Les rituels de malédiction chez le peuple pende de la RDC

Chez le peuple pende, maudire est un acte divin exercé singulièrement par un aîné pour corriger le comportement d'une personne ou d'un groupe coupable.
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En République démocratique du Congo, le terme « pende », parfois aussi écrit « phende », désigne un peuple bantou présent dans la province du Bandundu, district du Kwulu, territoire de Gungu et secteur de Mangindu. Avec les mouvements migratoires précoloniaux, aujourd’hui on les retrouve aussi à Tshikapa dans la province du Kasai-Occidental.

Les bapende (peuple pende pris sa pluralité) comme beaucoup d’autres peuples bantous fondent l’essentiel de leur vie sur des croyances mystico-religieuses incarnées dans les objets ( masques mbuya, mingaji, ikhokho ), danses traditionnelles, rites, gestes, totems, tabous, paroles, etc. En société pende, tout objet de croyance est donc empreint de signification et par conséquent capable de transformer le cours de la vie.

C’est le cas des paroles et gestes de malédiction qui sont essentiellement émis par un aîné, voire un supérieur, à l’encontre d’un individu ou d’un groupe qui s’est méconduit. L’anathème étant considéré comme une pratique essentiellement divinatoire, seuls les esprits maléfiques et bénéfiques ont le pouvoir d’abattre une malédiction chez un individu déviant, à la demande d’un sujet exaspéré, appelé couramment «jeteur de sort». La punition sollicitée par le jeteur de sort a une finalité corrective et non pénale. Pour les bapende, la punition éduque.

Par ailleurs, pour être exaucé, la demande du jeteur de sort est formulée dans un rituel fait de paroles et gestes imprécatoires bien déterminés. Le choix d’un rituel au détriment des autres dépend de l’intention du jeteur de sort et du type de punition qu’il veut voir les esprits infliger à un déviant. Ainsi, au prorata du type de punition qu’il souhaite, le jeteur de sort choisit un objet symbolique signifiant dans la cosmogonie pende qu’il associe au rituel exécuté afin que les esprits exauce sa demande. D’où, dans la société pende, on ne peut comprendre la signification d’un rite de malédiction que quand on associe le sens d’un objet et le rite exécuté.

Dans un article paru dans le Cahiers des religions africaines (n°67-68) sur la cosmogonie pende, Mbala Mazembe Paulin, Bakata Ibula Omer et Mudiji Mwanza Bolivar ont décrit quatre formes de rites de malédiction: le vertical, le frontal, l’horizontal et le sagittal.

Rite vertical

Ce rite est accompli soit en enfouissant un objet symbolique dans le sous-sol soit en le suspendant vers le ciel. Le ciel, pour les bapende, renferme les esprits bénéfiques tandis que le sous-sol est le séjour des morts et des esprits maléfiques.

Exemples:

  • Enfouir un morceau de bambou dans une tombe

  • Emballer les menstrues d’une femme et les suspendre à la toiture

Rite frontal

L’officiant qui exécute ce rite est débout, droit, les bras étendus le long du corps, répartissant ses énergies entre son côté droit et gauche. Le côté droit est le côté de la force, de la pureté, du meilleur; le côté gauche est le côté de la faiblesse, de l’impureté, du pire.

Exemples:

  • Désigner quelqu’un par l’index

  • Servir son mari à la main gauche

Rite horizontal

Pour exécuter ce rite, le jeteur de sort se meut en tournoyant sur l’espace du vécu humain. Dans la cosmogonie pende, l’espace du vécu humain c’est la surface de la terre. Sur elle, l’être humain peut exécuter plusieurs mouvements pour vivre, survivre, se protéger, communiquer...

Exemples:

  • Frapper l’habit d’autrui par terre

  • Trainer les fesses par terre

Rite sagittal

Le rite est exécuté sur un axe antéro-postérieur de la tête et passant par un point situé à mi-distance entre les deux yeux.

Exemples:

  • Se déshabiller et par derrière montrer son sexe à quelqu’un

  • Lancer une noix de cola sur le dos d’une jeune fille ou jeune garçon

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