Comment dégager une problématique philosophique ?

Pour dégager la problématique d'une dissertation philosophique, il faut à priori comprendre les termes du sujet et les rapports qu'ils entretiennent.
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Le terme « problématique » implique la présence d’un problème. Dégager une problématique, c’est poser une question, en mettant en évidence ce qui pose problème (les difficultés du sujet) et comment cela pose problème (selon quelle perspective, quels enjeux). La problématique suppose un « détour » dans le questionnement, qui ne peut appeler une réponse directe (« oui » ou « non »), mais doit plutôt être l’occasion d’un approfondissement.

Les sujets de philosophie au baccalauréat se présentent sous forme de questions, mettant le plus souvent en jeu deux notions, deux idées. La problématique consiste à mettre au jour les rapports qui existent entre ces notions (rapports de dépendance ou d’exclusion par exemple) et à les formuler interrogativement de façon à poser un problème. L’attitude philosophique consiste essentiellement à éveiller l’esprit à des problèmes qu’il ne perçoit pas spontanément. Lors de l’épreuve de la dissertation (ou toute autre épreuve nécessitant une réflexion), l’élaboration de la problématique permet de construire le plan.

Élaborer une problématique

  • L’analyse du sujet

Exemple 1 : « Pour connaître, faut-il ne rien aimer ? ». Deux termes sont ici à analyser en priorité (« connaître » et « aimer »), puis le rapport proposé entre les deux (celui de moyen à fin), sachant que ce rapport se détermine comme une exclusion qui pourrait s’avérer réciproque (pour aimer, il ne serait pas nécessaire de connaître). En caractérisant la connaissance par sa rationalité et son objectivité, et l’amour par l’affectivité et la subjectivité, on a déjà les bases d’une première approche. Si on compare ce qui est une mise en rapport, « connaître » et « aimer », on a donc une opposition initiale qui confirme le sujet. Mais la perspective de celui-ci, selon laquelle ce rapport serait d’exclusion totale, exige de pousser la recherche et d’envisager des voies de conciliation respectant le rapport de moyen à fin inhérent au sujet, par exemple en refusant de limiter la connaissance au modèle scientifique devenu dominant.

Exemple 2 : « Sommes-nous libres devant la vérité ?». Outre les thèmes du programme (liberté et vérité), le sujet suggère un rapport qu’il va être difficile de déterminer, mais qui paraît initialement affirmer la liberté de s’opposer à la vérité. Alors, un ensemble de questions surgissent : de quelle liberté peut-il s’agir ? Par rapport à la contrainte, au déterminisme, à l’aliénation ? Ici, c’est le concept de « liberté » qui demande à être analysé. Comment connaît-on la vérité ? Par une pure réceptivité intellectuelle (alors on la subit et elle nous contraint) ? Ou par un acte conjoint d’affirmation, donc de volonté et de liberté comme le pense Descartes ? S’agit-il par ailleurs d’être contre la vérité, de la refuser ? Ne s’agit-il pas plus simplement de mauvaise foi ? Ce sont ces questions qui vont devoir s’organiser pour constituer la problématique.

Exemple 3 : « L’intérêt est-il l’unique lien social ?». Certains sujets présentent un degré de difficulté supplémentaire en ce que la question qu’on risque de se poser ne sera pas la bonne si on n’a pas mis à jour le présupposé. À l’évidence, le sujet demande ici de chercher d’autres liens sociaux que l’intérêt, de voir s’ils sont aussi puissants que lui, s’ils ne sont pas même premiers dans la constitution de la société, ou si l’analyse ne va pas montrer qu’à terme ils y sont tous réductibles. Bonnes questions sans doute, mais qui passent à côté de l’essentiel du sujet, qui se trouve dans son présupposé. Quel est donc ce présupposé ? Il se trouve dans l’idée de lien, que jusqu’à présent on avait laissée dans l’ombre. Or, qui dit lien dit extériorité initiale de ce qui est à relier, ou, pour le dire dans la perspective politique du sujet, qui dit lien social présuppose que les hommes existent originellement hors société, que la société se constitue à partir du rassemblement de leurs individualités, etc. Une telle conception, individualiste et artificielle de la société ne va pas de soi. Par exemple, elle ne fut pas celle d’Aristote, pour qui l’homme est un animal politique, ni pour Auguste Comte ou Karl Marx. On voit tout de suite l’intérêt de la découverte de ce présupposé : au-delà du recensement des différents liens sociaux possibles, on tient la meilleure voie permettant de critiquer une conception utilitariste de la société.

  • L’organisation des difficultés

Exemple de problématique

Quelle problématique pourrait-on par exemple constituer pour le sujet sur la liberté devant la vérité (« Sommes-nous libres devant la vérité ? ») ?

On commencerait par le reformuler pour faire surgir une difficulté par la voie d’une analogie : « Sommes-nous en effet libres devant la vérité comme nous le sommes devant nos choix, nos actions, notre vie ?» En précisant cette difficulté, on commence à élaborer le problème : « La vérité n’apparaît-elle pas, au contraire, comme une contrainte propre à notre entendement ? De même que je ne puis soustraire ma vue à l’impression des objets qui m’entourent, de même je ne puis soustraire mon entendement aux évidences qui s’imposent à lui, le propre de l’évidence étant d’être par lui irrécusable. On a pu parler, en ce sens, de “despotisme du triangle”, nul ne pouvant prétendre que la somme des angles d’un triangle n’est pas égale à deux droits ». On dégage maintenant la problématique, sous forme interrogative et organisée de telle sorte qu’elle annonce globalement le plan sans pour autant livrer à l’avance les réponses : « Y aurait-il donc un despotisme de la vérité en général ? Sinon, dans quelle mesure peut-on alors résister aux déterminations de la vérité ? Mais quoi qu’il en soit, la vérité ne se présenterait-elle pas en définitive comme l’indépassable limite de tout esprit ? ».

Sources :

http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/articles.php?lng=fr&pg=25

http://membres.multimania.fr/patderam/dissert.htm

http://www.philocours.com/metho/meth-dissertation.html

http://lewebpedagogique.com/videos/degager-une-problematique-en-philosophie/

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