Succession de DSK au FMI : pourquoi les pays émergents font peur?

Le choix du candidat d'un pays émergent en remplacement de DSK pourrait changer la politique de prêt du FMI jusque-là conditionnée par la bonne gouvernance.

La politique d’aide au développement du Fonds monétaire international comme celle de la Banque mondiale exige des pays bénéficiaires l’institution rigoureuse des règles de bonnes gouvernances : démocratie, lutte contre la corruption, respect de la chaîne des dépenses, etc. Mais celle des pays émergents comme la Chine par exemple ne se préoccupe nullement de ces préalables. Elle prône seulement des partenariats « gagnants-gagnants ». Epris de cette souplesse, plusieurs pays du tiers-monde se tournent vers eux et délaissent quasiment les institutions de Breton woods. Aujourd’hui, l’essor économique atteint par la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie et l’Afrique du sud représente près 50 % de création de valeurs à l’échelle mondiale. Aussi, la mobilisation de plus 10 milliards d’euros en 2008 pour secourir les pays du Nord frappés par la crise des subprimes constitue un argument géostratégique de taille pour réclamer la direction générale du FMI ou créer une autre institution parallèle qui risquerait de le concurrencer. L’Europe qui occupe ce poste depuis la création de cette institution en 1946 et qui n’est pas prête à renoncer serait donc entre le marteau et l’enclume. Renoncer à un nouveau mandat ou en briguer un autre aurait une même conséquence : la transformation géopolitique de l’Economie mondiale.

Briguer un nouveau mandat

Les européens sont conscients de la position délicate dans laquelle le remplacement de Dominique Strauss-Kahn les place. Assurément, ils auraient trois arguments pour justifier une candidature européenne : leur contribution élevée au capital du FMI, la maîtrise de la crise financière et l’économie internationale bipolarisée entre le dollar (Etas-Unis) et l’euro (Union européenne). Et d’après les indiscrétions le profil idéal qui incarnerait la maîtrise de ces trois arguments est Christine Lagarde, actuelle ministre français de l’Economie. Le FMI fonctionnant comme une Banque, c’est la voix des contributeurs majoritaires (Europe) qui va l’emporter.

Cependant, la rationalité de ces arguments pourrait être battue en brèche par les pays émergents qui ont souvent souffert des règles d’orthodoxie financière du FMI. Et, compte tenu de leur position internationale actuelle, rater la direction générale du FMI pourrait devenir pour eux, une occasion de créer une organisation similaire mais qui serait hostile aux principes des institutions de Breton wood. Dans ce cas, l’essor des partenariats et des sympathies que ces pays sont en train de connaître actuellement risquerait de fissurer l’économie mondiale au détriment des institutions comme le FMI ou encore la BM.

Renoncer à un nouveau mandat

Si l’Europe laisse la direction du FMI à un pays émergent, il est évident que celui-ci approfondirait des changements initiés par Dominique Strauss-Kahn, notamment la souplesse vis-à-vis des pays réfractaires de la démocratie. Mais le fait de diriger le FMI, les contraindrait à avoir une politique économique internationale équilibrée et d’intervenir moins chez eux. Ce qui serait une occasion pour l’Europe et les Etats-Unis de trouver un moyen de réduire l’influence fulgurante de la Chine.

Voilà donc à quel point l’Europe et son allié séculaire les Etats-Unis se retrouvent entre le marteau et l’enclume, entre briguer un nouveau mandat et renoncer à un autre. Dans l’un ou l’autre cas, les conséquences vont révolutionner l’économie mondiale à court, à moyen ou à long terme. Il appartient donc à l’Europe de choisir la position qui susciterait moins de dégâts.

Sur le même sujet