Pourquoi les dignitaires africains restent impunis en cas d'abus sexuels?

Des agressions sexuelles ou des abus de pouvoir par des politiciens africains sont courants. Ceux qui osent recourir à la justice sont intimidés.
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L’ arrestation de Dominique Strauss-Kahn est une occasion riche en enseignement pour certains politiciens africains qui se comportent comme des « seigneurs ». Cette affaire vient s’ajouter à une litanie d’autres cas qui n’ont visiblement pas profité à l’Afrique. Dans ce continent, bon nombre de ceux qui appartiennent à la classe politique au pouvoir croient être au-dessus de la justice et exemptés de tout devoir de rendre des compte. Des délits sexuels, qui s'ajoutent à des crimes économiques et à des spoliations en tous genres s’apparentent de plus en plus à la « normalité ». Les audacieux qui lèvent le ton pour dénoncer ces abus sont curieusement traduits en justice et poursuivis pour dénonciation calomnieuse.

Avant le cas DSK

Le cas Dominique Strauss Kahn n’est pas le premier de la série. Des cas similaires aussi riches en leçon morale ont déjà eu lieu. Aucun politicien africain n’ignore les poursuites du procureur Kenneth Starr contre Bill Clinton pour subornation de témoins et obstruction à la justice dans le cadre des relations sexuelles que le président américain aurait eues avec Monica Lewinsky à l’époque où elle était stagiaire à la Maison Blanche. La particularité de ce procès est qu’il a eu lieu en plein exercice présidentiel de Bill Clinton. Un autre cas de figure similaire à celui de Clinton, c’est le « Rubygate ». Dans cette affaire qui est loin d’être finie, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, est poursuivi par le parquet de Milan pour recours à la prostitution de mineure et abus de pouvoir. L’homme aurait rémunéré les prestations sexuelles d’une mineure marocaine nommée Karima El Mahroug, alias Ruby, et commis un abus de pouvoir en la faisant libérer après son interpellation en mai 2010.

Outre ces deux cas, il en existe d’autres qui ont amené à la geôle d'anciens dignitaires : président de la République, Premier ministre, ministre, etc. C’est le cas de la condamnation en décembre 2010 de l’ex-président israélien, Moshé Katsav, pour viol et harcèlement sexuel ou encore du procès contre l’ancien vice-premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, pour sodomie à l’encontre d’un de ses ex-conseillers. La liste des cas sus-évoqués n’est pas exhaustive. Voilà autant de cas qui devraient être des occasions pour la justice africaine d’affirmer son indépendance.

Cas qui méritent procès

Dans la plupart des pays africains, l’inféodation de la justice par la classe politique au pouvoir est très manifeste. Raison pour laquelle beaucoup de citoyens de ce continent assimilent la magistrature soit à un instrument de règlement de compte des hommes puissants, soit à un instrument de spoliation. Pire encore, elle ne s’intéresse pas souvent aux cas de flagrance, aussi immoraux soient-ils, qui impliquent les dignitaires. En République démocratique du Congo par exemple, l’ancien directeur de cabinet du président de la République, Adolphe Lumanu Bwana Nsefu a été accusé par l’ambassadeur du Canada à Kinshasa, Sigrid Anna Johnson, de harcèlement sexuel et de tentative de viol. Malgré le tollé que l’affaire avait suscité dans la presse, aucune enquête ne fut diligentée et aucun procès n’a été ouvert à cet effet. Au contraire, le directeur de cabinet a été promu vice-premier ministre et ministre d’Etat quelques mois après.

Leçon de l’affaire DSK

Ce n’est nullement l’épithète de harceleur qui fait du dossier de Dominique Strauss-Kahn un scandale international. Ce sont plutôt les qualités publiques que l’homme a acquises ces dernières années : directeur général du FMI et candidat idéal du Parti socialiste capable de battre Nicolas Sarkozy à la présidentielle française de 2012. A son identité, tous les ingrédients sont donc réunis pour être identifié par les Africains comme un politicien « tout puissant ». Mais la démocratie américaine n’est pas celle des « tout-puissants ». Elle peut même déchoir le patron du FMI. Autant elle mit en mal autrefois Bill Clinton, autant elle mettrait mal à l’aise quiconque se compromettrait devant la loi. Cela au mépris de la corruption et des trafics d’influence qui sont courant en Afrique.

Sources :

www.radiotvbendele.net/.../86.html

www.innovation-democratique.org/politiciens africainsquel exemple?

www.lepoint.fr/.../rubygate-la-justice-it ...

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