L'amour courtois au Moyen Âge

Grâce aux troubadours, l'amour courtois ou Fin 'Amor connait au XIIe siècle un immense succès dans la littérature occidentale. Un véritable art de vivre.
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Un amour sans faille, mais mis à l'épreuve, sans cesse torturé et qui procure à l'être amoureux un bonheur intarissable, tel est l'amour courtois chanté au XIIe siècle. Plus qu'un sentiment, il devient un véritable art de vivre et influence grandement la littérature de l'époque.

Naissance de l'amour courtois

A l'époque médiévale, les chants rythment la vie des hommes: les chants religieux, les chants populaires mais aussi les troubadours qui chantent l'amour.

L'amour courtois prend ainsi naissance avec les poètes occitans du XIIe siècle, certainement inspirés par les auteurs lyriques de l'Ibérie musulmane (les poètes d'Al Andalous), qui n'hésitent pas à parler avec sensualité de l'amour et à prôner la soumission de l'homme pour la femme aimée.

Guillaume IX, duc d'Aquitaine et premier poète à chanter en langue d'oc, en est un exemple. Il est l'un des précurseurs de ce nouveau genre poétique. Revenant de Terre Sainte après avoir participé la première croisade, il chante l'amour courtois en jurant fidélité à une noble dame qui le repousse et à qui il doit sans cesse prouver son amour.

Sa petite-fille, Aliénor d'Aquitaine, tout comme Marie de France, sauvegarde cette nouvelle construction littéraire grâce à leur cour remplie de troubadours et d'artistes.

Rébellion des troubadours

Ce nouvel engouement pour l'amour courtois nait d'une sorte de rébellion des troubadours qui refusent de cautionner le mariage chrétien, souvent mariage de raison dicté par les intérêts familiaux, l'amour véritable n'y tient aucune place. Chose impensable pour ces poètes dont l'amour est la principale source d'inspiration.

L'amour courtois: une relation homme/femme idéalisée

L'amour courtois met en scène un amant, un chevalier errant et au cœur solitaire en quête d'amour. Il veut tomber amoureux, mais pas de n'importe quelle dame. Celle choisie doit être de rang supérieur et mariée. S'installe alors entre ces deux êtres une relation semblable à celle qui unie un vassal à son seigneur. L'homme est totalement dévoué à sa dame et lui fait don de sa personne. En retour, la femme le récompense d'un regard, d'un baiser ou d'un engagement de fidélité.

Le fin amant ne vit alors que pour elle, ne voit que par elle. Mais son amour est semé d'embûches car l'amour courtois doit sans cesse se prouver par des actes.

Cet amour ne recherche pas l'accomplissement, c'est-à-dire de l'union charnelle. Il puise sa force dans le désir et l'attente. En effet, l'assouvissement de ce dernier entrainerait la mort car sa quête serait alors terminée. L'amour courtois réside donc dans l'insatisfaction et dans un mélange subtil et savamment dosé de joie et de souffrance.

Or cet amour, illustré dans les poèmes et la littérature médiévale ne retrace nullement la réalité. Cette relation de couple est très idéalisée et dans la vie quotidienne les rapports homme/femme sont bien différents, surtout à une époque où l'homme est souvent misogyne et la femme mal perçue.

Cependant même si cette vision de l'amour est surréaliste et certainement inconcevable de nos jours, elle a fortement inspiré les romans historiques et les films de cape et d'épée de notre siècle et ne cesse de faire rêver les grands romantiques.

Sources:

  • Jean Verdon, L'Amour au Moyen Âge: la chair, le sexe et le sentiment , Paris, éditions Perrin, 2006.
  • Philippe Contamine, Les Chevaliers , Paris, éditions Tallandier, 2006.

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