Assassinat de Laurent Désiré Kabila : le suspense rebondit

Dans un film de 52', Marlène Rabaud et Arnaud Zajtman révisent un procès jugé inique et livrent quatre pistes pour connaître ceux qui ont tué Laurent Kabila
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Le documentaire intitulé Meurtre à Kinshasa, qui a tué Kabila ? commence par la perplexité d’un journaliste qui doute de toutes les thèses avancées dans la condamnation des présumés assassins du président congolais. D’abord, le colonel Eddy Kapend, ancien aide de camp de Laurent Désiré Kabila condamné à la peine capitale et qui croupit encore aujourd’hui dans la geôle du Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK). Il est accusé d’être le commanditaire principal de l’assassinat parce qu'il a menacé avec une kalachnikov Rachidi, le garde du corps qui aurait, quelques minutes plus tôt, tiré sur le président. Pour le tribunal, il l’aurait empêché de déballer la vérité.

Rabaud et Zajtman ne sont pas les seuls à douter de la responsabilité du colonel Kapend et d’autres condamnés détenus avec lui au CPRK. Même les derniers proches collaborateurs de Laurent Désiré Kabila doutent aussi. Pour dissiper le flou et reconstituer le puzzle du drame, le documentaire commence là où la cour s’est arrêtée. Il ré-interroge les condamnés, les derniers compagnons du chef, les archives… et défriche quatre pistes truffées de suspens et offre des récits inédits.

Première piste : la vengeance du commandant Masasu

L’assassinat du président congolais est d’abord présenté comme un meurtre orchestré par deux de ses gardes du corps, à savoir Rachidi et Georges Mirindi. Ils veulent venger la mort du commandant Masasu, l’homme qui les avait recrutés pendant la révolution et que Kabila fit assassiner par la suite. Et au procès, c’est la thèse de la vengeance que soutiendra avec acharnement le ministère public. Mais pour les réalisateurs du film, l’assassinat de Masasu ne serait qu’un élément détonateur qui aurait participé à une conspiration orchestrée par des forces occultes. Devant le suspens, ils décident de remonter la filière.

Deuxième piste : Bilal Héritier

En remontant la filière, Rabaud et Zajtman défrichent une deuxième piste que la cour connaissait mais n’avait pas exploré. Cette piste, c’est « Bilal Héritier ». Un homme d’affaire libanais qui négociait ses diamants directement avec Kabila, mais qui s’est vu, du jour au lendemain, exclu du monopole au profit d’une firme israélienne, Idi Congo. Le rôle de ce diamantaire dans la conspiration s’est révélé le soir de l’assassinat, précisément lorsque Georges Mirindi en fuite se réfugie dans son appartement. Les services de sécurité qui arrivent sur le lieu quelques minutes plus tard, constatent que Mirindi et Héritier se sont déjà échappés. Furieux, ils enlèvent 11 libanais qui sont trouvés sur place et les exécutent sommairement la même nuit, sans le moindre jugement. Au procès, les militaires ayant exécuté les Libanais affirment tous avoir obéi à des ordres de leur chef direct, le général Joseph Kabila qui au moment du procès est président de la République. Curieusement, au prononcer de la sentence, les militaires sont condamnés à la peine de mort.

Troisième piste : le RCD et le Rwanda

La troisième piste défrichée par les réalisateurs, c’est le Rassemblement des congolais pour la démocratie (RCD). Après leur évasion de Kinshasa, Georges Mirindi et Bilal Héritier se réfugient au Rwanda, puis à l’est de la RDC où les rebelles du RCD se battent contre le régime de Kabila. Georges Mirindi est promu colonel et Héritier fait prospérer ses affaires sous la protection bienveillante des rebelles qui contrôlent cette région riche en minerais. La relation entre le garde du corps, Héritier et les rebelles et leurs alliés rwandais sont suspectes et fait rouspéter le narrateur. Il pense qu’ils sont les conspirateurs de l’assassinat du président congolais et rapporte par ailleurs que « le soir de la mort de Kabila, ce sont les services de renseignement du Rwanda qui, les premiers, ont fait circuler la nouvelle ». Plus loin, il atteste: « un de leur agent a même confié à un diplomate britannique, ce sont nos hommes qui ont fait le coup ».

Quatrième piste : les Etats-Unis

Les Etats-Unis d’Amérique sont aussi une piste plausible selon le narrateur du documentaire. Il rapporte à cet effet que, « les gardes du corps qui ont tué Kabila étaient en contact avec une colonel de l’armée américaine basée à Kinshasa », Sue Ann Sandusky. Des indices de son implication sont confirmés par des proches de Kabila qui avaient retrouvé sa carte de visite dans les habits que portait le tireur du Président. Contactée, elle reconnaît avoir eu des contacts informels avec les gardes de Kabila, mais nie toute implication à l’assassinat.

Autant de suspens que chaque piste rouvre sans fermer. Le documentaire s'achéve sans répondre à la question posée par son titre. Mais en contrepartie, il a réveillé un débat autrefois mal clôturé.

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