Un pas en avant vers la régulation financière ?

Depuis le début de la crise économique de 2008, une régulation plus efficace des flux financiers interpelle. Le monde verra t-il bientôt le bout du tunnel?
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On peut se poser la question « pourquoi avoir fait rentrer la Grèce dans la zone Euro, alors qu’elle n’était pas assez compétitive ? ». « Oui, mais on ne pouvait pas laisser Platon et Aristote en dehors de l’Europe ! » , s’est empressé de répondre Allègre. Choc direct puisque par après, la Grèce a perdu près de 25% de sa compétitivité. Soulignons cependant qu’au départ, il y a eu un fameux manquement des statisticiens grecs au niveau des chiffres (prédiction de 6% de déficit au lieu de 13,6%, qui étaient les vrais chiffres), dans un seul but préélectoral. Mauvaise surprise pour la gauche qui gagne les élections en 2009. Ce n’était donc pas un problème politique, mais un problème de préparation de budget, de vision juste de l’économie, qui a fait s’installer un doute davantage étendu au sujet de la crédibilité des informations par le peuple grec.

Rayon de soleil grec mais rigueur européo-européenne

Du côté grec, il y a urgence ! Les caisses de l’Etat seront vides le 16 novembre, ce qui veut dire une accélération de la récession et d’un scénario catastrophique sans précédent, avec, en marchepied, une impossibilité pour la Grèce de payer ses fonctionnaires. Un accord semble pourtant avoir été trouvé avec la troïka (UE – BCE – FMI), puisque deux ans pourraient être accordés en échange de mesures de rigueur supplémentaires. Serait-ce le signe d’un pas en avant vers une aide financière aboutissant à une sortie de crise progressive ? Pas sûr. Tout d’abord, il faut que cet accord – comportant une tranche vitale de 31,5 millions d’euros – soit accepté par les dirigeants des 3 partis hellènes de la coalition gouvernementale. Ce qui n’est pas gagné, puisqu’il faudra mettre tout le monde d’accord, y compris la gauche, refusant plusieurs mesures imposées par l’Europe.

En accord avec ses créanciers, la Grèce annonce miser sur la somme de 6,6 milliards d’euros de cession d’actifs publics à l’orée de l’année 2014 ; deux ans plus tard, le chiffre serait de 10 milliards. Pour rassurer les marchés, elle ne peut pas faire demi-tour et est quasi obligée de calquer les mesures de rigueur allemande, comme la retraite à 67 ans, reportée à dans deux ans.

Draghi défend la stratégie de la BCE corps et âme

C’était mercredi, au Bundestag, fief des députés allemands. Mario Draghi, actuel président de la Banque centrale européenne, s’est rendu chez les parlementaires germains pour y défendre bec et ongles son nouveau plan de rachat illimité de la dette publique. Sa thèse consistait à mettre en avant le soutien des pays les plus endettés de la zone euro, la Grèce et l’Espagne en tête, à travers un financement organisé, prônant un faible taux d’inflation et avec un effet neutre sur les conditions monétaires. Ce qui a été fortement contredit par plusieurs économistes allemands, jaugeant la politique du président de la BCE « mensongère », avec une vague houleuse de refus et de mise en doute des conséquences de ce rachat de dettes. Souvenez-vous : c’était en septembre, un programme baptisé « OMT », nom de code couvrant les rachats obligataires à court et moyen terme, destiné, selon lui, à soutenir les pays les plus fragiles de la zone euro. Il y a cependant une condition pour les pays en difficulté demandeurs de cette aide financière, puisqu’ils auront dû faire, au préalable, une aide au Mécanisme européen de stabilité (MES). Wolfgang Schaüble, éminent ministre des finances de la chancellerie Merkel, a confié à l’hebdomadaire allemand Die Zeit que « soupçonner la BCE de ne pas s’intéresser à la stabilité de l’euro, c’était ignorer la réalité » . Selon lui « Il est trop facile de penser que la BCE peut remplacer l’action des gouvernements ou leur manque d’action en imprimant de la monnaie » . Il est vrai, qu’en même temps, c’est son rôle principal. Même si elle n’a pas encore son rôle de régulatrice à franc-parler, comme sa cousine américaine la Fed , la puissante institution bancaire de Frankfort progresse tout doucement au niveau de la régulation financière, comme en témoigne la création de son récent bouclier du Mécanisme européen de stabilité (M.E.S).

La question allemande

L’Allemagne fait figure aujourd’hui de leader au niveau économique européen, avec un taux de chômage faible, des exportations ultra-dynamiques grâce à la demande interne des pays émergents, un emprunt à des taux faibles sur les marchés et un vieillissement de la population omniprésent. Cependant, le revers de la médaille réside sûrement sur une compression assez forte des salaires, accentué par une consommation assez rapide, un euro en manque de sûreté face au dollar et une réduction drastique des dépenses publiques. La stratégie qui a été mise en place pour sauver la Grèce, mise en place à l’époque du gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder, de faire de l’austérité, diminuer les dépenses publiques et réformer les traités européens pour plonger les décisions politiques dans l’austérité. Alors, comment pourrait-elle continuer à briller sur le sol européen ? Eh bien probablement en exportant vers les anciennes républiques socialistes, comme la Pologne par exemple, en levant le pied sur l’austérité et en trouvant d’autres alternatives de politique budgétaire au niveau décisionnel pour les pays en difficulté de la zone euro.

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