Psychanalyse de l'espace narratif de Un prince à New York

L'espace narratif du film Un prince à New York (Coming to America) est truffé de sens. Voici comment ce sens apparait en recourant à la psychanalyse
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Dans le film Un prince à New York (Coming to America) de John Landis l'espace narratif est truffé de sens. Qu'il s'agisse du Grand Palais royal Zamunda ou encore de New York, ces deux espaces donne un sens au film. Pour s'en rendre compte, il suffit d'interroger la psychanalyse.

En effet, en convoquant des notions psychanalytiques comme le moi, le ça, le surmoi, l'idéal de moi, le soi... on se rend compte que le Grand Palais Zamunda apparait comme une instance du moi et New York comme l'instance du ça. Et le voyage du prince Akeem (Eddie Murphy) de Zamunda à New York, a permis à Zamunda de se regénérer. Voici comment est détalé cette analyse.

Grand palais Zamunda : instance du moi

Le Grand palais Zamunda est le palais royal où le roi Jaffe Joffer (James Earl Jones) habite avec son épouse, la reine Aoleon (Madge Sinclair) et leur fils, le prince Akeem. Hormis les servants et les servantes qui sont éparpillés dans le bâtiment, il y a aussi deux visages qui sont associés à la vie du palais royal, il s'agit de Oha (Paul Bates) et de Semmi (Arsenio Hall).

Dans ce grand palais, les activités de la famille royale sont ritualisées et réglées à l'avance. Du levé jusqu'au couché en passant par le bain, le déjeuner, le diner, le soupé, le sport, la balade... tout est programmé selon la tradition. En fait la vie royale ressemble à une pièce de théâtre dont les rôles sont déterminés à l'avance et les acteurs ne viennent que jouer leur rôle (Erving Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit, 1974). Le palais s'impose donc à ses locataires comme l'instance du moi dont parle Sigmund Freud, car, ils s'y sont liés par un régime de dépendance (Jean Laplanche et Jean-Bernard Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, Puf, 1971, p. 241).

Par ailleurs, dans le Grand palais de Zamunda, c'est le roi Jaffe Joffer qui est le dépositaire de la tradition royale. Il agit selon l'archétype de l'imago paternelle. Selon Carl Gustave Jung, l'imago paternelle, c'est l'image du père. Ce père n'est pas un personnage réel, mais un modèle de père inconsciemment reçu d'un personnage qui a laissé son influence sur soi. (Dialectique du Moi et de l'Inconscient, (1re éd. : 1933), Paris, éd. Gallimard, coll. « Idées », 1964, p.160). Ce personnage représente le monde des ordres et défenses morales ; il est le symbole sans entrave de la restriction. Et dans Un prince à New York (Coming to America) , le souverain de Zamunda est l'archétype de cet imago paternelle. Avec cet archétype, il rappelle à son fils, le prince Akeem, qu'il est fils du roi et ne peut donc se baigner seul ni faire sa cuisine voire choisir sa propre femme. A son épouse, la reine Aoleon, il dit "c'est la tradition, qui suis-je pour la changer".

Face à l'imago paternelle incarnée par le roi qui contraint à l'introversion voire au reniement de la liberté de penser et d'agir, le prince Akeem veut s'extravertir. Il veut être libre, surtout dans le choix de sa propre femme. Il refuse à cet effet d'épouser Imani, la femme que son père a choisie pour lui car elle lui parait trop "soumise" pour correspondre au modèle de femme refoulé dans son inconscient. Akeem affiche clairement que Joffer, son père, n'est pas l'archétype de l'imago paternelle qui agit dans son inconscient. Son esprit est plutôt inspiré par des grands classiques de la philosophie comme Nietzsche et est dominé par ce que Carl Gustave Jung appelle la fonction rationnelle, c'est-à-dire un mélange de pensée et de sentiment. Et cela est clairement exprimé, lorsque dans un dialogue avec son ami Semmi, il lui décrit l'archétype de la femme qu'il veut épouser : "la femme que je veux doit exciter mon intellect autant que mes sens".

New York : l'instance du ça (l'inconscient)

Les Etats unis représentent aux yeux de plusieurs le symbole de la liberté sur terre, et New York est la référence par excellence de cette liberté. En fait, l'Amérique est ce lieu de prédilection qui a toujours habité l'inconscient de Akeem. Elle est ce que Freud appelle "ça". Pour le cas de Akeem, ce "ça" n'est pas constitué des pulsions héréditaires et innées (les us et coutumes du royaume de Zamunda) mais des pulsions refoulées et acquises de la lecture des grands classiques de la philosophie (Nietzsche par exemple). Comme le "ça" freudien qui du point de vue dynamique est en conflit avec le moi et le surmoi, le désir de Akeem d'habiter New York est en conflit avec les us et coutumes du Grand palais de Zamunda (moi) et le roi Jaffe Joffer (surmoi).

New York comme archétype de liberté a par ailleurs contribué à formater la personnalité de Akeem. C'est là qu'il subit le conflit oedipien (complexe d'oedipe) en choisissant une femme qui ne correspond pas au modèle de femme voulue par son père; c'est aussi là qu'il passe l'épreuve de la femme fatale (Patricia McDowell); c'est encore là qu'il dévoile son archétype de "puer aeternus" (fripon divin) lorsqu'il sauve en compagnie de son adjuvant semmi le Café McDowell attaqué par un braqueur; c'est enfin là qu'il fait la connaissance qu'une femme qui correspond à l'archétype d'Athéna, Lisa McDowell. Elle est à la fois sage et intelligente. Grossomodo, New Yok n'est pas simplement une instance d'expression de liberté pour Akeem, il est aussi un lieu initiatique pour lui.

Grand Palais Zamunda après le retour d'Akeem de New York : le moi régénéré

Au retour de Akeem à Zamunda, la vie royale s'est régénérée. La tradition et la pensée unique ont laissé la place à la liberté. Des personnes vulgaires comme Cleo McDowell et Lisa McDowell dont les habitudes sont loin des us et coutumes du palais royal sont acceptées. La dignité de la personne humaine est rétablie.

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