L'identité narrative du film ''The Matrix'' des frères Wachowski

L'illusionnisme, le cyberparabole et les genres action et science-fiction sont au cœur de la philosophie de l'identité narrative du film ''The Matrix''.

Comprendre le récit filmique de l’œuvre cinématographique des frères Wachowski, ‘’The Matrix’’, n’est pas à première vue aisée. Car le film est au carrefour des grands thèmes de la philosophie comme l’illusionnisme et de la communication tels que, le cyberparabole et les genres action et science-fiction. Ce méli-mélo ingénieux des frères Wachowski a débouché non seulement à la création d’un film savant mais aussi et surtout, à un récit raconté à travers une identité narrative très particulière.

La réalité n’est qu’une illusion : théorie fondatrice du récit filmique

Le jour, Thomas Anderson (Keanu Reeves) est un jeune homme ordinaire, informaticien dans un organisme d’État ; la nuit, il devient Neo, un hacker surdoué. Il est contacté par Morpheus (Laurence Fishburne) : à la tête d’un petit groupe de résistants, celui-ci lutte contre la Matrice, une entité qui règne sur le présent à partir du futur. Pour Morpheus, le présent est une illusion, une simulation sensorielle générée par la Matrice, un programme de réalité virtuelle qui fait croire aux humains - en fait des prisonniers destinés à lui fournir de l’énergie - qu’ils mènent une vie normale et libre.

Morpheus est convaincu que Neo est « l’Élu », celui qui libérera l’humanité de la Matrice et de l’ordre brutal qu’elle fait régner sur le monde par l’intermédiaire de l’agent Smith (Hugo Weaving) et de ses sbires. Neo parvient à leur échapper et trouve refuge sur le vaisseau des rebelles, aux côtés de Trinity (Carrie-Ann Moss), Cypher (Joe Pantoliano) et Tank (Marcus Chong), qui le forme aux arts martiaux. Les résistants mènent leur combat contre la Matrice en se déplaçant du virtuel au réel - qui échappe au contrôle de cette dernière - via le réseau des télécommunications.

Cypher s’avère être un traître, et les agents de la Matrice attaquent les résistants. La bataille fait rage tandis que Trinity met Neo à l’abri. Cypher est éliminé durant le combat, mais de nombreux rebelles sont tués et Morpheus est fait prisonnier et torturé. Neo décide d’aller le sauver. Trinity, à qui l’Oracle a prédit que l’homme qu’elle aimera sera l’Élu, insiste pour l’accompagner. La mission est un succès : grâce à Neo, l’Humanité est sauvée.

Matrix : une « cyberparabole »

Les frères Andy et Larry Wachowski ont l’idée fondatrice de Matrix au début des années 1990 et mettent cinq ans à en écrire le scénario, particulièrement complexe. Le récit en lui-même déroule un schéma classique : un héros est choisi entre tous, refuse dans un premier temps l’appel pour finalement naître à lui-même et accepter une mission que lui seul peut mener à bien ; il triomphe ensuite de tous les obstacles et trouve enfin l’amour. Toutefois, la collusion des univers dans lesquels évoluent les personnages - réel et virtuel, passé et présent - apporte une dimension supplémentaire à l’intrigue ; le film multiplie en effet les allers-retours entre la Matrice, monde factice destiné à masquer la vérité, et la réalité dans laquelle se réfugient les résistants. Témoin de son temps, Matrix s’apparente ainsi à une « cyberparabole » qui peut être interprétée selon plusieurs niveaux de lecture.

Rencontre film d’action et film de science-fiction

Matrix est à la fois un film d’action et un film de science-fiction spectaculaire. Réalisateurs virtuoses, les frères Wachowski se réapproprient les canons formels et multiplient les citations aux classiques des deux genres, mais impriment également leur marque. Ils révèlent notamment leur talent de « bricoleurs d’images » - le film mêle ainsi effets spéciaux traditionnels, numérisation et travail artisanal - et innovent avec un effet spécial dit du « super-ralenti », dont la mise au point a nécessité un an de travail. Parallèlement, les scènes de combat chorégraphiées par Yuen Woo-Ping (ancien cascadeur et réalisateur de films de kung-fu) et interprétées par les acteurs eux-mêmes (en lutte armée ou en corps à corps) trouvent dans la débauche d’effets spéciaux un habillage artistique stylisé et avant-gardiste. En 1999, Matrix obtient trois oscars : meilleurs effets visuels (conçus par John Gaeta), meilleur montage et meilleur son.

Matrix Reloaded (2003), de nouveau réalisé par les frères Wachowski, évoque avec force effets spéciaux la mission dont est désormais investi Neo, à savoir détruire la Matrice et sauver l’humanité. Parallèlement à l’impressionnante dimension visuelle, sont ici traités les thèmes de la place de l’homme par rapport à la machine et de son libre arbitre.

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Matrix

http://en.wikipedia.org/wiki/The_Matrix

http://www.matrix-happening.net/

http://www.vadeker.net/articles/cinema/matrix_analyse.html

Andy & Larry Wachowski, The matrix, Silver Pictures, 1999 (Etats-Unis)

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