Marie est-elle restée vierge après la naissance de Jésus?

La virginité perpétuelle de Marie est une vérité de foi dans l'Eglise catholique. Aujourd'hui, des exégètes tentent de le prouver bibliquement.
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Les expressions «virginité perpétuelle de Marie» et «Marie toujours vierge» ne se trouvent pas dans la Bible. Pendant des siècles, l’Eglise catholique s’est fondé sur des déductions théologiques et des témoignages pour l’ériger en vérité de foi. Aujourd’hui, des théologiens et exégètes, inspirés par des méthodes sémiotiques, arrivent à fonder bibliquement cette vérité de foi à partir de l’Evangile de Luc, chapitre un, versets vingt-sept à vingt-huit (Luc 1, 27-28).

En effet, Luc 1, 27-28 rapporte ceci: "Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David; et le nom de la vierge était Marie". Voici comment, des théologiens et exégètes comme Nestor Ngoy Katahwa, René Laurentin ou encore John Mc Hugh ont étudié ce péricope.

"Le nom de la vierge était Marie"

Dans le texte original grec, tiré de la Septante (première version de la Bible écrite en grec), le terme employé pour désigner le mot vierge dans Luc 1, 26-27 est "parthénos". Or, la langue grecque connaît différents termes pour désigner la fille dans ses divers états.

  • La jeune fille en général est appelée "Hè korè"
  • Pour la jeune fille comme féminin du jeune homme, on dit "Hè neanis" et son masculin est "Ho neanias"
  • La fille par rapport à ses parents (fille de) est dite "Hè thugathèr"
  • La fille en tant qu'elle est promise à un homme pour les fiançailles ou pour le mariage et qui, généralement, portait un voile en présence de ses beaux-parents, est appelée "Hè numphè"
  • La jeune fille en tant qu'elle est vierge porte le nom de "Hè parthénos"

Le voeu de virginité de Marie à Dieu était-elle possible?

Pline l'Ancien, Philon d'Alexandrie et Flavius Josephe, rapporte Mc Hugh, étaient témoins de la pratique du célibat et de la virginité chez les esséniens de Qumran,et les thérapeutes des environs d'Alexandrie (Cf. J. Mc Hugh, La mère de Jésus dans le Nouveau Testament, Paris, Cerf, 1977, pp. 224-225). Bien plus, au moment où Marie est venue au monde, il y avait en Israël la conscience très vive de l'imminence de la venue du Messie. Cette conscience était suscitée par l'interprétation du temps symbolique donnée dans les prophéties de Daniel (Daniel 9, 20-27; 12, 1-13). Et la Bible renseigne sur les personnes qui attendaient cette venue, notamment le vieillard Siméon qui "avait été divinement averti par l'Esprit Saint qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur" (Luc 2, 25-26) ou encore la prophétesse Anne, fille de Phanouel, de la tribu d'Aser qui "ne quittait pas le temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière" (Luc 2, 36-38).

Au regard de ce qui précède, il y a lieu de croire que la conscience de l'imminente venue du Messie avait suscité la disponibilité de certaines personnes à se consacrer entièrement à Dieu en vue de recevoir le Christ en état de grâce. Parmi ces personnes, dit Nestor Ngoy Katahwa, il y avait sûrement Marie. L'hypothèse, selon cet auteur, se confirme lorsque l'ange Gabriel lui apparaissant lui révèle qu'elle est "comblée de grâce" (Nestor Ngoy Katahwa, "Marie toujours vierge d'après Luc 1, 27", in Revue africaine de théologie, volume 29, n°58, octobre 2005, p. 233). Naturellement, on peut penser que l'ange utilise cette expression pour signifier la faveur que Dieu a faite à Marie sans que celle-ci la mérite.

En effet, l'expression "comblée de grâce" est la traduction française du mot grec "kecharitômenè". Selon René Laurentin, ce terme fait référence à une haute qualité d'âme qui reçoit la grâce d'être habitée par Dieu (René Laurentin, Structure et théologie de Luc 1-2, ...pp. 187-188). Ce qui suppose d'une part que Dieu a choisi Marie, et celle-ci d'autre part, a mérité le choix que Dieu a porté sur sa personne. Avec cette assertion, il paraît désormais assez évident que Marie vivait la mystique de l'attente du Messie, très probablement dans un idéal de chasteté comme le témoigne Philon. Cependant, il y a une objection: si Marie avait fait un tel voeu, pourquoi s'était-elle alors engagée dans les fiançailles, voire dans le mariage, avec Joseph? Peut-on être vierge et mariée?

Marie : "vierge mariée" ou "vierge fiancée"?

Le texte original du Nouveau testament, c'est-à-dire la Septante, relate ceci en Luc 1, 27: "pros parthénon emnèsteumenèn andri...". Pour rappel, "parthénon" se traduit en français par "vierge". Cependant, "emnèsteumenèn" vient du verbe mnèsteuô qui signifie "épouser" ou "contracter un mariage". Mais dans le cas précis, "emnèsteumenèn", traduit par "épousée" ou "mariée" est utilisé comme épithète de "parthénon", c'est-à-dire vierge. Littéralement, "pros parthénon emnèsteumenèn andri...", se traduit par "à une vierge mariée à un homme". Le récit de Luc 1, 27 devient à cet effet énigmatique. Car, il est plus logique de penser à une "vierge fiancée" mais inimaginable de penser à une "vierge mariée". Pourtant, c’est à cette évidence que la Septante renvoie. Mais alors, est-il possible de vivre un «mariage virginal»?

Nestor Ngoy Katahwa affirme: «Si Marie, liée devant le Seigneur par un vœu de virginité, est malgré cela, mariée à Joseph, c’est que Joseph savait à quoi il s’engageait. Il devait non seulement connaître l’intention de Marie, mais encore l’accepter et surtout le partager» (Nestor Ngoy Katahwa, "Marie toujours vierge d'après Luc 1, 27", in Revue africaine de théologie, volume 29, n°58, octobre 2005, p. 238). De l’analyse de ce théologien, tout porte à croire qu’il y avait une complicité spirituelle entre Marie et Joseph. Et c’est sûrement au nom de complicité que Joseph constatant que sa femme avait trahi cette complicité décida de la répudier discrètement (Mathieu 1, 19).

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