Exposition du musée Bonnard : Dans la lumière de la méditerranée

La ville du Cannet a inauguré le 25 juin 2011 le premier musée au monde consacré à Pierre Bonnard

Dans la Villa Le Bosquet où il a séjourné dès 1922 et terminé sa vie (1947), le peintre découvre les couleurs et la lumière dorée du midi. L’étude de ses paysages méditerranéens démontre qu’il n’est nul besoin à l’artiste d’idéaliser la nature généreuse et colorée que lui offre le sud.

Pour répondre aux sollicitations que lui procure cette vision, il multiplie les combinaisons de couleurs en les superposant, gratte la matière ainsi obtenue et retravaille en atelier plusieurs toiles en même temps considérant qu’un tableau n’est jamais fini.

« Roi de la lenteur » il achevait difficilement ses œuvres et pouvait y revenir des années plus tard, même si elles se trouvaient déjà accrochées sur les murs d’un musée ! Cet amas de couches de couleurs a fait craindre à l’artiste que « sa peinture ne tienne pas et, arrivée devant les jeunes peintres de l’an 2000, des craquelures apparaissent »

La Côte d’Azur et La Baie de Cannes

Bonnard découvre ce qu’il appelle : « Le coup des Mille et Une Nuits : la mer, les murs jaunes, les reflets aussi colorés que la lumière …». Il est fasciné par la luxuriante végétation du sud et par le panorama magnifique qu’il a, de sa maison, sur la baie de Cannes, le golfe de La Napoule et le massif de l’Esterel. Les toits roses de La Côte d’Azur (1923) perdus dans une lumière bleutée articulent la végétation du premier plan et les montagnes du fond. Les arbres sont légers et cotonneux donnant à la toile l’aspect très tactile d’une tapisserie comme l’avait déjà fait les peintres nabis.

Il a intégré la leçon de Cézanne en y apportant plus de cohérence et d’unité, réalisées grâce à l’emploi des tonalités bleues et vertes et l’usage d’entrelacs articulés pour représenter la mer, la montagne et le ciel. La perspective est ouverte au centre donnant au paysage un équilibre où la nature parait close sur elle-même. Cette composition sera réemployée en 1935 pour La Baie de Cannes , seuls l’heure, le jour, la saison ont changé ; dans la plus pure tradition impressionniste le peintre observe la nature à différents moments.

Bonnard se dit paysagiste et il écrit à son ami Vuillard : «paysagiste non parce que j’ai peint des paysages mais parce que j’ai acquis une âme de paysagiste ayant fini par me débarrasser du pittoresque, de l’esthétique et autres conventions dont j’étais empoisonné. » Il ne reste alors que de la peinture pure.

La forme sacrifiée à la couleur

Les nombreux paysages du Cannet v us des toits se heurtent au problème récurrent des peintres impressionnistes auquel s’était déjà confronté Monet, la dissolution des formes. La présence de larges bandes horizontales ondulées peinent à structurer un espace où seuls quelques angles de toits stabilisent une vision flottante et cotonneuse. L’identification des masses est d’autant plus malaisée dans Un Orage à Cannes (1945), que la perspective atmosphérique est inversée, les couleurs chaudes étant placées dans le fond.

Les perspectives multiples, la façon décentrée de présenter certains motifs, comme certains personnages n’apparaissant au spectateur que par le plus grand des hasards, donnent l'illusion d'un tapis abstrait fait de brins de couleur. A. Fermigier, historien de l'art, le définit comme « une sorte de surface bruissante et bourdonnante ».

Le paysage entre dans la maison par les fenêtres et les portes ouvertes

Dans ses scènes d’intérieur le montant des portes et de fenêtres sert de cadre structurel à la peinture tout en compliquant la lecture de l’espace extérieur et de l’espace intérieur qui s’interpénètrent. Les Intérieurs illustrent le problème posé par l’envahissement de la couleur qui donne une touffeur à la pièce malgré la présence d’une porte ou d'une fenêtre qui n’aère ni l'habitation, ni le tableau.

Dans chacun de ces tableaux, la présence d’une femme est suggérée dans l’embrasure d'une porte ou dans un coin de la toile. Aucune forme n’est réellement lisible, ce qui lui donne un certain mystère; le spectateur se voit contraint de déchiffrer la toile en posant longuement son regard sur elle.

L’Atelier au mimosa (1939/46) en est la plus magistrale démonstration, le tableau irradie de lumière, saturé par une couleur jaune envahissante qui rend les éléments de la pièce et la présence féminine, évanescents et irréels. L’unification du décor, par l’invasion de la vision extérieure dans l’intimité du lieu de vie, absorbe tout et crée un espace confidentiel et incandescent, en donnant au spectateur le sentiment de l’inaccessible et de l’intemporel.

Le regard du peintre se pose et arrête le temps, celui qu’il prête aussi à son modèle préféré, Marthe sa femme, lui faisant don ainsi d’une éternelle jeunesse. La lutte contre le désenchantement, il choisit de rester ébloui mais la nostalgie est sous-jacente, témoigne d’un réel désir d’éternité et d’absolu, à la recherche de la beauté pure.

Le Musée Bonnard au Cannet (06) a ouvert ses portes le 25 juin 2011

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