jusqu’où ira-t-il ?

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