Art Contemporain : Les Iles jamais trouvées

Des artistes contemporains réunis par le même rêve, celui de l'île jamais trouvée: A.Kiefer, M.Abramovic, R.Horn, Orlan, R.Long, M. Pistoletto...
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Le voyage et les escales de la création artistique contemporaine, en quête de paradis jamais trouvés, sont présentés par des artistes qui ont le même rêve, grâce à un espace particulier de création, celui de recréer le mythe de ce que pourrait être leur paradis perdu.

Ce jardin d' Eden peut s’incarner dans un projet utopique ( Anselme Kiefer ), dans une performance ( Marina Abramovic ), dans un voyage immobile ( Rebecca Horn) , ou dans le choix d’une métamorphose ( Orlan) . Il peut être réalisé par une installation en pleine nature ( Richard Long ) ou matérialisé par la recherche d’un territoire intime ( Barthèlémy Toguo) ou collectif ( Kim Sooja) . Les créations artistiques permettent aux visiteurs de partager une idéologie, une philosophie, une histoire ou des notions d’esthétique.

Parmi le foisonnement des œuvres appartenant à ce thème, la création de Michelangelo Pistoletto, figure contemporaine de l'Arte povera , Labirinto e grande pozzo est un parcours initiatique. Il évoque un voyage intérieur auquel est convié le visiteur qui, paradoxalement, pour le réaliser, est invité à une déambulation bien réelle.

Que représente l’île pour un créateur ?

L’île, mythe littéraire du Robinson par excellence, est par définition loin du monde, ailleurs, ambiguë; un point d’ancrage ou un espace clos vierge qui déclenche des rêveries, celles que nous conte Bachelard, philosophe contemporain dans L'Eau et les rêves . Elles sont liées à l’installation, l'aménagement, la refondation, le renouveau.

L'île est le lieu de tous les possibles: elle peut offrir un abri, une protection paradisiaque ou, dans une notion d’enfermement et d’isolement, ressembler à un enfer; être le moyen d’une libération ou d’une totale disparition par l’absence, l’abandon, l’oubli et la menace toujours possible de régression.

Quand ces refuges sont rêvés par les artistes contemporains, ils prennent toutes les formes, utilisent tous les supports, vidéo, photomontages, installations, sculptures, peintures.

Quand le voyage est initiatique

Le parcours à la recherche de l’île inclut l’errance, le déplacement. Celui que nous offre Pistoletto est un labyrinthe tracé dans une matière malléable et mouvante, du carton ondulé. Les composants de l’œuvre sont ceux utilisés par l’Arte povera italien, dont Pistoletto est une figure majeure. L’élémentaire ou l’organique sont les propositions du groupe: « tout peut faire sculpture… le monde, l’art, la vie, tout est dans tout ».

Le dispositif invite le visiteur à suivre un dédale, au centre duquel se trouve un puits, dont le fond est occupé par un miroir. Très présent dans l’œuvre de Pistoletto, le miroir est pour lui un réfléchissement universel: l’image de celui qui se penchera. Atteindre le but n’est pas l’important, il reste à sonder la profondeur du puits, au fond est notre image.

Le changement de lieu ou d’état, par la progression lente ou rapide, illustre le passage initiatique formalisé dans une perception spatio-temporelle qui utilise le miroir; « lieu vide qui se peint tout seul » nous explique l’artiste, ayant la capacité d’absorber toutes les images et tous les espaces possibles. Dans une matérialisation d’un parcours intérieur, l’œuvre accède au symbole, celui qui nous révèle à nous-même. La création de Pistoletto est un pur voyage personnel et intime malgré des apparences minimalistes et trompeuses.

Choisissez votre île

Le thème du paradis perdu est riche des différentes approches proposées par les artistes; chacun y trouve, selon la formule célèbre, « son petit pan de mur jaune arraché à la vue de Delft », personnalisation du petit morceau d’île que chacun recherche et référence directe au tableau de Vermeer dont le petit mur jaune a fasciné tant d’admirateurs!

Cette île choisie ici est un exemple type laissant à chacun le choix d’une vision, certaines réalistes, d’autres conceptuelles, dans une problématique interactive: faire escale à l’endroit souhaité et faire ses propres expérimentations. La capacité de l’art contemporain est celle d’interpeller le spectateur, de lui soumettre un questionnement; à chacun sa lecture et sa réappropriation de l’œuvre.

Les îles jamais trouvées font référence à une exposition thèmatique proposée par le Musée d'Art Moderne de Saint Etienne qui a eu lieu du 17 décembre 2010 au 17 avril 2011

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