Art contemporain: les Biennales de Lyon de 2000 à 2007

Art contemporain: historique des Biennales à Lyon de 2000 à 2007, du Partage d'exotismes à OOs. l'Histoire d'une décennie qui n'est pas encore nommée.
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Sans reléguer les innovations artistiques du dernier siècle, force est d’accepter que l’art dit contemporain est rentré dans l’histoire et que ses principaux acteurs sont maintenant connus du grand public à défaut d’être toujours compris par lui.

Chaque cycle de trois Biennales est accompagnée d’un qualificatif orientant le choix des œuvres : de 1991 à 1995 est choisi le mot histoire, de 1997 à 2001 celui de global; de 2003 à 2007 celui de temporalité.

Le début du troisième millénaire offre ainsi au public un Partage d’exotismes après avoir clos le siècle précèdent avec cet intitulé, L’Autre .

2000: Partage d’exotismes

Pour cette Biennale le commissaire d’exposition, spécialiste du primitivisme, Jean Hubert Martin, est aidé par une équipe d’anthropologues. Célèbre pour avoir monté en 1989 une exposition controversée Les Magiciens de la Terre , l’exotisme est pour lui, une étrangeté qui doit être acceptée et appréciée. Il s’interroge sur l’antériorité des créations des sociétés primitives par rapport à la réflexion des artistes contemporains.

Quelques images très colorées s'entremêlent, s'entrechoquent, se répondent ; des peintures aborigènes, des dessins, des boucliers papous se confrontent aux œuvres des célébrités de l’art contemporain : Sol Le Witt, Annette Messager, Gilbert et George , Hervé Di Rosa, Bertrand Lavier, Orlan…dans un concept annoncé de globalisation et de mondialisation. Pour tant de diversité, vingt-deux catégories ont été sélectionnées, telles que : aimer, manger, combattre, souffrir, guérir, prier, vêtir , prédire... orientant le circuit de visite.

La Sud-Africaine Esther Mahlangu et l'Américain Sol LeWitt exécutent une œuvre commune: une peinture abstraite de 10 mètres de long sur 4 mètres de haut. Autre échange entre le néo-Zélandais F elipe Tohi e t le français François Morellet , les tressages du premier font écho à l’abstraction géométrique du second.

2001: Connivence

Cette sixième édition, dernière phase du 2ème cycle qualifié de « global » réunit sept commissaires et sept univers : la photo, le cinéma, la danse, la vidéo, le spectacle vivant, la musique et la littérature. Une transversalité qui n’est pas sans risque et qui a pu provoquer un télescopage sonore ou visuel et un brouillage des disciplines, où, ni sculpture ni peinture n’apparaissent !

Signe des temps, partout dominent la photo et la vidéo dans des versions particulièrement ludiques et surprenantes.

Sam Taylor-Wood occupe une salle entière du musée : sept écrans disposés sur les murs affichent une soirée mondaine plutôt arrosée à laquelle le public semblerait participer. Le jardin poétique de Frédéric Le Junter , où se déclenchent, de manière aléatoire, des objets sonores et des machines à lumière, est tout aussi étrange.

Que dire encore de ce trampoline géant i nstallé par Mathieu Briand et sur lequel le visiteur est invité à sauter, et voir son image projetée sur les murs? Se promener virtuellement sur la Potsdamer Platz de Berlin, sur simple pression de boutons, ou dans le musée modélisé, en tirant au fusil sur tout ce qui bouge, est-ce de l'Art ou jeu pur et simple?

La perte d’identité de la photographie, déjà support du Pop Art, de l’Hyperréalisme, de la Nouvelle figuration ou du Land Art, se précise dans l’art conceptuel par des manipulations en concurrence directe avec le cinéma, la vidéo, les images numériques. Elle devient plasticienne, une forme actualisée de la peinture.

Jean-Louis Garnell expose, ce qu’il nomme « d es tableaux désordres… sous la forme de découpes, de diptyques où le chaos défie la description »

Jérôme Bel , Xavier Le Roy , Marco Berrettini , chorégraphes et performers, réinventent le ballet en le faisant cohabiter avec différentes écritures plastiques et littéraires. Les questionnements d'aujourd'hui sont abordés : Le corps, le statut de la femme, l'intime, le collectif, le rapport à l'autre et la difficulté de communiquer. La démarcation qui sépare le geste dansé, spectaculaire, du mouvement discret, sorte de simulacre, tel que le pratique Xavier Le Roy, s’est estompée.

En 2003, 2005, 2007: La temporalité et l'esquisse de sa philosophie dans l"art contemporain

C'est arrivé demain (2003) entame une trilogie consacrée au thème du temps, L'Expérience de la durée (2005) et OOs , L'histoire d'une décennie qui n'est pas encore nommée (2007) la conclue.

Comment le temps peut-il être représenté dans l’art ? Si K andinsky a trouvé que « les tableaux de Rembrandt duraient longtemps », leur lecture pose le problème de leur « déchiffrement » et de notre capacité d’attention.

Il peut exister un temps représenté, un récit, une célébration, c’est le but du grand genre : la peinture d’histoire. Il y a aussi un temps vécu. Une œuvre de Marcel Duchamp s’intitulant : A regarder d’un œil , de près, pendant presqu’une heure (1918) explicite bien la problèmatique du « voir c’est aussi penser ». La durée de l’expérience artistique a bouleversé les codes et les genres ; le meilleur exemple est celui de la sculpture moderne , dont le concept, élargi aux Installations, mêle la notion de temps et d’espace.

Spiral Jetty , jetée construite sur le Grand Lac Salé, par Robert Smithson, adepte du Land Art, en partie détruite par submersion, n’existe que par les dessins, les photographies, les films associés. Le temps de l’œuvre et le temps du spectateur ne coïncident jamais.

Dans ces trois Biennales consacrées à l’expérience du temps et de la durée, des œuvres d’ambiance ont retenu l’attention des spectateurs devenus participants : la projection d'un film d'Andy Warhol, Sleep (1963) ou le sommeil du dormeur, le brouillard vert de la pièce d'Ann Veronica Janssens se répandant dans les salles ; sans oublier les inénarrables ballons de Martin Creed où l’expérience de pénétrer physiquement dans une pièce remplie de haut en bas de ballons, au milieu desquels il faut se déplacer est inoubliable. Suscitant à la fois une certaine incertitude de pouvoir en sortir, l’emprisonnement est ponctué d’éclatements des ballons, que l’appariteur est obligé de réapprovisionner régulièrement.

Qui est le vrai créateur, celui qui conçoit l'oeuvre où celui qui la vit en temps réel?

A lire la première partie de l'historique des biennales à Lyon de 1991 à 2000

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