RDC : la réforme de l'administration minière s'impose

Selon la Banque Mondiale, la production minière brute en RDC devrait passer de 2,741 millions des dollars américains à 5,056 entre 2012 et 2017.

Cette estimation est contenue dans le rapport numéro 43402-ZR publié en mai 2008. Seulement, pour arriver à ce résultat, bien des préalables doivent êtres remplis. Le premier d’entre eux, selon l’ingénieur métallurgiste Léonide Mupepele, c’est une profonde réforme de l’administration minière. « Il est clair que le ministère des Mines, dans sa forme et ses structures actuelles, n’a ni les capacités administratives, ni l’expertise technique, ni encore les qualités morales requises pour assurer le suivi adéquat de tous les projets miniers, depuis l’exploration jusqu’à la commercialisation en passant par l’exploitation et la production, de sorte à faire pleinement bénéficier à l’Etat des retombées sociales, économiques et financières qui seront induites de la relance minière », écrivait-il récemment.

Ingénieur civil des mines, Léonide Mupepele a évolué longtemps au sein de l’administration minière dont il a dirigé certains organes techniques comme la Cellule Technique de Coordination et de Planification Minière (CTCPM) et le Service d’Assistance et d’Encadrement du Small Scale Mining (SAESSCAM) avant d’intégrer le cabinet du ministre des mines.

Une nécessaire réforme de l'administration des mines

Avec fermeté, M. Mupepele assure qu’il faut un important coup de balai dans l’administration des mines. « Sur 10 agents, un seul est ingénieur. Et, dans la plupart des cas, il n’a pas d’expérience de terrain parce qu’ayant été embauché juste à la sortie de l’université », soutient-il en se demandant comment une telle administration peut être en mesure de maîtriser toutes les opérations minières et d’en assurer le contrôle sur le terrain.

Cette tâche, rappelle-t-il, est pourtant très importante en ce moment où la majorité des opérateurs du secteur sont des privés. « L’administration doit être en mesure d’évaluer un projet minier, de s’assurer que les déclarations faites par les opérateurs correspondent à la réalité, tel la hauteur des investissements, la teneur des gisements, la qualité et la quantité du produit exporté. Sinon, rien ne pourra marcher. Les agents actuels de l’administration minière peuvent-ils, par exemple, dire combien de contrats l’Etat a signé dans ce secteur et de quelle nature ils sont », se demande M. Mupepele avec une pointe de scepticisme.

L’on sent dans l’homme une sorte de révolte qui couve face à une situation qui, à son avis, est délibérément entretenue. Il évoque ainsi des cas de népotisme dont se rendent coupables certains responsables politiques du secteur, préférant placer à des fonctions techniques des personnes qui n’ont comme profil que leur parenté avec les décideurs. La conséquence, selon Léonide Mupepele, est que les intérêts de l’Etat sont très mal défendus. « C’est pour cela que le secteur minier est si chahuté. On entend partout parler des contrats léonins. En réalité, il ne s’agit pas de contrats léonins mais d’une carence de personnes capables de comprendre, de communiquer, d’expliquer à la communauté la nature réelle des engagements pris par l’Etat », martèle avec conviction.

Restructuration des services

Pour Léonide Mupepele, les effectifs des différents services du ministère des mines sont « pléthoriques, inadaptés et n’ont pas le profil requis ». Il suggère donc qu’un tri soit effectué pour garder les plus compétents et écarter les autres. Par ailleurs, il suggère une révision de l’organigramme de ces services pour les adapter aux réalités d’aujourd’hui. « L’organigramme de la direction des mines est-il adapté aux exigences de fonctionnement ? C’est cette direction qui doit descendre sur le terrain pour s’assurer de la conformité des actions des opérateurs avec les prescrits de la loi et des engagements pris avec l’Etat. Le service de contrôle n’est pas effectif ». Au niveau du cabinet du ministre, il n’est pas très convaincu que les trois services spécialisés à savoir, le Cadastre Minier (CAMI), le SAESSCAM et le CTCPM suffisent pour répondre au besoin d’appui dont le ministère a besoin.

La nécessité d’un plan minier

La réforme de l’administration minière selon M. Mupepele, ne peut se faire que dans le cadre du plan minier. C’est ce document qui, à son avis, doit servir de fil conducteur pour la nouvelle administration minière. Il déterminera les objectifs à atteindre pour le secteur minier, la composition et la qualité du personnel qui doit y prester, examinera la nécessité de la restructuration des organes de recherche et d’étude, de la filière de l’enseignement technique…

Pourquoi ce plan n’a-t-il pas été élaboré alors que ses termes de référence existent depuis 2005 avec l’appui de la Banque Mondiale qui se dit prête à débloquer les fonds nécessaires pour soutenir l’équipe qui y travaillerait ? Pour Léonide Mupepele, la réponse est claire. Ce retard est dû à l’incompétence et au manque de vision des dirigeants du ministère. Aussi pense-t-il que le prochain ministre des mines devrait inscrire ce plan parmi ses priorités. Une fois élaborée, il n’aurait qu’à en suivre les prescrits et la gestion du secteur minier en serait allégée. L’Etat congolais pourrait alors tirer tous les profits nécessaires du secteur minier qui, bien géré, influerait positivement sur la situation économique et sociale du pays en payant des impôts, taxes et redevances, en créant des emplois directs et indirects et en construisant des nouvelles infrastructures.

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