Forget 68 de Daniel-Cohn Bendit, un livre à ne pas oublier

Quel bilan pouvons-nous tirer de l'évènement qui a secoué la France entière? Explications de l'homme à convictions "Dany le rouge", alias Daniel Cohn-Bendit
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Daniel Cohn-Bendit nous dévoile, à travers son nouvel ouvrage, ses sentiments, son vécu, tout ce qui a touché de loin ou de près la vie de l’ex-soixante-huitard. D’entrée, il met en évidence les acteurs principaux du mouvement social, politique et économique français de la fin des années soixante. Il assène que les raisons de la colère étaient tout autres à cette époque, et qu’il est difficile de parler de l’avènement d’un nouveau « mai 68 » aujourd’hui, car les faits qui séparent les deux époques sont relativement différents.

Son témoignage est étançonné par les questions très pertinentes du journaliste Stéphane Paoli et du sociologue Jean Viard, tous deux brillants analystes du sujet proposé. Par une omniscience assez intéressante, ils dépoussièrent à eux trois les interrogations et les mystères de l’ère 68. Une véritable psychanalyse de 130 pages pour les initiés et les moins initiés.

Une jeunesse en quête de liberté

L’ouverture du livre parle du début du mouvement au sein des universités, notamment La Sorbonne ou Nanterre, lieux géographiques-clé pour des étudiants affamés de changement. Ces moments forts d’histoire sont importants puisqu’ils marquent le début de la rébellion, d’une occupation à la « j’y suis, j’y reste », de personnes désirant ardument se faire entendre, quel qu’en soit le moyen employé. D’ailleurs, l’amplification et la propagation des idées a un impact crucial, touchant de plus en plus d’étudiants, formant une masse de plus en plus distincte, à l’image métaphorique d’un nuage noir se déployant tout doucement au-dessus du gaullisme français, condamnant non pas le capitalisme, mais la conception autoritaire et archaïque de la société hexagonale. Cette jeunesse sonne le glas assourdissant d’un carcan gaullo-communiste à la morale et à la conception puritaine. Le rêve d’une autre façon de penser, d’une autre société, est scandé par un besoin d’émancipation, de devenir maître de sa propre vie, incessant puisque la révolte prend un ton mondial au fur et à mesure que les mois avancent.

Beaucoup de citations retentissent dont celle-ci: « Sous les pavés, la plage. » Peut-on encore tenir ce genre de discours à notre époque ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, pourtant, c’est qu’il y a quarante ans, ce slogan résonnait dans la tête de beaucoup de jeunes, appelant à un changement radical et brutal.

Faut-il enterrer Mai 68 ?

Lorsque les journalistes invitent DCB à se prononcer sur cet événement, à savoir si celui-ci constitue une révolte ou une révolution, il répond sans hésiter « une révolte », ou un ras-le-bol exprimé par une jeunesse trop souvent infantilisée. En bref, un come-back d’idées et de désirs qui bourdonnent dans la tête des jeunes, avec, comme chant des partisans, la fameuse phrase « Nous sommes tous des juifs Allemands », résonnant à tue-tête dans la foule. Un slogan provocateur parmi tant d’autres pour mobiliser les consciences trop souvent fragilisées.

En marge de 68, il évoque et analyse avec brio les grands problèmes de notre temps, en reconnaissant que ces problèmes n’existaient pas il y a quarante ans: le chômage, les problèmes écologiques, la mondialisation ou encore le sida. Les revendications de notre présent sont donc tout autres. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut relâcher, mais continuer ; le combat n’est pas terminé, il ne fait que commencer. Il faut donc passer à autre chose et s’y atteler rapidement, plutôt que de ressasser le passé, ce qui est, selon lui, une manière d’éviter de parler des problèmes d’aujourd’hui.

Valentin LEGENDRE

Sources:

  • Cohn-Bendit D. avec Stéphane Paoli et Jean Viard, Forget 68 , éd. l’Aube poche, 2008.
  • Emissions culturelles et débats politiques sur France 2 et sur La Deux.

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