Les papes les plus scandaleux de l'histoire

De Jean XII à Léon X, la papauté fut parfois le théâtre d'affaires sordides, où les mœurs des souverains pontifes n'avaient rien de très catholique.
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L’Eglise catholique romaine aujourd’hui vielle de deux mille ans a une histoire truffée des hauts faits et faits ahurissants. Au nombre des faits ahurissants figurent des scandales dégoûtants mêlant sexe et argent, pouvoir et parcimonie, cruauté et népotisme qui ont caractérisé certains pontificats. En effet, de Jean XII à Léon X, la papauté était le théâtre d’affaires sordides qui n’avaient rien de catholique et encore moins de chrétien. Voici un dossier descriptif de cinq papes dont les pontificats ont été les plus scandaleux dans l’histoire de l’Eglise catholique romaine.

Jean XII : le pornocrate

Jean XII est assurément un des papes ayant le plus choqué ses contemporains. Plusieurs fois d’ailleurs, des chroniqueurs l’ont qualifié « d’antéchrist siégeant dans le temple de Dieu ». Né Octavien, il accède à la papauté à l’age de 18 ans sous le nom de Jean XII. Le jeune pape est perçu comme un être grossier qui s’adonne à la débauche, transformant le palais du Latran en un véritable bordel. Déposé par un synode d’évêques qui le déclare coupable de sacrilège, de meurtre, d’adultère et d’inceste en 963, Jean XII parvient cependant à reprendre l’avantage sur Léon VIII, élu à sa place. Une légende raconte qu’il est mort d’une crise d’apoplexie en plain acte sexuel avec une femme mariée.

Urbain VI : la cruauté incarnée

Urbain VI fut élu pape en 1378 à la suite de la demande du peuple romain qui désirait que prenne fin la longue lignée des papes d'Avignon et voulait voir un pape italien occuper le trône de Saint Pierre. Alors qu’il s’était toujours montré modéré, lorsque Urbain VI est élu pape, il devint dur et autoritaire principalement vis-à-vis des cardinaux non italiens qu’il abreuve d’insultes, de reproches incessants et menace de faire torturer et assassiner ceux qui sont réfractaires à son autorité. Le 20 septembre 1378, les cardinaux élisent le cardinal français Robert de Genève sous le nom de Clément VII pour le remplacer. Devant le refus de Urbain VI, soutenu par les italiens, Clément VII part s’installer à Avignon : c’est le début du grand schisme qui se prolongea jusqu’en 1417, date du concile de Constance, qui mit fin à ces querelles.

Innocent VIII : la vénalité et le népotisme

Le pontificat d’Innocent VIII reste dans les mémoires des moralistes comme celui où, sans scrupule aucun, fut étendu la pratique de la vénalité des charges pontificales. Chaque fonction au Vatican devint ainsi mercantile. Homme indécis, sans caractère et de santé précaire, il s’adonna à la création des nouveaux collèges afin d’obtenir les sommes extraordinaires requises par les guerres où était impliqué, telle la croisade contre les Vaudois en Dauphiné et en Savoie en 1487. la création d’un collège de 52 bulles pontificales lui procura 26 000 ducats d’or. Même la charge de bibliothécaire du Vatican était un luxe. Innocent VIII est le premier à reconnaître ses enfants illégitimes, il maria son fils Franceschetto à Maddalena, fille de Laurent de Médicis, avec lequel il était lié par d’importants intérêts financiers. Suscitant la désapprobation des cardinaux, le mariage fut tout de même célébré en grande pompe au Vatican.

Alexandre VI : l’âge d’or de la débauche

La personnalité d’Alexandre VI était caractérisée par la cruauté, la simonie et la luxure. Les trois mots caustiques de Machiavel qui dépeignent au mieux son pontificat. Immensément riche, Alexandre VI porte la tiare pontificale à la mort d’Innocent VII alors qu’il avait déjà eu plusieurs enfants avec sa concubine Vanozza Catanei. Lorsque le dominicain Jérôme Savonarole dénonça les déviances de son pontificat, il fut condamné au bûcher par le tribunal d’inquisition sur ordre du pape Alexandre VI lui-même. Cependant, bien que son pontificat fut marqué par des sordides orgies, les empoisonnements et les incestes, le paroxysme des scandales est atteint le 31 octobre 1501, avec l’évocation dans le journal de Jean Burckhardt, prélat de Strasbourg et aumônier pontifical, de la danse lors d’une soirée, de cinquante courtisanes entièrement nues. Un concours est organisé : les convives doivent manifester leur virilité auprès des danseuses, les plus performants sont récompensés par des cadeaux. Le fils et la sœur du pape, Lucrèce Borgia, avec laquelle il est soupçonné d’avoir eu des relations incestueuses, y participent.

Aussi, Alexandre VI pratiqua la simonie - c’est-à-dire l’achat et la vente des biens spirituels, notamment les sacrements - sans aucune retenue. On le soupçonne aussi d’avoir fait assassiner et jeter dans le Tibre son frère aîné.

Léon X : le boom du trafic des indulgences

Léon X, né Jean de Médicis, fut élevé dans l’amour des belles lettres et des arts. Ce qui était une tradition pour la famille Médicis. Son pontificat est caractérisé par une dissonance avérée avec la spiritualité du Moyen-âge. Alors que la spiritualité de son temps est inspirée par la piété des classes moyennes, la dévotion aux saints et les œuvres charitables, Léon X, lui, consacre peu de temps à la liturgie et aux affaires cléricales. En revanche, il s’adonne à la science, à l’élégance et aux beaux-arts dont il est le principal mécène.

Le pontificat de Léon X est, aussi et surtout, marqué par un luxe insolent dans la curie romaine. En effet, pendant des semaines, le Saint-Père partait à la chasse, activité interdite par les précédents papes, accompagnés de 200 cavaliers et des cardinaux les plus vigoureux. Vivant entouré de 683 serviteurs - allant de l’archevêque aumônier au gardien des éléphants et coûtant au Saint-Siège 100 000 ducats par an -, il organisait de nombreux concerts et représentations théâtrales. Pour faire face à des prodigieuses dépenses, il fallut recourir à l’augmentation des droits de chancellerie, la vente d’office de cour et la vente de titres de cardinalices. Cependant, le trafic des indulgences pour la reconstruction de la basilique Saint-Pierre, considéré comme une folie de grandeur, mit le feu aux poudres et déclencha le protestantisme avec Martin Luther.

Sources :

"Papauté." Microsoft® Études 2008 [DVD]. Microsoft Corporation, 2007.

Virginie Larousse & Céline Chadelat, « Les scandaleux », dans Le monde des religions , n°46, mars-avril 2011

Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, 1776-1788

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